Premiers pas en terre mexicaine

Une page se tourne, une nouvelle étape de notre voyage débute. Place à la découverte de l’Amérique hispanophone. Il est temps de se plonger dans un univers qui nous est parfaitement inconnu, si ce n’est via les films, les faits divers ou la marque Old El Paso. Avec un peu d’appréhension malgré tout, on se décide à passer, enfin, la frontière mexicaine, et pas n’importe où, à Ciudad Juárez. La ville est malheureusement connue pour son haut taux d’homicides et ses cartels de la drogue. On quitte la ville d’El Paso aux aurores, de manière à traverser la frontière au plus vite et rejoindre Chihuahua où notre hôte CouchSurfing nous attend. Dans les faits ce fut beaucoup plus tranquille que toutes les histoires sordides que nous avions pu lire ou entendre.

On the road, Durango, Mexique

La frontière se traverse en voiture aussi simplement que l’on franchit un pont. Par contre, une fois de l’autre bord, coté administratif, si l’on ne demande pas ce qu’il faut faire pour être en règle, on pourrait très bien circuler dans le pays comme si de rien n’était, par contre on imagine bien qu’à la sortie du territoire ce n’est plus la même l’histoire… On se rend donc à la douane, puis à la banque où il faut payer le visa de tourisme, puis de nouveau à la douane où il faut faire tamponner le visa payé à la banque où la douane nous avait dit d’aller et de revenir. Toute une aventure ! Première étape accomplie. Les douaniers mexicains sont joviaux, rien à voir avec les antipathiques américains. Ici ça regarde des telenovelas en accueillant les visiteurs, ça blague à tout va et ils finissent même par nous conseiller d’aller visiter un marché noir au Belize. On est un peu surpris de l’étonnante suggestion, mais amusé de la situation. La seconde étape est le permis d’importation temporaire de la voiture. Et là, cela se complique. Il faut traverser la ville et tenter de trouver le fameux kilomètre trente, où se trouvent les bureaux. La ville, du moins la journée, s’avérera une ville comme une autre. Rien de bien palpitant à raconter dessus concernant notre périple en voiture. On trouve enfin le local, presque désaffecté, dans lequel on paie notre autocollant officialisant notre voiture. Et c’est parti ! Nous sommes en règle et en un seul morceau. Place à la route jusqu’à Chihuahua. On essaie de ne pas trainer, car la conduite de nuit, surtout dans cet état frontière n’est pas recommandée.

Trois cents kilomètres et dix-huit péages plus tard, nous voilà dans la capitale de l’état. Luis nous reçoit dans sa famille avec sa mère, sa sœur et son beau-père. Il est de tradition, ici, de rester dans le cocon familial jusqu’au mariage. Les liens familiaux transgénérationnels sont beaucoup plus marqués que chez nous. C’est l’endroit idéal où commencer notre séjour. Un accueil chaleureux, des gens souriants, prêt à nous ouvrir la porte de leur maison, mais plus encore de leur culture, si différente de la nôtre, que ce soit au niveau culinaire, historique et bien évidemment linguistique. Le changement est total, pour notre plus grand bonheur. C’est sûr qu’Hélène va avoir besoin de quelques semaines pour s’acclimater à la langue, mais heureusement Romain est là pour faire l’interprète.

Quelques quésadillas au fromage plus loin, nous partirons avec Luis, sa sœur et une amie à la découverte de la ville, de nuit. Il nous amène dans les montagnes pour y admirer l’ampleur de la cité. Elle s’étend à perte de vue. Bien qu’immense, le fait que toutes les maisons soient de plain-pied fait qu’elle n’est pas si peuplée qu’elle le laisse croire. La suite de la visite se poursuit dans le centre-ville. En ce début de semaine, l’animation n’est pas à son comble. C’est parfait pour nous qui sommes un peu fatigués de cette journée administrativo-routière. Le centre-ville ou zócalo se compose de jolies places et d’édifices datant de l’arrivées des Espagnols.

On retourne dans la paperasse le jour suivant afin de se trouver une assurance voiture. Celle-ci n’est pas obligatoire, mais sans elle, en cas d’accident, c’est directement la case prison en attendant que la police statue sur la responsabilité de chacun. Ayant déjà notre lit dans la voiture, on préféra se passer de celui d’une cellule miteuse. On est officiellement paré pour la suite. Le soir, on concotrera un repas international. Au menu hummus, salade de cactus, tortillas aux pommes et bien évidemment mescal en digestif. Notre traversée culinaire du pays s’annonce enrichissante et pleine de surprises. C’est sûr, on va reprendre la dizaine de kilos qui se sont envolés ces cinq derniers mois ! Après un déjeuner typique à base d’œufs brouillés au chorizo, pommes de terre sautées et tortillas de maïs, on s’en va prendre la route vers le cœur de l’état, Barranca del Cobre.

