L’art de vivre en voiture

Les 40 000 kilomètres sur les routes d’Amérique ont été atteints et dépassés, le douzième mois de voyage fêté et le dixième passage de frontière validé. Derrière toute cette aventure se cache quelqu’un qui a su se montrer compréhensive quant à nos erreurs, patiente quant à nos moments d’égarement et courageuse quand il a fallu dormir dans des endroits où, sans elle, nous n’aurions pas mis les pieds. Elle est celle qui a rendu notre voyage si particulier, souvent agréable parfois compliqué. Elle a su s’adapter à des nuits dehors sous des températures négatives, mais aussi se mettre en marche sous la canicule. Sans elle, notre voyage aurait été tout autre. Adieu les détours sinueux pour admirer une cascade sans intérêt, au revoir les raccourcis qui nous auront fait perdre un temps fou. Nous voulons rendre hommage et dédier cette ode à la seule et unique qui n’aura jamais élevé la voix, notre belle automobile rouge.

Upper Kananaskis Lake, Peter Lougheed Provincial Park, AB, CA

Préparatifs

Nous sommes de suite partis sur l’idée d’acheter une voiture que nous revendrions sur la route, une fois que nous aurions écumé tout l’asphalte possible, du Nord au Sud. N’ayant pas la possibilité de traverser de Panama en Colombie, hormis envoyer la voiture par conteneur (hors budget pour nous) ou traverser la jungle du détroit de Darién (seuls 60% des candidats y survivent), nous nous sommes faits à l’idée de la perdre à ce moment-là. Question existentielle, quelle monture pour nous accompagner et quel budget lui allouer. Deux options sortent du lot, le mini-van style combi Volkswagen ou le 4x4. Chacun a ses avantages et ses inconvénients. Pour le premier, le gros plus est bien évidemment l'espace et le confort, le moins serait le prix, la consommation et le fait d’être limité aux routes asphaltées. Pour le second, le prix est plus abordable, le modèle est plus petit et donc plus facilement passe-partout par contre l’espace de vie y est très limité. On veut jouer les baroudeurs, on les joue jusqu’au bout, c’est parti pour le 4x4, couleur rouge pour madame s’il vous plait. Ne reste qu’à faire le tour des particuliers et concessionnaires. N’y connaissant rien, voir pas grand-chose, nous avons pu compter sur les aides précieuses de nos amis, maintenant à nous de faire le tri dans les informations reçues. Dernier point, il faut prendre un modèle dont il est relativement facile de trouver des pièces détachées et qui soit simple de revendre plus au Sud. 
C’est acté, on prend un Chevrolet Equinox 2006 LS, 134000km au compteur !
Première erreur, les voitures asiatiques sont omniprésentes plus au sud et les pièces détachées des voitures américaines compliquées, et donc chères à trouver.

Aménagement

La voiture est là, dans l’allée. C’est bien beau tout ça, mais comment qu’on dort dedans nous autres. Romain dessine de superbes plans, à main levé, sur un téléphone. cela tient plus du surréalisme à la Van Gogh que de l'architecture ! On redemande conseils et validations au frère menuisier et aux copains multitâches et on s’y met. Nous avons opté pour un aménagement simple et rustique, sobre, mais efficace, propre et fier de lui, à base de planches de bois et matelas-mousse. On s’en va acheter du bois, des vis et on passe l’après-midi à bricoler tout ça à l’arrière de la maison d’un ami. Enfin Steve passe l’après-midi à bricoler tout ça pendant que Romain le soutient moralement et qu’Hélène fait les boutiques. Le résultat est superbe, nous avons rangement, place et le tout est parfaitement adapté à la voiture, du sur mesure. Après douze mois de court et long dodo, notre structure en parfait état vous garantit du confort absolu, un vrai lit d’amour. À tel point que nous le réclamions après quelques nuits à l’hôtel ou chez l’habitant.

