Cherries at Okanagan Valley

Nous avons délaissé les pics enneigés des Rocheuses pour les terres arides de la vallée d’Okanagan. C’est donc au sud de la Colombie Britannique (BC) que nous avons élu domicile pour deux semaines. Au programme de celles-ci, l’activité la plus répandue de la région : le "cherry picking" et, espérer gagner quelques sous.  

Osoyos, Okanagan Valley, BC, CA

Dernière chance de travailler « légalement »… Mais avant ça, il faut se rendre présentable à nos futurs employeurs. Nous profitons de la douceur de la soirée à Kamloops pour nous baigner dans la Thompson River et d’y faire notre traditionnelle douche-express. Fini les pulls et pantalons, à 35°C la nuit, on peut se permettre de les troquer pour shorts et T-shirts. Quel changement par rapport à la nuit d’avant (The Rockies part II) ! Difficile à imaginer, mais le confort de notre voiture/couchette nous avait manqué.

On prend le plein d’informations sur les différents endroits pour le picking, faisons nos courses, lessive et rangement. Tout est en ordre ! Vernon sera notre premier stop dans la vallée. Notre mission sera de trouver un verger nous acceptant, nous, petits français, sans expérience, venus cueillir pour eux jusqu’à fin juillet. Après avoir été victime d’un vol nocturne de claquettes par un vilain opportuniste, mais au goût certain pour les belles choses (Romain en pleure encore), on se lance dans le grand bain. Tactique adoptée pour trouver le verger de nos rêves : le porte-à-porte. Première tentative, premier échec. Mais la ferme visitée nous met l’eau à la bouche et nous rebooste pour nos recherches futures. Tout est bio et ils font de leurs produits des tartes, gâteaux, confitures et autres délices. On aurait pris vingt kilos à coup sûr !

C’est plus au sud que nous nous dirigeons, nos adresses de vergers à la main. Encore quelques ratés. Les lieux et conditions ne nous inspirant pas confiance. Les vergers sont nombreux dans la région et le risque de tomber sur la mauvaise affaire élevé. Pour vous faire une idée, voire deux, soyons fous, dans le premier, des pickers québécois nous déconseillent vivement l’endroit. Mauvaise organisation, trop de monde, trop de congés forcés, faible paie, camping payant… Le second ressemblant vaguement à un camp de réfugiés avec d’un côté les africains dans des préfabriqués moyenâgeux, de l’autre les caucasiens dans des tentes au milieu du verger et les asiatiques ailleurs, on ne sait où… Bonjour l’ambiance…

Yellow cherries, Palomine Orchards, Winfield, Okanagan Valley, BC, CA

Entre temps, nous avions visité une autre ferme, à Winfield, au nord de Kelowna. Palomine Orchards. La bonne humeur du propriétaire, Lyle, l’installation à taille humaine (vingt pickers au lieu des cent-cinquante de notre second exemple) et la proximité du lac, nous pousseront à y jeter notre dévolu. Ce grand monsieur opulent, marqué par les années de dur labeur, nous fait le tour de son verger et nous montre le B.A.-ba de la cueillette : on cueille les cerises avec les tiges, sans feuilles, sans branches. Facile ! Vivement demain 5h pour commencer à nous faire du cash en tabernacle ! On se couchera dans notre tente, sous les cerisiers, à quelques pas des poules en liberté. Ah la natuuuuure.

Pas questions pour nous de vous détailler quotidiennement nos journées de pickings et nos exploits offerts à Lyle et toute sa gang de pickers. Non, ce serait trop vaniteux et rébarbatif de notre part. On se contentera plutôt de vous expliquer les grands traits du travail dans un verger. On y trouve trois principaux postes : le triage de fruits appelé « sorting », la cueillette appelée « picking », et l’éclaircissage appelé « thinning ». Notre première journée sera dédiée au « sorting », bonne manière de s’échauffer et de se familiariser avec nos amis les cerises. On récupère les paniers pleins de cerises pour les déverser sur le tapis roulant. On y enlève les trop petites, trop rouges, pas assez rouges, feuilles, branches, insectes. En gros 70 % de la cueillette est mise de côté et servira de compote, nourriture pour animaux, poubelles… Au bout de deux heures, chaque arrêt du tapis nous laisse l’impression d’être sur un bateau à la dérive, alors imaginez après sept heures à regarder défiler des centaines de milliers de millions de cerises. Heureusement pour nous, nous avons le pied marin. Le « thinning », pour les pommiers, consiste à alléger l’arbre pour qu’il puisse respirer afin que seules les belles et grosses pommes puissent s’y développer. En résumé on met par terre une bonne partie des fruits du pommier. Tant de pommes à terre ne demandant qu’à être dégustées en tarte, compote, en jus ou en liqueur, quelle tristesse…