Barranca Del Cobre, Chihuahua, Mexique

On slalome dans la montagne en évitant les trous omniprésents sur la route. On se rend vite compte que le véritable danger de conduire la nuit n’est pas tant les cartels, mais plutôt l’état désastreux de la plupart des routes, même s’il est vrai que de croiser des motards sans casque sur l’autoroute, ou des voitures sans phare de nuit n’est pas forcement beaucoup plus rassurant.

Nous avons choisi de faire le maximum de CouchSurfing pour traverser le pays, d’une part pour avoir plus de contacts humains que ce que nous avons pu faire au Canada et États-Unis, et d’autre part, parce que ce n’est pas recommandé de dormir dans son gros 4x4 rouge immatriculé Québec dans la rue, au fin fond de la campagne mexicaine. Nous arrivons donc à Creel, la porte d’entrée «touristique» du canyon. Nous sommes hébergés dans une famille mi-américaine, mi-native. Ils organisent des excursions pour aller découvrir la culture des peuples autochtones vivant encore dans les montagnes. Notre échange avec nos hôtes s’arrêtera au moment où nous déclinerons leur offre d’excursion organisée avec chauffeur et cérémonie. Comme quoi, nous n’avons pas tous la même notion de l’échange. Peu importe. On a un toit, sans chauffage certes, mais un toit tout de même. On est mieux ici que dans notre voiture, surtout quand on apprend que deux heures avant notre arrivée, une fusillade entre gangs a eu lieu dans le centre-ville…

Concernant la visite du canyon, nous restons un peu sur notre faim. Avec tout ce que l’on a entendu sur l’endroit et la présence de narcotrafiquants dans les montagnes, on ne s’aventurera pas dans une randonnée sur plusieurs jours. On se contente de longer le canyon et de profiter des points de vue aménagés. On se fait à l’idée que le Mexique ne sera peut-être pas l’endroit des expéditions de dernière minute dans la nature. Quitte à ne pas randonner, on s’aventure au fin fond du canyon pour visiter un village. Nous voilà au centre de Cerocahui, les seuls touristes aux alentours. On s’essaye au stand de bouffe du zócalo, une superbe chips de dix centimètres sur dix centimètres, garnie de mayonnaise et de saucisses knacki coupées en fines lamelles. Pour la gastronomie on repasser. Il est temps de quitter cette première aventure non citadine.

Avant cela, plutôt que de prendre banalement l’autoroute pour Torréon, on s’aventure dans le creux du canyon. Direction Batopilas, un village uniquement accessible via une route de montagne des plus abimée et pentue. Un bon moyen de tester l’efficacité de nos freins. Chaque virage est une nouvelle épreuve et un nouveau point de vue. Aux abords du village, notre premier barrage armé. C’est un sentiment étrange, car on ne sait pas comment l’aborder. D’un côté on se dit que c’est pour nous protéger et c’est tant mieux, d’un autre cela signifie que l’endroit est dangereux et infesté de bandidos. De plus, de voir des hommes, presque en civil, sans badge du Mexique, vous arrêter, mitraillettes au bout des bras, au fin fond d’un canyon anciennement tenu par des narcos, ce n’est pas forcement pour nous rassurer. Nous passons tout de même celui-ci sans encombre. On les sent intrigués de voir des touristes avec une voiture d’une immatriculation si lointaine, se rendre jusqu’ici. On part visiter l’église du village que les enfants, jouant aux alentours, viennent nous ouvrir. C’est un gamin d’à peine cinq ans qui est le gardien des lieux. Il sort la clef de sa poche et, de sa petite main, nous ouvre les portes de l’endroit. La rencontre se révèlera plus intéressante que l’église en elle-même. On déjeune sur la place centrale au milieu des maisons de pierres multicolores. Un vrai village comme on se les imaginait.

On reprend notre route vers Torréon. La nuit commençant à tomber, on s’arrête à Parral, pour la première fois sans toit pour passer la nuit. Le zócalo se compose de plusieurs places, bien illuminées, mettant en valeur son architecture. Pas super rassuré de dormir dans la rue, on ira passer la nuit dans le parking d’un grand hôtel. Enfin, jusqu’à ce que le gardien vienne nous réveiller pour nous dire de payer ou de décamper. Nous finissons finalement la nuit sur le parking d’un pseudo centre-commercial de bord de route. Toujours pas pour autant rassuré, mais la fatigue s’occupera du reste. Juste avant Torréon où nous attend Joshua, notre nouvel hôte, nous nous arrêtons au musée de Pancho Villa, héros national de la révolution mexicaine. Partout dans le nord du pays il est question de lui et de ses exploits. Hors la loi mexicain il est devenu général de l’armée au cours de la révolution mexicaine en 1910.

