Vancouver Island, terre sauvage du bout du monde

Mackenzie Beach, Tofino, Vancouver Island, BC, CA

Même si vous vous êtes précédemment délectés de nos aventures à Vancouver et ses alentours (Vancouver, une aventure en famille), la réelle première étape de notre regroupement familiale a eu lieu à Vancouver Island. Certes cette étape insulaire fut entrecoupée de nos quelques vagabondages sur la terre ferme, mais nous y sommes retournés pour y finir ce que nous avions commencé ! L’ile est si grande et si sauvage que de n’y rester que quatre jours n’est pas lui rendre tout le mérite qui lui est dû. Pour vous faire une idée, l’ile fait quatre fois la Corse. Bien qu’elle soit située au large des côtes Pacifique, ici il n’est pas question d’eau chaude, bien au contraire… Elle y héberge la capitale de la province, Victoria, où y réside près de 50 % de la population de l’ile. Nous avons dans un premier temps visité le sud de l’ile, dans un contexte plus familial qu’aventurier, puis dans un second temps, le nord, ses montagnes et ses routes de graviers.

Gulf Island, BC, CA

Pour nous y rendre, pas le choix que d’emprunter la voie maritime. Nous prenons le ferry depuis Vancouver pour nous rendre à Victoria où nous attend notre hôte airBnB. La traversée est spectaculaire. On sillonne la mer à travers les iles de Gulf Island sous la lumière du coucher de soleil. Toute la famille est sur le ponton afin d’admirer ces premiers moments canadiens.

Pour le plus grand plaisir de toutes et tous, nous avons fait le plein de cerises et autres fruits du verger où nous avions travaillé (Cherries at Okanagan Valley). Les petites nièces d’Hélène s’en donnent à cœur joie et le résultat se voit sur leurs visages et vêtements constellés de taches rouges. Nous arrivons dans notre home sweet home, à quelques kilomètres à peine de Victoria. On peut enfin se poser, déballer nos packsack et fêter ce retour en famille autour des mets jouissifs importés de France, faisant fi des terribles douaniers ! Une photo vaut souvent bien des discours.

 
 

Hormis la partie confort, cuisine, retrouvailles, nous programmons de visiter principalement Victoria et le sud de l’ile. Nous passerons une grosse journée à arpenter les rues de la capitale. Elle bénéficie d’une belle situation géographique. Au bord du Pacifique, et plus précisément de la baie Juan de Fuca, elle fait front à Olympique Park. Située de l’autre côté de l’océan, aux USA, ce parc ne cessera de nous impressionner tout au long de la visite de l’ile avec ses montagnes enneigées, si bien que l’on décidera d’y faire escale sur la suite de notre périple.

La balade le long du front de mer, à Ogden Point Breakwater avec son air salin, aidera bien la famille d’Hélène à faire passer ce décalage horaire de quelques heures avalé en à peine 10h d’avion (sans compter les 2h de voiture, 4h de train plus le ferry…). Plus haut, nous visitons Fisherman’s Wharf, un « village de pêcheur » ou plutôt une agglomération de maisons multicolore transformées pour certaines en fast-food maritime. Hormis quelques commerces, la plupart des cabanes restent malgré tout habités. Chacun y va de sa petite décoration, sculpture, fresque. Nous profitons de la pause midi pour aller se poser à l’une des nombreuses plages de la ville. Direction Beacon Hill Park où l’un de ses sentiers nous mène sur une plage rocailleuse. Le temps pour nous de nous rendre compte que, tout pacifique que ce soit, on est bien loin des eaux hawaïennes. Ici l’eau titre plutôt à 15°C, et les baigneurs ne font pas légion…

Inner Arbour, Victoria, BC, CA

Le centre-ville, Inner Arbour, est bien plus animé et touristique. Passé le va-et-vient des bus, voitures et calèches, ses nombreux jardins et bâtiments nous rappellent que le Canada fut un temps une colonie anglaise. Belles fleurs, gazons tondus de prêts, hôtels style victorien (c’est le cas de le dire), pas de doute là-dessus, les Anglais y ont laissé leur empreinte. Les shows urbains s’enchainent le long du port. C’est l’été, les animations battent leur plein. On préférera s’en éloigner et remonter plus au centre se désaltérer sur une terrasse, au soleil, après une journée de marche bien chaude. C’est la nuit tombée que l’on reviendra admirer Legislative Building, siège du parlement, et l’hôtel Empress qui s’éclairent de mille feux. Chaque hôtel ou bâtiment y va de de son éclairage, de son jeux de lumière, un peu la course à qui sera le plus coloré, pour le plus grand plaisir de nos yeux et appareils photo.

