Le sud du Mexique, à la découverte du monde mayas

Il nous faut de l’air. La cure de civilisation, de foule, de transport en commun a eu raison de notre patience. On retourne à notre quotidien de nomades au volant de notre bolide rouge. Nous rejoignons Jeshu, notre hôte CouchSurfing qui nous accueille à Puebla. Celui-ci nous fera l’honneur d’être notre guide privé pour la visite de la ville. Avec ce professeur de chimie, le courant passe tout de suite. On avoue que l’on se sent rassuré après l’expérience catastrophique de Mexico. On se lâche, blague sur tout et rien, comme si l’on se connaissait depuis toujours. Il nous explique l’histoire des monuments et à presque toujours une réponse à nos questions de touristes.

Dans les rues de Puebla, Puebla, Mexique

La ville possède de petites pépites architecturales. Une église dont la chapelle est constellée de feuilles d’or, des immenses cathédrales où l’on venait accrocher les têtes de décapités de l’époque, mais aussi la rue des artistes où chacun, dans son échoppe de un mètre carré, peint, sculpte, dessine. La cité ne manque décidément pas de vie. On s’essaie le lendemain à la spécialité locale, que l’on attendait de goûter depuis que Kristen nous avait fait saliver. Du poulet nappé d’une sauce mi-piment mi-chocolat noir, un délice ! Le choix de restaurant est moyen, on se dit que l’on refera nous-mêmes la recette, en mieux évidemment.

On profite d’avoir un peu de temps avant notre prochaine étape pour aller faire réparer ces freins qui font trembler la voiture, en pente, à vive allure. À peine une heure plus tard et tout est réglé. Les Mexicains sont de vrais rois de la bricole. Avec un rien ils sont capables de tout. Par contre nous c’est plutôt le contraire. On a tout, ou presque, et on n’arrive à rien. Exemple. Faire les niveaux. Romain s’improvise apprenti garagiste, cela part d’une bonne attention, sauf que, dans la réalisation, ça laisse à désirer. Les niveaux faits, on repart. Dix minutes plus tard, le capot fume, on s’arrête. Léger oubli après la manipulation précédente, le bouchon de l’antigel est à côté, délicatement posé sur le moteur. L’idée d’ouvrir le capot pendant que cela fume ou encore de remettre du liquide de refroidissement à chaud ne rehausse pas notre faible estime de nous-même en mécanique. Un gallon de liquide plus loin et c’est reparti, non sans peur d’avoir esquinté la pièce maitresse de notre voyage.

Dans les rues de Oaxaca, Oaxaca, Mexique

On arrive à Oaxaca, la ville de l’état du même nom, reconnu pour la grande richesse de sa gastronomie. Partout où l’on allait, c’est ici que l’on nous recommandait d’y manger les plats rencontrés. On part donc à l’assaut des marchés gigantesques, tout aussi riche en saveur qu’en couleur et en diversité. On y déguste la pâte de mole poblano qui nous fait littéralement fondre. Bien que prévu pour être diluée dans du bouillon de poulet, on pourrait se contenter de la manger à la petite cuillère. Ayant épuisé notre réserve de chocolat made in France, on s’en va en déguster du local. Malheureusement, ici tout est sucré. Que ce soit du yaourt dit nature ou du chocolat dit amer. Suivant les odeurs de bouffe, on arrive dans l’allée du bonheur pour les carnassiers.

Stand de chapulines, marché de Oaxaca, Oaxaca, Mexique

Une vingtaine de stands de grillade de viande se succède. Chacun ayant son propre four à charbon. Ici on vient entre amis ou en famille pour y prendre un plateau de viandes grillées que l’on paye au kilo. Le rêve à porter de bouche. Tous les types de viandes et morceaux sont disponibles. Il ne reste plus qu’à faire son choix. La gourmandise locale, recommandé par les Mexicains croisés au Nord, le chapulin, un grillon grillé et salé (très salé !). Parfait apéritif, rien à envier à des cacahuètes, si ce n’est l’aspect peu ragoutant.