 Et le meilleur pour la fin. La reine mère des activités lucratives de la région. Le temps attendu cherry picking ! Le principe est on ne peut plus simple. À l’aide d’une échelle, d’un harnais et de jolis seaux en métal de douze livres on se balade d’arbre en arbre dans le verger pour y cueillir le fruit tant convoité. Dans la pratique c’est une tout autre histoire... L’échelle fait 9 pieds [3 mètres] et les arbres en font 15, le verger est en pente et vallonné, il fait 30°C à 9h du matin, il faut picker 7h durant, argent facile soi-disant…

On est novice et ça se voit. On est payé au rendement contrairement aux deux autres postes, donc plus tu vas vite plus tu gagnes. Sauf qu’à vouloir aller trop vite tu fais n’importe quoi, et là on vous parle en connaissance de cause. Les premiers jours nos seaux sont pleins de cerises… sans tiges, remplis de feuilles et des tas de branches gisent aux pieds de nos arbres comme si un ouragan avait eu lieu. Mais un ouragan très, très précis, car il a pris soin d’épargner nos voisins… Quelques remontrances du maitre des lieux et de son contremaitre, Loe, ainsi que les conseils avisés des pickers expérimentés, nous feront trouver le droit chemin. Progressivement on s’améliore. Moins de perte, plus de seaux. Passer cette partie bucolique, la face cachée ou revers de la médaille, se nomme pesticide ! Les cerises en sont aspergées en masse, laissant sur ces beaux fruits rouges des trainées blanches. Les ramasser nous fait tousser, détruit nos vêtements. Les laver ni fera rien. Même nous, gros gourmands, cesserons petit à petit d’en manger... Certains prenant même la décision de ne picker qu’avec des gants. Le port du masque n’est pas loin et devrait être de rigueur pensons-nous. De notre côté on se contentera de bouts de sparadrap, plus pour se protéger des coupures de branches.

Nos mains après 8h de cueillette, Palomine Orchards, Winfield, Okanagan Valley, BC, CA

Nos mains après 8h de cueillette, Palomine Orchards, Winfield, Okanagan Valley, BC, CA

Le verger donne sur un des nombreux lacs parsemant la région. Quelle belle vue lorsque nous escaladons notre échelle au lever du soleil ! Mais pas le temps de se laisser attendrir, le temps c’est de l’argent !

Coupé en pleine possession de nos moyens, les changements de conditions climatiques (pluie, forte chaleur, faible température) ont abimé les cerises et nous mettent en chômage technique pour une durée indéterminée. Ne pouvant nous permettre de rater de précieux jours de travail, on retourne à la prospection. Le plus grand verger de la région est, par chance, un proche voisin du nôtre. Après nous avoir fait passer un « entretien » pour picker, il nous propose finalement, au vu de nos qualités intrinsèques et talents évidents, d’être assistants logistiques. Beaucoup mieux payé que ce que nos compétences de picker nous permettre d’avoir, et plus en adéquation avec notre haut standing. Finalement après une coupure d’électricité de quatre heures il nous réorientera vers du picking dans une équipe de trois-cents personnes, avec des seaux de vingt-cinq livres, formation obligatoire, Visa, NAS, impôts, carte de travail, interdiction formelle de porter montre, MP3, sac à dos, vérifications des sceaux, pause pipi encadrée, vous aurez compris que, le demain, nous serons restés couchés. Tant mieux, le voisin de Lyle nous débauche pour nos sept jours restants.

