Un automne dans les canyons

Nous quittons Vegas et sa folie pour l’Utah et son incroyable densité de parcs nationaux. Déserts, montagnes, canyons, arches, sites historiques, ruines indiennes, il y en a pour tous les goûts. Cette prochaine étape nous fera traverser l’Utah donc, mais aussi l’Arizona, brièvement le Colorado et le Nouveau-Mexique. On commence à devenir incollable sur les plaques des états américains. Nous restons malgré tous les plus exotiques, bien qu’avec l’Alaska et surtout Hawaii il y ait match.

Bryce Canyon National Park, Utah, USA

Direction Zion, le premier parc de notre tournée des canyons post Sin City. Nous en avions beaucoup d’attente tant on nous en avait parlé en bien tout au long de nos rencontres locales. Et bien, le spectacle est au rendez-vous. Une gorge verdoyante et étroite formée par les mouvements tectoniques et l’érosion due à l’eau. Une Française arrivera tout de même à nous dire que cela ressemble aux paysages de chez nous... Ah ces Français, un brin chauvin. On s’attaquera, pour débuter, à une randonnée décrite comme étant dans le top 5 des plus dangereuses du monde. Avis à ceux qui ont le vertige, passez votre chemin. La fin de la marche se fait à l’aide d’une chaine entre deux ravins pour escalader le dernier kilomètre jusqu’au sommet. Pour ajouter du piment, s’il en fallait, on nous spécifie le nombre de personnes décédées durant l’ascension de ce col. Un peu glauque, mais un poil excitant malgré tout. De toute manière, après avoir survécu aux déserts, nous sommes invincibles ! Au sommet on peut observer le canyon avec ses parois verdoyantes s’étendre au loin. Le spectacle nous laisse bouche bée. On comprend pourquoi tant de gens viennent y risquer leur vie.

On ira se remettre de nos émotions à la fête du village. Le thème du jour est Rock & Beer, l’ultime combo. Le lendemain nous ferons l’ascension du col voisin. La vue est tout aussi éblouissante. On y voit au loin la crête escaladée la veille avec son étroit passage menant au sommet. Au risque de se répéter, on ne s’attendait pas à un paysage aussi verdoyant. Ayant l’image du grand canyon et des paysages de cowboy, aride au possible, chaque randonnée ne cesse de nous surprendre. Nous sommes sur notre petit nuage.

Par la suite on s’engouffre dans les entrailles du canyon pour une marche à pied, dans l’eau, jusqu’aux genoux parfois. L’eau est bien évidemment glaciale et les étroites parois font que les rayons du soleil n’y passent pratiquement pas. On s’enfonce au milieu des gorges, mais après trente minutes on ne sent plus nos pieds, bon moyen pour savoir qu’il faut faire demi-tour dans cette randonnée sans fin qui pourrait vous amener à faire plus de trente kilomètres. On retiendra plutôt l’expérience que la qualité de la marche. On a déjà suffisamment froid dans notre roulotte pour s’infliger ça en plus.

On profitera de la fin d’après-midi pour y installer nos rideaux, achetés à Seattle plusieurs semaines auparavant dans un thrift shop. On prend les mesures, une fois, deux fois. On est sensé se faire un rideau pour devant et un pour derrière, de manière à pouvoir dormir sans être embêté ni par le soleil ni par les curieux. Enfin ça c’était l’idée de départ, parce que dans la réalisation, avec nos talents de bricoleur combiné (soustrait ?), c’est une tout autre histoire. Nous n’avions pas pris en compte l’élasticité du drap et la découper les bras tendus, en l’air, ne fut pas non plus notre meilleure idée. On se retrouve donc avec un premier rideau énorme et un autre assez court pour être la jupe d’une pompom girl aguicheuse… La prochaine fois on mettra des encoches et on fera cela à plat, promis. Fin du parc le lendemain et réveil matinal pour le lever du soleil en altitude.

Zion National Park, Utah, USA

On se rend à Bryce Canyon, le parc voisin d’à peine quelques kilomètres. Celui-ci se caractérise par des hoodoos, ces formations rocheuses aussi appelées cheminées de fée sont formées par différents phénomènes d’érosion. Le parc peut se visiter principalement en voiture, comme la plupart des parcs américains selon notre expérience, mais c’est en plongeant au cœur de ce gigantesque amphithéâtre naturel bordé par ces hoodoos, uniques en leur genre, que l’on l’apprécie le mieux. Un paysage hors du commun, mais les randonnées en son cœur se révèleront un peut répétitive à notre goût. On a beau faire la fine bouche, les jeux de lumière sont somptueux, cela va de l’orange en passant par le corail et le rouge, avec, comme d’accoutumé, un ciel bleu immaculé en fond.

Bryce Canyon National Park, Utah, USA

Malgré ce soleil, les jours qui passent nous éloignant des longues journées d’été se ressentent de plus en plus. Le soleil se couche de plus en plus tôt, emportant avec lui les derniers rayons du soleil nous réchauffant. À 18 heures il fait nuit, froid, et il vente. Heureusement, les parcs sont pourvus en hôtels, relativement confortables, luxueux et chauffés ! On s’y réfugie histoire d’emmagasiner de la chaleur avant de s’emmitoufler sous nos deux couvertures dans la voiture. Les nuits ne sont pas faciles, et quitte à être réveillé tôt autant profiter du lever du soleil. On se gare sur un parking, face à un point de vue, seul, dans notre maison.