Une fois à Torréon, Joshua nous fait découvrir sa ville. Elle n’a rien de bien particulier à faire valoir côté architecture, mais, depuis que la police a fait le ménage dans les cartels, la ville a comme un second souffle. La joie de vivre est de retour. La ville pullule de petits bars, restaurants en tous genres. Nous sommes mardi et tout est plein. La ville transpire l’allégresse. Joshua nous amène dans un établissement surplombant la place centrale. Il nous fait découvrir un méli-mélo de plats et boissons locales. Tacos al pastor, sope, sopa de tortillas, michelidas (bière, lime, sel, piment et tequila pour les courageux), cervesas (bière), on ne veut plus s’arrêter ! Une nouvelle fois on finit par un mescal puis une gorditas de chicharron, du gras de porc frit, histoire d’ajouter un peu de saveur, un vrai délice.

Au Mexique, la cuisine de rue est omniprésente. On peut absolument tout trouver et manger dehors, dans des petits chariots ambulants. Il est difficile de résister à tant d’odeurs qui vous submergent. Notre hôte passera la fin de soirée à nous donner des conseils pour la suite de notre voyage. Que faire, ne pas faire, où aller, quoi manger, c’est une véritable bible de voyage, pour notre plus grand plaisir. Il nous rajoute ainsi un bon paquet de kilomètres à notre itinéraire, mais chaque détour semble en valoir la peine. L’ambiance un peu hipster de la ville nous a plu et surpris. On ne s’attendait pas à trouver cela ici. Notre lot de surprises ne fait que commencer !

Nous voilà sur la route de Zacatecas, la première de notre tour des "pueblo mágico". Gustavo et son cousin Arturo sont là pour nous accueillir, sous un soleil de plomb. On veut s’attaquer à la visite du zócalo et de ses alentours, mais, sous leurs conseils, on reportera cela au début de soirée, une fois le soleil couché et la fraîcheur revenue. Nos hôtes nous emmènent admirer la vue sur la ville depuis l'observatoire de Cerro de Bufa, tout en sirotant une boisson populaire ici, un mélange de bière, jus de tomate et bouillon de palourdes. C’est un peu lourd au bout de la deuxième, mais rafraîchissant. On file ensuite à un barbecue dans sa famille. La carne asada étant la grande spécialité du nord du Mexique, nous pensions avoir loupé le coche en arrivant dans le centre du pays. Heureusement, Gustavo et sa famille sont là pour remédier à cela. Une ambiance familiale et décontractée comme on les aime. Des poivrons farcis au fromage, des tortillas, du guacamole et, petite originalité, de la biche fraîchement chassée par le cousin, sont au menu. On voulait de l’original, du typique, nous voilà servis. Ce n’est bien sûr pas le plat de tous les jours, on s’en réjouit d’autant plus de pouvoir le partager avec eux.

Le ventre plein on s’attaque à la visite de la ville. Gustavo devant se lever tôt, on se décide à se balader rapidement et de prendre un verre dans le centre. Enfin ça c’était l’idée de départ. Lorsque nous arrivons au zócalo une fanfare est là pour nous accueillir. Le hasard fait que nous tombons le jour de la fête du tourisme. Il y a un spectacle de danses mexicaines sur la scène éphémère montée pour l’occasion, des mariachis et des jeunes femmes parées de robes aux couleurs chatoyantes virevoltent sur la piste. Mais ce n’est pas tout. La tradition de la ville veut qu’un muletier et sa bête offrent du mescal à qui le demande, son verre à shot à la main. On suivra cette mule et la fanfare qui nous amènent dans une autre place où deux autres fanfares se font déjà face. C’est un peu chaotique, mais nous sommes aux anges ! L’animation est exceptionnelle. Petite touche finale à cette soirée déjà splendide, dans cette ultime place, un buffet d’une dizaine de plats mexicains sont offerts ainsi qu’un bar à cocktails, le tout, gracieusement offert par la municipalité. Autant vous dire que la visite de la ville est rapidement passée aux oubliettes et s’est vite transformée en une soirée arrosée jusqu’à l’aube. On vous disait, le pays est plein de surprises !