Équipement

Nous avions prévu de partir léger, mais dans l’euphorie du départ on a pris tout ce qu’on pouvait. Les essentiels bien sûr que sont la tente et le réchaud, les duvets, tapis de sol mais aussi tout un tas de choses futiles. On ne pouvait pas partir en trip de bouffe sans un peu de stock, on vous passera le détail de tout le contenu de notre garde-manger, mais on peut vous dire qu’à chaque fois qu’on l’ouvrait, les gens n’en revenaient pas. Qui peut amener en voyage de la farine de sarrasin, trois kilos d'ébly, du curcuma, cumin, muscade et autres épices. On passera sous silence tous les mets apportés de France par la famille ou amis, que ce soit foie gras, bisques, pâtés, rillettes, vins, jambons, fromages, saucissons. On embarque aussi avec nous quelques indispensables de bon routier, un cric et pneu de secours, dont on n’espère ne jamais se servir, car ils sont sous le garde-manger qui est sous le matelas qui est sous la structure de bois. Pour la partie sport en tout genre nous emmenons avec nous une batte de baseball, un marteau, mais aussi un ballon de volley, un de foot US, masques et tubas et un frisbee. On compte aussi se détendre, pas que de la route tous les jours non plus. Pour l’électronique nous étions partis avec un appareil photo, remplacé une fois puis deux, deux iPad, dont un disparu et une liseuse encore vivante, ainsi qu’une enceinte finalement laissée à la famille. Autant vous dire que l'on se demande comment on va faire une fois la voiture vendue, sachant que le duvet d’Hélène remplit déjà entièrement son sac et qu’entre temps elle a fait les magasins. Enfin, c’est une autre aventure.

Le quotidien

Lorsque l’on réalise un voyage sur du long terme sur les routes on apprend très vite à se réveiller aux aurores. On vit au rythme du soleil ce qui parfois nous laisse de longues soirées d’hiver. Le choix du 4x4 fait que nous n’avons ni la place de cuisiner dedans ni de nous y asseoir, donc une fois la nuit tombée, à 16h30 avec une température de plus ou moins 5°C, autant vous dire qu’on ne s’éternise pas et que l’extinction des feux ne se fait pas attendre. Généralement on n'essaie de se faire des plateaux repas devant une série, jamais plus de vingt minutes car la batterie de l'ordinateur ne nous permet pas mieux. 
Le luxe d’une voiture, surtout aux Etats-Unis et Canada, est de pouvoir dormir absolument partout, dans des endroits paradisiaques, sans avoir à chercher d’hébergement. Une fois le spot parfait trouvé, ne nous reste plus qu’à nous mettre en branle-bas de combat. On sort popote, aliments et épices, à nous le dîner face à la mer, le déjeuner en haut d’une montagne et le souper dans le désert. L’organisation est le mot d’ordre. Chaque chose a une place et une place pour chaque chose, sinon c’est la débandade assurée ! Trousse de secours dans la boite à gant, épices et sucreries dans le bac de droite, noix, graines, féculents dans celui de gauche, pour les produits frais c’est dans la glacière, enfin la simili glacière qui fuit et ne fait pas de froid. Chaque soir depuis douze mois c’est le même rituel au moment de se coucher. On déplace ce qui est posé sur le lit lorsque que nous conduisons pour le mettre sur les sièges de devant et on s’installe dans notre 2 m² avec une hauteur sous plafond de quarante centimètres dont je suis sûr que les Parisiens nous envient tout cet espace.
 

Réveil à Hurricain Ridge, Olympic National Park, WA, USA

Confort

Autant le froid est ton ami quand tu dors dans une voiture, hormis les températures négatives, mais on peut toujours se rajouter des couches, par contre la chaleur, qui commence au Mexique et se termine… un jour on l’espère, c’est une toute une histoire. On ne peut pas dormir les fenêtres ouvertes, ou très peu, à cause des moustiques, araignées et autres scorpions, mais aussi des méchants voyous. On ne compte plus les nuits où l’on se réveille, du moins si on a réussi à s’endormir, en sueur, ruisselant dans les draps trempés. La facilité de partir se réfugier dans un hôtel n’est jamais loin, mais nous avons fait ce choix ce n’est pas pour lui tourner le dos à la première occasion. On se sera confectionné une moustiquaire de fortune qui n’a rien à envier à Mac Gyver. Autant dans les pays du nord notre mot d’ordre était isolement et spots de rêve, à partir du Mexique c’est plutôt sécurité et animation. Le Canada et les Etats-Unis sont les pays rêvés pour voyager de la sorte, tout est aménagé pour vous faciliter la vie. Table de pique-nique, barbecue, douche publique et même parfois électricité, par contre, quand l’on descend, on sent que le niveau de sécurité est moindre, il faut donc s’adapter. On cherchera plutôt des endroits avec de la lumière non loin du centre-ville. Le must reste de dormir dans la zone d’un poste de police ou des banques. C’est tout de suite moins affriolant, mais ça économise une nuit d’hôtel et pas besoin de réveil, nous sommes levés aux aurores.

Itinéraire

Le choix de la voiture et l’équipement nous permettent avant tout d’être plus souples sur l’itinéraire. Nous pouvons nous permettre de rouler sans savoir où nous allons dormir, de faire des détours qui prendraient plusieurs jour à des pédestres et seulement quelques heures pour nous. Villes, montagnes, déserts, grandes routes ou hors-pistes, on est capable de passer partout ou presque, rien ne nous faire peur. Il est important de prendre en compte la saison à laquelle vous traversez les pays. Zones tropicales, saison des pluies, saison sèche. On vous garantit que de dormir en voiture en Amérique Centrale pendant l’été est un défi, prévoyez brumisateur, barils d’eau et un change de drap, ou sinon il faudra planter la tente.

