En dehors des sentiers battus dans le centre du Mexique

Notre envie de s’écarter un peu de la civilisation s’intensifie. On s’éloigne du gros axe qui traverse le Mexique du nord au sud pour se rendre au cœur de l’état de San Luis Potosí. Des petits joyaux de la nature y sont disséminés par-ci par-là. Notre choix s’arrête sur Puente de Dios. Sortir en dehors des sentiers battus n’aura jamais eu autant de sens. Oubliez le GPS ou les panneaux de signalisation, ici on s’oriente à la gentillesse et la bienveillance des locaux qui nous aiguillent jusqu’à notre destination finale.

Sur la route, Queretaro, Mexique

Au bout de ces chemins de terre, on croise de nombreux cars. Pas d’étrangers en vue ici, ou très peu. Ce sont les locaux qui règnent en maitre. On aura beau en croiser un bon paquet vêtu de combinaisons, gilets de sauvetage et chaussures aquatiques, on se dirige vers l’objet de notre quête en claquette, T-shirt et bien évidemment sans gilet. Encore une fumeuse idée qui nous a pris. On descend les escaliers glissants de boue et racines, tant bien que mal, pour atterrir dans un endroit féerique. Les glissades et le piteux état de nos affaires en valent la peine. Nous sommes dans un trou d’eau bleu émeraude au milieu d’une forêt luxuriante, de cascades, sous un ciel à demi bleu. Le vert et la densité de la végétation contrastent avec la transparence et la limpidité de l’eau.

Puente de Dio, Tamasopo, San Luis Potosí, Mexique

Une fois au plus proche de la rivière on se rend compte de pourquoi tout le monde porte ce gilet. Le courant, dû aux chutes d’eau, est particulièrement fort. Des cordes ont été installées pour aider les nageurs à se mouvoir dans l’eau d’un bassin à un autre. Les sauveteurs sont là malgré tout pour veiller au grain. Donc, pour passer du site secondaire au principal, cela se passe à la force des bras, nager à contrecourant est inutile. On traverse alors une grotte sous-marine dont la clarté de l’eau fait presque office de lampe torche tant le bleu y est intense. Une fois rendu au grand bassin le spectacle est grandiose. Des gens sautent dans tous les sens depuis les parois rocheuses glissantes, les cascades de part et d’autre de la piscine naturelle. On aurait aimé avoir cet endroit rien qu’à nous, mais, à l’approche des vacances de Noël, un weekend, difficile de faire la fine bouche.

Tout content de notre découverte on enchainera avec les cascades de Tamasopo. Cela ressemble davantage à un Center Park, en plus naturel, où les locaux viennent passer la journée en famille, une grillade dans une main et une michelidas dans l’autre. Le temps n’étant pas de la partie on s’éclipse pour se rapprocher de la ville. L’endroit semblait malgré tout idéal pour une journée de détente. On découvre petit à petit la joie des surprises mexicaines. On s’explique. Ici il faut payer l’entrée du site, le parking, le gardiennage, les toilettes et le papier. Une attraction à 50 pesos voit souvent son prix final triplé à cause des couts subalternes, heureusement, on ne parle ici que de quelques dollars.

Le lendemain on se rend au luxuriant et surréaliste jardin de Sir Edward James. Philanthrope et poète anglais il a quitté son Ecosse natal pour le Mexique en 1944. L’exploration prend la tournure de la visite d’un labyrinthe géant. La végétation recouvre ces bâtiments inachevés. Des pièces se succèdent sans fin, des escaliers sans but, des tours, ils sont plus étonnants les uns que les autres. Ajouter à cela des piscines naturelles au milieu de la forêt, agrémentée de cascades ! C’est à se demander pourquoi Tim Burton n’y a pas encore tourné un de ses films fantastiques.

Zacahuil, Xilitla, San Luis Potosí, Mexique

Sur le retour on tombe nez à nez avec l’un des mets préférés d’Hélène, j’ai nommé le Tamal. Normalement ce sont des portions individuelles de maïs pillé, cuisiné dans des feuilles de maïs dans le nord et de banane dans le sud. Sauf qu’ici on à faire à la version familiale XXL. Le Zacahuil fait au moins dix kilos et suffirait à assouvir la faim d’un bon groupe de jeune en sortie de boite. Poulet et porc y sont mélangés et marinés dans une sauce de chili rouge le tout farci dans une pâte de maïs et cuit au four à bois. Muy Rico !