Site archéologique de Monte Albán, Oaxaca, Oaxaca, Mexique

Non loin de là se trouve le site archéologique de Monte Alban. Beaucoup moins imposant que Teotihuacan, il est niché au sommet d’une montagne, offrant ainsi une vue imprenable sur la région. Niveau défense miliaire cela devait être parfait, par contre, au niveau des ressources en eau et nourriture, c’est une autre histoire. En poursuivant notre migration vers le sud, le hasard de la vie a mis sur notre chemin la Ruta del Mescal (route du mescal) et Hierve El Agua. Il est huit heures du matin et nous entrons dans un mescaleria. La production est on ne peut plus artisanale. Nous sommes accueillis par une vieille dame, qui, avec un de ses employés, nous explique le pourquoi du comment de la conception du fameux breuvage. Depuis ce jour, celui-ci a détrôné la tequila dans notre cœur. La description du procédé est ponctuée des cris intermittents d’un homme, saoul, hurlant dans un simili espagnol. On voulait du typique, du fait main, nous voilà servis.

Il est neuf heures du matin, enivré par toutes ces dégustations, nous roulons en plein cagnard vers notre prochaine destination, Hierve El Agua. Les Mexicains ne sont pas matinaux, et c’est tant mieux pour nous. Nous sommes seuls, ou presque, dans ce somptueux site. Un peu à l’image du Yellowstone, des piscines naturelles aux dégradés de couleurs allant du jaune au bleu, débordant les unes dans les autres, avec, en arrière-plan, la cascade et les montagnes en toile de fond. Tout simplement sublime. La fraicheur de l’eau nous fait du bien.

Hierve el Agua, Oaxaca, Oaxaca, Mexique

On décide de faire une halte sur la côte, notre unique pause sur la façade pacifique, histoire d’avoir un aperçu des plages, Est comme Ouest. Ce n’est pas exactement le paysage de carte postale auquel on ne s’attendait d’ailleurs pas vraiment, mais l’usine et le gros port de marchandise n’aident pas en ce sens. Qu’importe. L’air marin, le sable et la douceur du coucher de soleil nous accompagnent. Un groupe de jeunes Mexicains nous invite à nous joindre à eux et de partager des bières sur le bord de mer. L’ambiance est joyeuse et déjà bien arrosée quand on les rejoint. Ils nous parlent de leur pays, nous du notre. Ils sont particulièrement contents que des étrangers viennent jusqu’ ici s’intéresser à ce coin en dehors de tout radar. Le déroulement de la soirée obligera l’un d’eux, sous une envie incontrôlable, à uriner sur la voie publique. Grand mal lui a pris. Une grosse amende et la cellule de dégrisement, accompagné par deux voitures de police. Ici il y a des choses sur lesquelles on ne rigole pas ! Par contre, le fait que tout le monde jette ses canettes vides sur la plage, devant les yeux de ces mêmes policiers, alors que l’on s’efforce de ramasser celles qui gisent par terre pour les mettre dans la poubelle, ça, ça ne dérange personne. Quand on dit qu’il faut choisir ses combats. On passe le lendemain matin, seul, sur une plage déserte. Un petit aperçu de notre futur séjour dans la péninsule du Yucatán, au moins pour le peu de foules espérons-le…

Sur la plage de Salina Cruz, Oaxaca, Mexique

Nous arrivons au Chiapas, état frontalier avec le Guatemala, où Ana nous accueille chez ses parents à Tuxcla. Ils nous reçoivent chez eux comme si l’on faisait partie prenante de leur famille. Le père, un théologiste et pasteur qui voyage sur le continent américain pour discuter et enseigner son savoir, nous distille des conseils pour la suite de notre voyage et les pays que nous allons traverser. Ana fait de même pour le Mexique, puis, cette fois-ci, les rôles s’inversent. Elle a prévu de quitter son travail pour partir visiter l’Europe. On essaye tant bien que mal de lui donner des recommandations sur les incontournables, ainsi que des contacts pour l’accueillir sur place, mais on se rend compte que l’on connait moins bien la France que les étrangers qui viennent la visiter. L’échange international dans toute sa splendeur. On continu dans ce thème d’échange, culinaire cette fois-ci. Le matin, la doña nous cuisine un petit déjeuner typique à base d’œufs, chorizo, riz, haricots noirs et de bananes plantains frites. Parfait pour démarrer la journée. Pour notre part on leur concocte un poulet aux oignons accompagné de pommes de terre sautées à la graisse d’oie. Évidemment le plat manque de piment pour leur palais, mais le gout est au rendez-vous. Un bon repas, ça rassemble toujours les peuples. On aura même la chance de gouter la délicieuse pay de queso d’Ana.