Maintenance

Sans hésiter la partit la plus compliquée pour nous. Vous n’êtes plus sans savoir maintenant que nous sommes absolument, définitivement, des plus inqualifiés pour tout ce qui est attrait à la mécanique. Après avoir embouti la voiture avant même de partir en road trip, nous savions à quoi nous attendre. Évidemment nous n’avons besoin de personne pour empirer cela. Entre l’oublie de fermer le bouchon de liquide de refroidissement, les dos d’âne passés trop vite et les accrochages avec des voitures et bus garés, on lui en aura fait voir de toute les couleurs. Petit supplément avec l’accident de moto.
On n’y connait rien donc quand on doit faire des vérifications et réparations mieux vaut tomber sur un honnête garagiste. Ce fut le cas quatre fois sur cinq, tout s’est toujours bien passé, on fait semblant de vérifier sur Google pour avoir matière à discuter avec eux, mais cela s’arrête là. Par contre, quand on se fait entuber c’est plus compliqué. La prochaine fois on prendra des cours avant de partir, cela reste la meilleure solution, toujours ne compter que sur soi-même !

Avantages
·         la taille, ni trop petite ni trop grande donc passe partout en ville 
·      la consommation pas si importante que cela, point très important quand c’est le budget principal d’un voyage                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   ·          le rangement et le fait de pouvoir emmener tout ce que l’on désire ou presque
·         la liberté de voyager et rouler où on veut, quand on veut

Inconvénients
·         l’espace de vie restreint
·     les frais d’assurance, de douanes et parfois de péages
·         devoir faire surveiller la voiture à chaque longue absence ou prier pour qu’il n’arrive rien
·          être obligé de faire des aller-retour lors des randonnées pour aller récupérer la voiture
·          être tributaire de la chaleur pour dormir
·         être tributaire d’un éventuel acheteur pour pouvoir se rendre en Colombie sinon on reste bloqué en Amérique Centrale

 Bonus et Anecdotes
·         Ne pas avoir commencé le voyage et se prendre le pneu d’une voiture arrivant à contre sens sur les magnifiques routes côtières de la Gaspésie
·         manquer de percuter un ours en train de manger des baies dans un sentier de trois mètres de large à 5km/h
·         ne pas rater par contre la moto qui arrive face à nous en coupant un virage, sandale au pied et casque dans la remise
·               remettre bien gentiment de l’huile et du liquide de refroidissement sans refermer le bouchon de ce dernier, puis attendre que le moteur fume. Ensuite, remettre du liquide à chaud et voir celui-ci s’évaporer en quelques minutes
·               être arrêter pour excès de vitesse en Arizona, USA sous la sirene et les girophares
·         percuter tous les dos d’âne et trous possible sur les superbes routes entretenues du Mexique et Guatemala
·               oublier des claquettes sur le toit
·               se faire arrêter plusieurs fois par la police mexicaine pour atteinte à la pudeur parce qu’on dormait en sous vêtement et devoir se justifier, toujours en sous-vêtement, en pleine nuit, dans la rue
·         se faire arrêter à la frontière hondurienne, racketter, et finalement s’en sortir en proposant au policier une boite de thon ou une lampe torche Dollorama
·         se réveiller en pleine nuit et découvrir un scorpion entre la vitre et la moustiquaire
·       faire le plein d’essence dans la réserve de la réserve au milieu de nulle part en sortie d’un désert dans un dépanneur en Oregon
·         emprunter la mythique route 66  

Sur la Route 66, Amboy, CA, USA

Conclusion

Si c’était à refaire on le referait et on le refera. La liberté n’a pas de prix même si le coût parfois engendrer peut rebuter, il y a certes l’investissement de départ de la voiture, mais si on se débrouille, et que l’on s’y connait un minimum en mécanique il est possible d’en récupère le même prix. Tous les beaux spots auxquels on a pu accéder grâce à elle valent toutes les galères que l’on a pu rencontrer. On ne la remerciera jamais assez, mais j’espère que cet hommage lui aura au moins fait chaud au cœur autant qu’à nous de partager ces moments avec elle. Maintenant que nous t'avons vu t'éloigner aux mains d'un nouveau propriétaire tu peux continuer ta vie de voiture au Panama. On espère qui te traitera, de la meilleure des manières.

PAIX ET AMOUR