On retourne dans notre découverte des villes coloniales, appelées aussi Pueblo Magico. San Miguel de Allende, déclaré Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’UNESCO, est à l’image de ce qu’on avait entendu. Une superbe ville aux édifices multicolores avec, bien évidemment, de grandes églises imposantes. La particularité du lieu est sa population. Son charme et la douceur constante de son climat ont attiré les touristes, mais surtout, les retraités nord-américains qui pullulent dans les rues, amenant avec eux toutes une flopée des grandes enseignes internationales perdues de vue depuis notre arrivée dans ce beau pays. On y croisera même un restaurant de fondue et tout un tas de pâtisseries françaises. Alléché par l’odeur, on franchira le pas de la porte du Cumpaño et entamerons la discussion avec le chef français. Claude, pâtissier parisien a posé bagage il y a deux ans après être tombé amoureux de la ville et d’une Mexicaine, bien entendu ! Ses gourmandises fleurent bon la France et le Mexique, un subtil mélange auquel on ne peut résister.

Le lendemain, jours au combien important, puisque ce sont les vingt-huit ans de Romain. On soufflera les bougies sur la place principale, une itinérante un peu particulière viendra même lui offrir deux ravissantes peluches-sac à dos. En voilà une journée d’anniversaire qui commence bien ! On s’enfuit doucement de cette mosaïque de couleurs avec ces concerts de mariachis sur le zócalo, pour nous rendre à Guanajuato.

Un vrai petit déjeuner d'anniversaire à San Miguel de Allende, Guanajuato, Mexique 

La ville est unique en son genre, elle aussi déclarée au Patrimoine Culturel de l’Humanité. Les anciennes galeries minières, reconverties en route, serpentent toute la ville faisant d’elle un véritable gruyère, un vrai casse-tête pour s’y retrouver. La cité est à flanc de montage, rendant son exploration un peu plus sportive qu’à l’accoutumée. Le soir même nous avons rendez-vous avec Varinia, notre hôte CouchSurfing. Pas de nouvelle bonne nouvelle. On prend notre mal en patience en arpentant la ville de long en large. On y tombe en amour avec une petite douceur locale, les gorditas de nata. Ces petits gâteaux ne sont pas plus grands que des palets bretons. Le vendeur ambulant nous les prépare sur sa grande plaque. Un subtil et presque léger mélange de crème, lait, vanille, sucre et farine. Un délice pour nos estomacs en manque de sucrerie dans ce pays d’épices et de piments.

Guanajuato, Guanajuato, Mexique

Ce soir c’est jour de fête. Pour célébrer l’arrivée des nouveaux cheveux blancs de Romain, on ne se refuse rien. Le menu-surprise d’Hélène pourrait figurer dans n’importe quelle institution du guide Michelin. Touche voyage obligatoire, tout est préparé dans la popote, on reste tout de même des baroudeurs. Pour vous donner une idée, saucisson en apéro, foie gras et son chutney de cerises de Colombie-Britannique, en plat de résistance du gésier d’oie avec une salade verte, noix de cajou et raisin sec et sa vinaigrette au balsamique. Le tout avec un pain aux noix de notre ami boulanger de San Miguel Allende et d’un Bordeaux. Pour conclure en beauté cette crise de foie annoncée, on finira par un moelleux au chocolat. On mange ce divin repas, égoïstement, en amoureux, dans le calme d’un petit parc excentré de la ville. Pas besoin de cadeaux ou d’autres fioritures, le repas se suffit à lui-même.

Une assiette digne d'un vingt-huitième anniversaire, Guanajuato, Guanajuato, Mexique

On retrouve notre hôte qui nous propose d’aller dans un endroit typique de la ville et d’y retrouver ses amis. La mescaleria est une sorte de bar, où l’on boit bien évidemment du mescal, mais le principal est l’ambiance bonne enfant et populaire du lieu. Tout est un peu délabré, l’urinoir est dans un coin de la salle principal, dos à notre table. Tout le monde danse et chante, on se croirait dans une féria du sud de la France. Il faut dire que la ville est connue pour sa communauté d’étudiants et tout ce que cela implique au niveau de la vie nocturne. Bien évidemment, un verre en appelant un autre, dont un shooter de guisano, un verre de mescal avec un vers à l’intérieur à gober ou croquer selon les goûts, nous finirons la soirée à quatre heures du matin dans les rues de la ville. Après Zacatecas, encore une sortie nocturne mexicaine pleine de surprises. Le lendemain est plus compliqué. Il faut déplacer la voiture, car elle est mal stationnée et qu’ici, l’étroitesse des rues fait qu’il n’y a pas de remorqueuses, les policiers dévissent directement la plaque d’immatriculation. C’est beaucoup plus efficace et pas le choix de payer si l’on veut retrouver son dû.