Jeune Méxicaine sur la lancha au Cañón del Sumidero, Chiapas, Mexique

Pour ce qui est des visites, on prend un bateau pour découvrir le Cañón del Sumidero, un canyon seulement accessible en lancha. On finit la visite par l’enchainement des différents points de vue en surplomb du canyon. La grisaille et le froid venant se mêler à la partie, on ne s’éternise pas.

 

 

On quitte notre famille d’un moment pour se rendre à San Cristobal de Las Casas. Un peu à l’image de San Miguel de Allende, les gringos sont partout. La ville est charmante et l’on se balade d'un belvédère à un autre pour y admirer la vue, lorsque celle-ci est dégagée, depuis les deux églises de part et d’autre de la cité. Juste à côté, les deux villages voisins, Chamula et Zinacantán sont des bastions reconnus pour être zapatistes, des groupes révolutionnaires armés prônant l'autonomie du Chiapas. Sur le chemin du retour vers San Cristobal on se fait aborder de nouveau par un groupe de petites filles. On se dit qu’elles vont essayer de nous vendre leur artisanat local, mais finalement elles n’ont rien à vendre. Elles veulent plutôt qu’on leur paye un droit de passage dans la ville. Elles ne sont pas tombées sur les bons gringos les petites. Après avoir vu le prix quadruplé selon l’interlocutrice, avoir été menacé d’aller en prison et que le maire vienne nous gronder, on arrive tant bien que mal à s’extirper du joug de nos assaillantes. Rien de bien méchant. On apprendra par la suite que dans ces villages indigènes autonomes, l’armée mexicaine ne circule pas et qu’il ne vaut mieux pas qu’il vous arrive quelque chose… On gardera plutôt en mémoire les magnifiques vêtements portés par la gente féminine, le violet comme dominante avec des broderies jaunes, rouge et bleu tout autour. Les plus frileuses portent des jupes, des gilets pour les hommes, confectionnés en peau de mouton noir, ce qui leur donne des allures tout droit sorties de Star Wars et Chewbaka, la grandeur en moins.

On se rend à Las Lagunas de Montebello, un groupement de plusieurs lacs à la couleur émeraude. Malheureusement pour nous le temps n’est pas de notre côté et le garde du parc nous arnaque un peu en nous vendant l’entrée du parc national comme étant le pass universel,  mais qui ne donne, en fait, que l’accès à seulement une partie des lacs. Passé la déception, somme toute relative, des lieux, on enchaine avec les rencontres humaines. Un guide, d’à peine sept ans, échange avec nous sur sa région et nous impressionne par sa culture et son savoir. Mieux que la plupart des Mexicains croisés, il sait situer la France géographiquement. Un vendeur de glace, ancien électricien reconverti, vient se mêler à la discussion. Avec lui cela parle de politique, d’économie, d’écologie, des différences culturelles entre nos deux pays et bien évidemment des attentats parisiens. Ils ne comprennent pas que des gens attaquent leur propre pays, c’est impensable ici. Ils ont déjà suffisamment à faire avec les guerres des gangs.

Nous sommes à quelques kilomètres à peine du Guatemala. La frontière est symbolisée par un fil tendu au-dessus d’un minuscule lac. Pas de poste douanier, juste des enfants qui jouent de l’autre côté, dans le pays voisin. On passe une partie de la matinée à s’amuser avec eux. Ils nous montrent leurs jouets, leurs sifflets. Lorsque l’on sort l’appareil photo et que l’on leur montre le rendu en direct, ils sont comme fous. Chacun veut sa photo. Et que ça pousse, ça grimace, ça crie. On n’est pas encore officiellement au Guatemala que l’on aime déjà sa bonne humeur. Le charme prend fin lorsque l’on ouvre un sac plein de peluches. Ils se ruent dessus et disparaissent au loin.