Par professionnalisme touristique on reviendra tout de même le lendemain achever la visite de la veille. Les monuments et les routes pavées sont de toute beauté, moins animés que la nuit précédente, mais ce n’est pas plus mal pour nos cheveux qui tirent encore. Pour nous, cette ville a marqué définitivement notre entrée au Mexique. Le mélange architecture, tradition, boisson, bouffe, famille, inconnus chaleureux est exactement ce que l’on cherchait, et on l’a trouvé puissance mille par rapport à nos attentes. Gustavo et Arturo, deux businessman en herbe, ont été parfaits à tout égard. On se sera senti comme chez nous avec des amis de longue date. On espère pouvoir leur renvoyer la pareille, un jour, quelque part. Quien sabe… On gardera la petite phrase de Gustavo qui deviendra un classique de notre traversée :
Cuando todo va mal, Mescal (quand tout va mal, mescal)
Cuando toda va bien, Mescal tambien (quand tout va bien, mescal aussi)

On prend note de se revoir au festival international de Montgolfier qui a lieu le weekend prochain. Il nous tarde déjà !

Sur la route de Real de Catorce, San Lui Potosi, Mexique

Village fantôme de Real de Catorce, San Lui Potosi, Mexique

On reprend la route pour nous rendre à Real de Catorce, une ancienne ville minière accessible après vingt-cinq kilomètres d’une route de gros pavés et un passage sous un tunnel étroit et obscur d’où nous parviennent les derniers rayons du soleil. Le jour suivant, au matin, on part randonner jusqu’au village fantôme, délaissé par les mineurs après la chute brutale du cours de l’argent. Les bâtiments sont dans un piteux état. La nature, et plus particulièrement les cactus ont repris leur droit. Le tout est accompagné d’un épais brouillard, lui proférant une atmosphère mystérieuse et énigmatique. On va marcher dans l’ancienne mine désaffectée, sans la voiture, car la route cabossée de montagne ne nous le permet pas et sans le sens de l’observation, car on passera devant sans la voir. Real de Catorce est très authentique, tout de pierre avec ses rues pavées. Mais il contraste avec les nombreux cars de touristes, les petits cafés « branchés » et les hébergements bien dispendieux. La visite reste très agréable hors saison, et le charme de l’endroit n’en est pas altéré, du moins pour le moment, le temps qu’une grande chaîne d’hôtels vienne y faire son apparition.

Avant de s’aventurer plus dans les trésors de la nature mexicaine, sous les conseils de notre ami Joshua, à San Luis Potosí. Armando, un nouvel hôte Couchsurfing, pédiatre, nous accueille chez lui avec ses deux nièces. Plus que la ville c’est la rencontre que l’on retiendra. On se relaie deux soirs en cuisine. Ils nous font découvrir leurs spécialités, une sauce aux piments, tacos potosinos, gâteaux, vin local. De notre côté on leur concoctera notre fameux guacamole afin de tenter d’avoir la reconnaissance suprême, l’approbation mexicaine. Évidemment ce dernier manquera de piments pour les habitués, mais le gout plait à leurs papilles, succès ! Ils sont aux petits soins avec nous. Armando n’hésitera pas à délaisser son boulot, à quelques pas de là, pour venir voir si nous ne manquons de rien. Le matin de notre départ, aux aurores, il sort même nous acheter des petits gâteaux tout juste sortis du four de la boulangerie et nous propre par la même occasion toute une ribambelle de médicaments. Un vrai papa poule ! Heureusement notre gigantesque pharmacie n’a pas bougé. La santé toujours au top !

Concernant la ville, elle est une nouvelle fois empreinte du passage des colons avec ses rues aux maisons multicolores, ses immenses églises et son Palacio imposant. On s’essayera à manger dans un stand éphémère achalandé de bord de route. Un trio de tacos nous est préparé devant nos yeux et narines subjugués par tant de saveurs. Une vieille mamita nous prépare tout cela, coupant oignons, coriandre, chorizo, viande de porc, fromage, avec, bien sûr, une bonne dose de piments, de l’huile et beaucoup d’amour. Un véritable délice. On se dit qu’à ce rythme-là, nos belles anches affutées, durement travaillées après cinq mois de randonnées intensives, vont bientôt disparaitre, juste au moment de retrouver la plage et les cocotiers. Qu’importe, on s’en lèche les doigts et les babines d’avance. La visite de l’école de cuisine est un petit peu plus décevant. On joue les gouteurs pour les desserts préparés par les élèves, comme par hasard, des crêpes bretonnes. Le verdict pour la spécialiste : garniture et pâte à revoir.

Quesadilla chorizo, San Lui Potosi, San Lui Potosi, Mexique

On ne cesse d’être surpris par l’hospitalité des gens, de la diversité culinaire, de la joie de vivre au quotidien. On aime déjà ce pays et il nous tarde d’en approfondir sa découverte !