Passé la découverte de la ville, son chinatown, le plus vieux du Canada avec sa ruelle Fan Tan, ancien lieu de rendez-vous des vendeurs d’opium, on s’attaque maintenant à ce que l’on préfère, la visite de la nature. Et de ce côté-là, l’ile a de quoi nous offrir en diversité. À l’ouest de l’ile, le long de la baie Juan de Fuca, on empruntera la Scenic Marine Road qui fait le tour de la partie sud de l’ile. Afin de mieux en profiter on la divisera en deux. On ira se promener le long des sentiers de Port Renfrew, dans le parc Juan de Fuca Provincial Park. Première randonnée pour les petites. Premiers portées pour les adultes. On y débouche sur une petite crique bien paisible dans laquelle on y fera un somme, le temps que les filles reprennent du poil de la bête et nous aussi, enfin surtout nous à vrai dire... Sur le chemin du retour on fera halte à Potholes, parc où l’on peut se prélasser dans une rivière au milieu de gorges et piscines naturelles. Peut-être pas le meilleur spot du parc, qu’importe, la journée a été bien remplie et le repas du soir nous attend ! Après les famous burger maison de la veille, place à la truite et aux calamars grillés au BBQ.

Le lendemain nous ferons l’autre partie de la Scenic Marine Road. Celle-ci nous amène au lac Cowichan, le plus grand et plus chaud de l’ile. Le parc où l’on élira domicile pour l’après-midi est parfait pour les enfants, grands comme petits. Baignade surveillée, prêt de gilets de baignade, balançoires, toboggans, le tout sous un soleil éclatant. La baignade est particulièrement rafraîchissante, mais idéale par ce temps-ci. Sur le retour on cherchera des vignobles de la route des vins pour y profiter des dégustations et voir ce qui s’y fait de bon. Pas de chance pour nous, tous les vergers ferment leurs portes à 5h… Pas grave, l’apéro et le repas du soir nous attendent encore. Travers de porcs à la « Brau’Sauce ». Décidément trop de choses à faire sur cette ile ! On a bien raison de vouloir y revenir. Avant d’embarquer sur le bateau nous ramenant à Vancouver nous voulons visiter le somptueux Butchards Garden. Finalement, à 40$ par personne on se contentera du parking, ma foi très joliment décoré de parterres floraux. Le second stop, Sydney, est beaucoup plus agréable. Nous nous prélasserons en bord de mer, divertis par le spectacle des baleines.

C’est cette fois en duo, seuls, sans l’effervescence de la petite famille, que l’on aborde le nord de l’ile. Randonnées et plages sont au programme. Après en avoir tant entendu parler par tous les amateurs de surf et voyageurs de l’Ouest canadien, nous prenons la direction de Tofino sur la côte pacifique. En chemin nous nous arrêtons à Cathedral Grove dans le parc MacMillan pour y voir le soi-disant plus grand arbre du Canada. On sera plus impressionné par la file d’attente pour le prendre en photo que l’arbre lui-même… Mais voilà, nous y sommes . Le vent, la brume et la pluie sont là pour nous accueillir.

Tofino, Vancouver Island, BC, CA

À nous les vagues gigantesques, les nuées de surfeurs, la hippie attitude ! Enfin c’est ce qu’on croyait. Grand soleil, pas de vent les deux jours suivants. Nous passerons notre temps à scruter la moindre vague. Nous aurons bon croisé moult planches de surf accrochées aux voitures, point de surfeur à l’horizon. Surement une histoire de timing car les Français que nous avions rencontrés au picking et que nous croisons par hasard, nous affirment eux le contraire. Pas grave, on se rattrape avec la nature.

On part donc se balader plus au sud, du côté d’Uclulet pour y faire une balade littorale via le Wild Pacific Trail. Le sentier longe la côte et est superbement aménagé afin de faire profiter aux marcheurs de ses nombreux points de vue. Pacifique Rim National Park est pratiquement exclusivement un parc maritime. Ses plus beaux trésors y sont malheureusement seulement accessibles en bateau ou hydravion. Tant pis pour les sources d’eau chaude naturelles ou les randonnées surplombant le pacifique et les nombreuses mini iles. Malgré tout elle offre bon nombre d’accès à de belles plages sauvages. Son titre d’ile la plus sauvage du monde n’est pas usurpée !

Wild Pacific Trail, Uclulet, BC, CA

Sur le chemin du retour à Port Alberni on ira se baigner dans un spot que nous avions repéré à l’aller. L’eau du mini canyon y est d’un vert opalin transparent. Ni une ni deux on plonge et testons la résistance de la GoPro aux rivières glaciales de l’ile.

Mackenzie Beach, Tofino, BC, CA

Fini de se prélasser sur les plages sauvages, direction le nord à Strathcona Provincial Park. Ce qui est bien en Colombie-Britannique, c’est que tous les parcs provinciaux sont gratuits, le revers de la médaille est que ceux-ci ne sont pas forcément très bien fournis en information. Le parc se sépare en deux zones. La première, Forbidden Plateau, nous fera randonner sur près de 35km (record en date) pour atteindre le Mont Albert. Même si les 20km de début et fin sont vite avalés et peu captivants, le bout du chemin en vaut la peine. D’une part une vue sur les montagnes verdoyantes, de l’autre sur celles du nord de Vancouver dont les sommets sont enneigés. Bien que l’on n’ait pas poussé le supplice à faire les 4 derniers kilomètres restants (je sais, shame on us), on est content de nous. Le lendemain on s’attaque à la partie centrale du parc. Mais avant ça, on célèbre ce record à Campbell River avec saumon fumé, rillettes de maquereau, fromage et raisins, un petit délice.