La suite est la longue route qui longe la frontière pour nous amener voir les ruines de Yaxchilan. Pour s’y rendre la route est une véritable catastrophe. Des trous de la taille d’une pastèque géante sont légion, et encore, on ne vous parle des moments où la route a été emportée par de probables coulées de boue, laissant derrière elle une sorte de cratère à enjamber. Bien évidemment tout cela se passe sous la pluie, avec un demi-essuie-glace et sans aucun panneau signalant les obstacles. On y laissera une suspension et ce n’est pas cher payé pour le calvaire que ce fut. Cette épopée nous amène à Frontera Corozal. De là nous devons prendre une pirogue pour nous emmener aux ruines. Sauf que, la traversée en bateau vaut 1200 pesos, plus l’entrée sur le site. Bien au-delà du budget que l’on s’était alloué. On nous dit que l’on peut diviser le prix du bateau si l’on trouve du monde avec qui le partager. Après enquête, nous sommes vendredi soir et personne n’est venu les deux derniers jours et aucune arrivée n’est prévue pour le lendemain. Petit plus, il pleut et fait plus de 1000°C. On prend notre mal en patience, demain sera un autre jour.

Les moustiques et la chaleur auront raison de notre sommeil. Le temps ce n’est toujours pas cela. On fait une dernière tentative. On arrive à faire baisser le prix à 700 pesos. Le temps d’aller acheter l’entrée du parc que le bateau est déjà partit, les autres touristes s’impatientaient… On a donc deux billets en poche pour un site auquel on ne peut plus accéder. Le karma/chance/hasard, au choix, fait qu’un groupe de trente Mexicains arrivent avec deux places, pile-poil, dans leurs embarcations déjà payées. Alléluia ! Tout heureux du dénouement on se lie d’amitié avec nos sauveurs venus en visite dans les environs. La visite du site est juste somptueuse. Le temple est à peine entretenu, ce qui fait qu’il est couvert d’un épais manteau végétal. Sa faible accessibilité, seulement après quarante minutes de barque dans ce fleuve infesté de crocodiles et d’anacondas, lui a permis de garder son état sauvage. On se prend à s’imaginer en explorateur. L’euphorie et l’épreuve pour y arriver ne rendent sa visite que plus épique. On ne remerciera jamais assez ces bons samaritains. D’autant plus qu’au moment de payer les capitaines du bateau, ce sont encore eux qui viennent nous défendre afin que l’on ne se fasse pas arnaquer à payer quatre fois le prix normal. De vraies perles ceux-là ! Tout content de notre expédition et de tous ses à côté, on se rend à Palenque, où un autre site archéologique hors du commun nous attend.

Franco et Sabrina chez notre hôte à Palenque, Chiapas, Mexique

Le CouchSurfing qui nous héberge est atypique. C’est une maison dont la famille qui nous accueille est relativement hippie. Ils hébergent des voyageurs du monde entier et les loges à l’étage dans une pièce sans mur extérieur où les hamacs font office de lit. Nous passerons plus de temps à discuter voyage avec un couple d’Argentins ou à jouer avec Emilio, leur fils de sept ans qu’avec nos hôtes. Franco et Sabrina parcourent le monde depuis près de trois ans maintenant. Après avoir visité l’Océanie, l’Asie, les voilà de retour en Amérique. On s’échange les bons plans et prenons leurs coordonnées pour notre futur voyage en Argentine. Hélène qui commence doucement à s’acclimater à l’espagnol découvre la prononciation et l’accent si typique des Argentins. La visite du temple maya de Palenque nous rappelle celui de Yaxchilan, le monde en plus et le périple pour y arriver en moins, à part si l’on considère le fait de slalomer entre les guides insistants, les vendeurs artisanaux ambulants et les gardiens de parking comme une aventure. Les ruines ont su, elles aussi, garder leur authenticité malgré la foule. Les édifices sont tapissés de vert et il faut s’introduire dans la forêt intense pour y découvrir l’ensemble de son architecture. Les derniers conseils prodigués par les Argentins avant leur départ : ne surtout pas faire Chichén Itzá et absolument aller à Lagunas Bacalar.

On prend tout cela en note et quittons le Chiapas. Ce temps marque pour nous la fin du Mexique des montagnes, de la jungle, des canyons et du faible tourisme. C’est décidé, le prochain mois sera celui de la relaxation, de la détente, des pieds en éventail. La péninsule du Yucatan sera notre maison. Les ex-propriétaires de Romain à Montréal, mais surtout amies, nous accueille pour deux semaines, chez elles, dans leur maison d’hiver dans le golfe du Mexique, à quelques enjambés à peine de la plage. Nous sommes prêts pour vivre au rythme lent de la chaleur du soleil.