Morelia, Michoacàn, Mexique

Avant d’explorer la réserve des papillons, nous faisons halte à Morelia. Notre corps de vagabonds nous réclame du repos, il n’a plus l’habitude de festoyer ainsi jusqu’à l’aube. On se fait malgré tout surprendre par une nouvelle fête au centre-ville où des jeux de lumière en 3D sont projetés sur les bâtiments du zócalo et un concert d’opéra sur une autre place centrale, sauf que celui-ci n’a pas d’interprètes en direct, juste une cassette projetée sur une toile. On est loin de la place des arts de Montréal et ses festivals estivaux, mais l’intention est là.  Au moment de se coucher, Hélène sent une boule de poil sur le tapis conducteur. Un rat ? Un opossum ? Non juste un chien apeuré par le quartier qui a trouvé refuge chez nous. Nous ne sommes pas les seuls à ne pas sentir cet endroit. On est coincé entre deux camions dont celui de derrière voit un chassé-croisé d’hommes rendant visite à sa « conductrice ». On ira finalement dormir un peu plus loin, sans le chien ni l’agitation.

 L'heure de souffler les bougies à Morelia, Michoacàn, Mexique

Sur le chemin de la biosfera Mariposa, on croisera un énième barrage de l’armée, ou du moins d’hommes armés sans uniformes dans l’état de Michoacán connu pour être encore rongé par les cartels. Ne comprenant pas leur signe de la main que l’on prend pour une invitation à ralentir, on ne s’arrête pas. Erreur. L’homme à la mitraillette court vers son énorme pick-up et démarre en trombe. Il nous arrête en faisant une queue de poisson à la Starsky & Hutch. Ne voyant toujours pas d’uniforme, Hélène panique et veut que l’on essaye de le semer. Cela aurait été une GRAVE ERREUR. On parlemente avec lui pour lui expliquer que nous sommes de gentils touristes en train de visiter son gentil pays ne comprenant pas les gentils signes qu’il nous a faits. Il se calme et ses collègues, non banalisés, eux, se joignent à la discussion. La conversation se fait plus courtoise. Ils finiront tout de même par nous dire qu’ils auraient pu tirer dans nos pneus si nous ne nous étions pas arrêtés… On repart de là un peu tremblant. La leçon du jour, avec une personne armée, flic ou narco, on ne réfléchit pas et l’on s’arrête ! Le contrôle suivant à l’entrée du parc est nettement plus folklorique. Les gardes armés chantent, mitraillette sous le bras, avec les guides. C’est tout de suite moins affolant de la sorte.

On visite le parc en compagnie de notre guide Danny, quinze ans à peine. C’est la période de migration des grands monarques qui partent du froid canadien pour profiter de la douceur du climat mexicain, un peu à l’image des Québécois. Ils font plus de 4500 kilomètres pour se rendre ici. L’intérieur de leurs ailes est orange fluo et noir, mais l’extérieur est un camouflage parfait, de la couleur des feuilles marrons sur les arbres, ce qui fait qu’ils se fondent parfaitement dans le paysage. Sans l’expérience de notre guide adolescent, nous serions passés devant sans jamais rien voir. On s’attendait à plus de couleurs et des papillons voletant dans tous les sens, mais la balade et les explications de Danny sont enrichissantes.

On se rapproche de Mexico City, la capitale aux vingt millions d’habitants. On s’arrête en chemin à Pachuca et son œuvre d’art urbaine. Un artiste en collaboration avec les habitants d’un quartier défavorisé ont repeint toutes les maisons de couleurs fluos. On dirait un tableau de Warhol au plein cœur d’un bidonville à flanc de colline. On s’en va passer la journée à Prismas Basalticos, il s’agit de formations de basaltes enfouies dans un canyon où se déverse une chute d’eau. Nous sommes un peu déçus devant ce spectacle hors du commun en apprenant que les cascades ont été artificiellement créées par l’homme et non par la nature. L’harmonie de la scène, les jeux de lumière et les nombreux arcs en ciel sont bluffants malgré tout. Idéal pour se reposer en cette chaude journée d’hiver.

Pachuca, Hidalgo, Mexique

Prismas Basalticos, Hidalgo, Mexique

Ici s’achève notre descente du nord du Mexique. On aurait aimé en voir plus, que ce soit Baja California, Guadalajara ou des parties plus sauvages, mais le pays est immense, bien plus que l’on aurait pu imaginer. Cela nous donnera l’occasion d’y revenir. Maintenant, place à la grande ville, la si contrastée Mexico City, sa pollution, son altitude, sa vie culturelle. On en a entendu de toutes les couleurs à propos de celle-ci, à nous de venir nous en faire notre propre idée !