Changement de rythme, 8h30 de travail, plus de cent cueilleurs et enfin les fameux mexicains qui arrivent en nombre par bus scolaires jaunes. Bonjour le cliché. On va vérifier si la légende dit vrai. Alors que nous pensions être devenus bons, lorsque l’on arrive péniblement à quarante seaux à la fin de la journée, certains dépassent les soixante-dix. Rien à faire, c’est un niveau au-dessus. Après avoir commencé à picker dans le premier verger en couple, nous opterons cette fois-ci pour une stratégie individuelle. Chacun pour soi. Ce qui portera ces fruits ! Et sera par la même occasion une écrasante victoire d’Hélène. Nous voilà les poches pleines et d’attaque pour la suite. Celui qui a dit que l’argent ne poussait pas dans les arbres n’a jamais fait de picking, comme le disait si bien notre ami pirate (Portait à venir).

Pour nous qui n’avons été là que deux semaines et sûrement pour une bonne partie des pickers, derrière l’intérêt pécunier évident, ce n’est rien face à l’aventure humaine qu’elle offre. Tous ces gens d’horizons si différents réunis ensemble pour un, deux, cent jours. C’est ce qui en fait toute sa beauté et ce qui pousse les gens à revenir été après été. Notre campement, quelque peu sommaire on vous l’accorde, se compose d’un concept de « cuisine abris », avec tables, chaises, frigo, lumière et micro-onde, pour la douche ce sera dans le lac ou au robinet, ce qui nous a très bien convenu.

Okanagan Lake, Okanagan Valley, BC, CA

Nous profitons d’un de nos congés forcés pour nous rendre plus au sud de la vallée, à Osoyos. Départ après le picking pour une journée et demie. On finit plus tôt que prévu, trop peu d’arbres pour le nombre de travailleurs. Nous commençons à nous dire que nous n’atteindrons jamais notre objectif initial… Adieu les margaritas au Mexique. On s’aperçoit qu’il y a clairement des vergers plus payants que d’autres. Tant pis, nous sommes bien là où nous sommes, et la perspective de retrouver la famille d’Hélène dans quelques jours nous réconforte. Nous empruntons la route des vins jusqu’à Ososyos en passant par Peachland, Summerland, et Oliver. La route longe lacs et collines, tantôt désertiques tantôt verdoyantes. La région est aride et les cactus y poussent à profusion. Ici la saison des cerises est finie, la migration des pickers vers le nord commence. C’est en fin de journée que nous arrivons à Osoyos, quelques kilomètres à peine avant la frontière américaine. Le début de la route des vins nous oblige à venir vérifier la qualité des produits locaux juste avant de se mettre à table. Verdict de la chef, il y a du potentiel. Nous faisons halte à Spotted Lake, impressionnante pléiade de lacs circulaires semi-séchés formant ainsi des cratères d’eau. Nous nous installerons au bord d'un lac à Osoyos, au clame, en amoureux, une bouteille fraîche de rosé nous tenant compagnie.

Spotted Lake, Osoyos, Okanagan Valley, BC, CA

La grasse mat’ (jusqu’à 8 heure) est plus qu’appréciée. Après une baignade matinale pour nous réveiller nous partons à la découverte du désert d’Ososyos. Bien qu’il soit surprenant d’imaginer un tel désert au Canada, il n’est pas si spectaculaire que ça. On prendra ça pour un entrainement avant ceux de la côte ouest-américaine. N’est pas le désert d’Arizona qui veut ! On y préfèrera la route des vins et ses dégustations de Riesling, Syrah, Merlot, quelques belles surprises, comme ce rosé issu d’un assemblage Merlot. On finira la journée à la plage, profitant de notre congé à flâner au soleil. Demain on remet les réveils, les cerises n’attendent que nous.

Une nouvelle journée débute. La routine commence à se faire sentir. Un réveil aux aurores à 4h, gros petit déjeuner et c’est parti jusqu’à ce que la chaleur devienne trop forte, rendant l’activité impossible, car abimant les fruits. Retour au camp de base pour un déjeuner, sieste, plage, douche puis « jam session » pour finir, typique journée au camp.

 L’autre activité qui nous aura également accompagnée est bien évidemment la cuisine. Que demander de plus ! Des arbres pleins à craquer de fruits : cerises noires, jaunes, prunes, pêches, abricots. Au menu de ces deux semaines, salades de fruits, coulis, compote, mostarda. C’est certain, on se sera régalé.

Notre étape picking s’achève pour nous, objectif atteint, plein de rencontres, d’expériences, de pépètes en poches il est l’heure de se ressourcer en famille pour notre plus grand bonheur.

Palomine Orchards, Winfield, Okanagan Valley, BC, CA