Pacific Rim National Park, BC, CA

En route pour la seconde partie du parc on fera un stop à Elk Falls. Impressionnante chute d’eau et construction servant à acheminer l’eau pour la centrale hydraulique. C’est allant se poser pour la fin de journée à ces somptueuses chutes que l’on rencontrera un couple de Français en road trip également depuis Montréal, Mélanie et Yohann. Rendez-vous le lendemain matin pour randonner ensemble dans les montagnes afin de se rendre au Bedwell Lake. Toutes les troupes sont à l’heure, le temps est frais, venteux et humide. La voiture, bien que SUV et ROUGE s’il-vous-plait, ne passera pas le troisième virage. On a encore beaucoup à apprendre… Soit on est mauvais, soit on est vraiment mauvais. D’autant plus qu’en haut on y trouvera sur le parking une Golf, entre autres… On finira la route à pied. On arrive au bout de la rando et la brume vient nous gâcher le paysage. On arrive tant bien que mal à entrapercevoir des iles au milieu du lac ainsi que des montagnes enneigées, mais ce ne sont que des hypothèses tant le brouillard est épais.

Sur le chemin du retour pour récupérer la voiture, petit moment de panique. Un ours noir et son bébé sont là. Nous voyant, le bébé file se réfugier en haut de l’arbre. La mère est là, au bord du sentier. Elle nous a repérés. Elle se dresse sur ses pattes arrière et nous observe, surprise, énervée, intriguée, amusée, bref, de toute manière on ne veut pas savoir. Les filles en queue de peloton croisent son regard. Elles nous rejoignent, doucement. L’ours fait de même et nous suit sur plusieurs mètres, en bord de sentier, à à peine dix mètres de nous. On s’en va à reculons, sans courir, en parlant fort pour lui signifier qu’on quitte SON territoire. Nous qui voulions voir des ours nous sommes servis. Mais pour une première expérience on aurait surement préféré le voir de plus loin et en voiture… Après tant d’émotions c’est BBQ TIME avec nos nouveaux compagnons ! Au menu riz au curry, poivron grillé à l’ail et huile d’olive, oignon et pomme de terre à la braise, ti-punch et chamallow grillé. Juste parfait !

Buttle Lake, Strathcona Provincial Park, BC, CA

On prend la direction du nord, lieu privilégié pour l’observation des orques, les whale killer, via un des nombreux sentiers de gravier du nord de l’ile. Quand on vous disait qu’elle était sauvage. Les lieux ont gardé simplicité d’origine, leur donnant ainsi un caractère plus authentique. Chaque sortie en dehors des sentiers battus se mérite ici. Après nous être renseigné, les prix des balades nous refroidissent vite, on tentera de les voir par nous même, le long des falaises. Avant ça on se rend à Port Alice pour y faire une boucle de 100km sur un sentier caillouteux censé nous amener à l’équivalent à des cenotes du Yucatan, des gouffres d’eau dans lesquels on peut se baigner. Arrivé à Devil Bath la crevasse est impressionnante. Nous chercherons à descendre les falaises pour aller nous y baigner, mais le peu d’indications fera qu’au bout de 45mn d’exploration subaquatique, on se contentera d’une baignade dans le canyon. Sur le chemin du retour, de nouveau, on croisera le chemin d’un ours, mais en voiture cette fois-ci. C’est tout de suite plus rassurant. Après quelques balades à Port McNeill et Telegraph Cove, après avoir cru peut-être, sans certitude, voir le dos de la nageoire d’un orque, il est temps de mettre voiles direction Victoria. Les plages du sud-est de l’ile seront nos derniers lieux Canadien.

Le Canada touche bientôt à sa fin. Pas le temps de s’apitoyer, du moins pas maintenant. Pour cela on attendra notre dernière nuit à Cowichan Bay, sous un énième couché de soleil éblouissant. Il faut dire que mis à part Victoria, le reste de l’ile est peu ou pas habité, donc zéro pollution lumineuse. Du bonheur pour nos yeux de dormeurs nomades.

De nouveau à Victoria pour une nouvelle traversée, mais cette fois pour se rendre aux États-Unis. Le personnel du ferry a beau nous dire que sans réservation on a 50 % de chance de prendre le bateau, qu’importe, nous on est prêt !

Cowichan Bay, Duncan, BC, CA

Après 3 années pour Romain et 2 années pour Hélène, c’est du ferry de Vancouver nous amenant à Port Angeles que nous disons non pas adieu au Canada, mais juste un simple au revoir et à bientôt, car on sait que l’on y reviendra. Trop de souvenirs, de rencontres, d’histoire pour en tirer un trait. Même s’il est toujours difficile de quitter un endroit dans lequel on se sera senti comme chez soi, cela marque pour nous le début d’une nouvelle aventure. Et, comme on se le dit à chaque fin d’étape, l’excitation de découvrir de nouveaux horizons prend le dessus, même si ici, c’est du 50/50…