Bryce Point au lever du soleil, Bryce Canyon National Park, Utah, USA

Le réveil aux aurores n’aura pas suffi, le parking est bondé et au mirador, c’est chacun pour soi. Chacun défend sa position pour en tirer la meilleure photo, ça joue des coudes et des épaules, étrange façon de se réveiller, mais ça a au moins le mérite de nous tenir chaud. On quitte ce second parc, fasciné par ces aiguilles de pierre, mais légèrement déçu par la diversité des marches proposées. Qu’importe, il nous reste pléthores d’endroits à découvrir, tous prêts à nous surprendre !

Nouveau parc en ligne de mire : Capitol Reef. Pour cela on emprunte la route scénique 12 qui nous fait traverser le Grand Staircase. Nous avons repéré au préalable une randonnée nous faisant nous rendre dans un canyon des plus étroits, un peu à l’image d’Anteloppe, l’illustre. La ranger du parc nous refroidit vite. Avec les trombes d’eau tombées pendant la tempête, pour venir à bout de la randonnée, dont il n’existe pas de carte, il faut nager au cœur du canyon au moins quinze minutes dans une eau avoisinant les 10°C. On la regarde, se regarde, la remercions, sourions et prenons nos jambes à notre cou ! La route nous menant au parc n’a pas volé son qualificatif de scénique. Elle serpente des collines venues se parer d’un arc en ciel des couleurs de l’automne, tout en nous offrant une vue sur la vallée et ses nombreux lacs. On prend notre temps et mettrons près d’une journée à avaler les à peine 180 kilomètres pour rejoindre le parc.

Capitol Reef National Park, Utah, USA

Capitol Reef, autre parc national, autres canyons, autre émerveillement. Le parc est beaucoup plus petit que ses deux précédents confrères, mais les points de vue n’en sont pas moins époustouflants. On y croisera des professionnels du canyoning dont l’endroit avec ses cours d’eau et se falaises abruptes se prête parfaitement. Nous on ira randonner en haut de ces falaises, profitant ainsi d’une vue spectaculaire sur la vallée multicolore. Le petit plus du parc est son immense verger composé de plus de trois mille arbres fruitiers et encore en exploitation. Au moment de notre séjour, il n’y reste que des pommes, mais cela nous convient très bien. L’utilisation de l’échelle pour la cueillette nous rappelle notre séjour dans la vallée d’Okanagan pour le cherry picking. On repart du parc une fois de plus les jambes lourdes, mais également cette fois-ci les poches pleines de pommes. Prochaine étape, l’immense parc de Canyonlands.

Rim Overlook, Capitol Reef National Park, Utah, USA

La partie nord du parc à laquelle on s’attaque s’appelle, Island in the Sky, elle se compose surtout de petites randonnées pour aller profiter des points de vue sur, vous l’aurez deviné, un canyon, mais aussi de gigantesques failles au milieu desquelles serpente la Green River et la Colorado River. La meilleure manière de l’explorer est de descendre tout en bas du canyon en 4x4 pour y voir de plus près ce gigantesque cratère. Une route cabossée de cent kilomètres propose de faire cela. Il faut bien deux journées pour y venir à bout tant la route restée originale est sinueuse et pentue. On s’essayera sur les premiers kilomètres, mais notre bon sens aura raison de cette aventure vertigineuse. Quelques lacets suffisent à nous donner le vertige et nous faire rebrousser chemin. Courageux, mais téméraire !

Canyonlands National Park, Utah, USA

Canyonlands National Park, Utah, USA

Allez, encore un et on fait une pause canyon. Arches National Park, un autre dont on nous avait parlé en des termes très flatteurs et vanté la qualité, diversité et le nombre de ses arches naturelles. La plus forte densité d’arches au monde !

Mesa Arch, Canyonlands national park

Ayant épuisé tout notre bon sens restant en faisant demi-tour à Canyonlands, il ne nous reste plus grand-chose. C’est donc tout naturellement que l’on se lance à la découverte du parc avec un quart du plein, soit cent-cinquante kilomètres pour faire à peu près cent-trente kilomètres, sans compter les détours et la sortie jusqu’à la ville. Tant pis, on tente notre chance. Au pire on se mettra au point mort en descente et on poussera en montée.

Delicate Arch, Arches National Park, Utah, USA

On arpentera différents sentiers où l’on s’amusera à escalader les ailettes du canyon donnant accès aux arches. La nuit tombée on s’émerveillera une nouvelle fois face au spectacle magique d’un ciel étoilé époustouflant et tomberons même sur une demande en mariage au pied d’une arche au coucher du soleil. Malgré un week-end de grande affluence, nous avons pu profiter d’un environnement naturel unique. Nous quittons le parc à deux doigts de la panne d’essence direction la ville étape de Moab. La suite du programme se dessinera en fonction de la météo qui s’annonce capricieuse pour les prochains jours. A venir un peu de culture, ça ne nous fera pas de mal après tant de nature.

Arches National Park, Utah, USA