La vie en auberge

Pour continuer dans la série des portraits qui n’en sont pas vraiment, après les pickers, les backpackers. Après plus de trois semaines en auberge à côtoyer et à observer des voyageurs du monde entier nous nous sommes dit qu’eux aussi méritaient bien hommage. Mais pas question ici de vous exposer les différents clichés, mais plus de parler des expériences de voyages et comment les auberges s’associent parfaitement à ce mode de vie.

Trois semaines durant à raison de soixante-cinq heures par semaine nous avons été volontaires dans une auberge au Nicaragua. Que ce soit de la préparation du petit-déjeuner, au check-in et check-out, de l’accueil des nouveaux arrivants, aux conseils de visite nous nous serons imprégnés de la culture et la vie en auberge. Beaucoup plus convivial et bon marché qu’un hôtel ici on vit dans les espaces commun, on discute dans les espaces communs, on mange et cuisine dans les espaces communs et parfois même on dort dans les espaces communs. Un son, un commentaire, tout est bon pour entamer ou rejoindre une conversation. Elles ont toutes un début, mais finissent inlassablement par parler voyage, actuel, ancien, futur. Au cours de cette période, nous aurons eu la chance de rencontrer Canadiens, Français, Belges, Américains, Autrichiens, Guatémaltèques, Mexicains, Espagnols et Catalans, Israéliens, Suédois, Japonais, Polonais, Australiens, Suisses, Allemands, Nicaraguayens, Italiens, Iraniens. On en oublie surement, mais la diversité est là et c’est bien cela qui fait tant le charme de ce lieu. Tous réunis sous le signe du voyage, plus ou moins long, plus ou moins dispendieux. Chacun arrive avec son histoire et repart enrichi des aventures des autres.

Comme dans toute auberge qui se doit on y retrouve autant de traits de caractère et personnalités qu'il y a de pays dans le monde, du crasseux qui aime tant sa liberté qu’il en oublie de se laver au détriment des autres au pointilleux qui repasse derrière la femme de ménage. On y rencontre le solitaire, qui traverse les continents à pied, en stop, à vélo et pour qui l’opportunité d’avoir quelqu’un avec qui parler est une occasion à ne pas rater. Il tient un peu la jambe, mais ses histoires de loup solitaire en valent les longues soirées dans le patio. Nous qui nous prenions pour des aventuriers, lorsque l’on rencontre des voyageurs, seuls qui plus est, se déplaçant seulement en stop ou en vélo, on se dit qu’il ne manquerait plus que cela pour ravir nos parents.

Les auberges en deviennent presque des lieux de rencontres, on arrive seul et on repart avec un groupe d’aventuriers avec lequel on partage un bout de route, un peu comme des wagons de trains qui s’accrochent dans une gare jusqu’à leur prochaine destination.

Un des sujets les plus abordés et primordial pour un backpacker est le budget. Toutes les bourses se côtoient ici. De la personne qui se prend une chambre privée avec salle de bain au classique dortoir en passant par la solution la plus économique, le hamac ou tapis à même le sol dans le patio de l’auberge. Pour des raisons monétaires ou juste par mode de vie, chacun vient avec ses envies. Cela peut être de ne passer qu’un moment tranquille, les pieds en éventail en ville dans un hébergement où l’on se sent bien. Avec eux, on a pu échanger un peu plus et des amitiés se sont formées. Puis il y a les aventuriers petits budgets. Comme nous, ils voyagent avec un budget serré et cherchent les bons plans. Ce sont eux qu’il faut chercher dans une auberge. Comment faire cette ascension à cent dollars sans passer par un tour organisé, manger bon et local, les musées et expositions gratuits, les hébergements et visites qui valent le détour. Ce sont de véritables puits d’information.

Pour financer leur voyage, certains partent avec des économies de travail, les plus organisés des sponsors et les plus débrouillards gagnent de l’argent durant leur périple. Ceux que nous avons rencontrés s’avèrent être pour la plupart des Argentins ou Espagnols, assurément les plus débrouillards. On a pu rencontrer des créateurs de bijoux, des musiciens, chanteurs, photographes, esthéticiennes, barmans et cuisiniers. On se sera essayé à cette dernière catégorie. Notre soirée mojito s’avèrera être un succès. Dommage que l’on ne se soit pas lancé plus tôt. Le but étant bien souvent d’uniquement prolonger le voyage, aucun aspect financier ici.

Durant ces quelques semaines, nous aurons eu quelques coups de cœur, en commençant par ces deux sœurs iraniennes de cinquante ans qui voyagent au travers l’Amérique latine avec pour seuls bagages deux sacs plastiques. C’est bien le dernier endroit où l’on s’attendait à croiser leur chemin. La rencontre aura été particulièrement touchante. Elles ne cessaient de nous demander conseils sur la ville, le voyage, à s’intéresser à nos vies. On aura partagé avec elles quelques bières et de beaux moments. Elles nous auront fait sourire au petit déjeuner lorsqu’elles attendaient un serveur pour leur apporter leur assiette de pancakes. Il aura fallu qu’un pensionnaire vienne leur montrer comment faire. Toute une histoire.

À l’opposé des Iraniennes, curieuses et rigoureuses, on pourrait leur opposer les baroudeurs intrépides. Eux ont tout vu, tout fait avant tout le monde et mieux que tout le monde. Ils ont un avis sur tout et rien ne leur fait peur, du stop de nuit à Tegucigalpa, camping sauvage à Tijuana, randonnée solitaire dans la jungle colombienne. Jamais une mauvaise anecdote, la vie en rose. On a souvent du mal à croire à toutes leurs histoires, mais ce sont de bons conteurs et leur vision du voyage est intéressante.

Bonus de cette aventure en volontariat, notre veilleur de nuit à l’auberge qui s’avéra être bien plus que cela. José Abraham et sa voix caverneuse à la diction lente et précise, idéal pour l’apprentissage de la langue, nous aura surpris et égayé de jour en jour. Lui que l’on prenait pour un simple employé de nuit fut finalement le taulier des lieux. Informations sur la ville, musée, horaires des bus, restaurant, gestion de l’hôtel, chaque question a sa réponse précise avec lui. Nous qui nous partagions une journée de huit heures à deux, lui enchainait presque deux jours consécutifs. Le plus impressionnant restera quand même sa connaissance géographique, nous restons encore béats du jour où un Géorgien passa la porte de l’auberge et que José lui demande s’il venait de Tbilissi, la capitale. Nous avons beau être européens et avoir suivi des cours de géographie, nous aurions été incapables d’y répondre correctement. C’est d’autant plus surprenant qu’une bonne partie des locaux rencontrés depuis le départ ont souvent la difficulté à situer la France. Sa personnalité touchante nous aura séduit et s’en séparer aura été difficile, mais que voulez-vous ainsi est la vie de voyageur.  

Bien évidement à vouloir généraliser des personnes on est jamais bien loin du cliché, mais l’idée générale est là, à vous de voyager et d’en faire le vôtre.