Les falaises dorées de la route 1

 

Il est venu le temps tant attendu de rejoindre l'envoûtante route côtière qui débute à San Francisco pour atteindre Los Angeles en passant par le Big Sur. Au programme de ces prochains jours : balades sur la plage, visite de villes, soleil, chillage sauce West Coast, le tout en profitant des paysages d’une beauté captivante et mystique qu’offre la célèbre route 1. Pour tout vous avouer, on n’aura jamais pris autant notre temps. Après les 1200 km avalés en deux jours pour rejoindre le parc du Yellowstone, il nous aura fallu quatre jours pour faire 500 km et  rejoindre Los Angeles. L’envie de profiter un peu plus du moment présent, des gens, des paysages commençait à se faire sentir.

Juste pour le plaisir des oreilles, voici une mélodie bien local.

Le manque de pluie se fait sentir, Sur la route de Salinas, CA, USA

Comme toute visite d’un endroit, il faut un point de départ, au moins pour commencer, au mieux pour faire le plein d’informations, car la route est gorgée d’endroits qui ne demandent qu’à être découverts, appréciés, photographiés, cajolés. Nous vous avions déjà parlé de l’importance du premier contact quand on aborde un lieu, nouvel exemple ici à Monterrey. Une vieille dame, incapable de nous renseigner, conseiller, diriger sur sa merveilleuse région, n’aura passé son temps qu’à essayer de nous vendre ses hébergements somptueux, ses restaurants fabuleux, ses tours en hélicoptère époustouflants et ses croisières en yacht sur la lune. Si seulement elle voyait notre maison et notre budget journalier. Nous on ne demandait pas grand-chose, juste le point de vue d’un local sur ce qu’il aime de son coin. Elle s’arrête subitement de nous adresser la parole lorsqu’elle se rend compte qu’on ne lui achètera rien, et part s’attaquer à de nouvelles proies. On préfère prendre ça à la rigolade et partons en fou rire au milieu de tous les touristes. On ira faire une balade à Monterrey, le long de la côte, se remplissant les poumons d’air iodé, tellement rafraîchissant et vivifiant après une journée enfermés dans notre carrosse quelque peu étouffant. On profitera des très nombreux restaurants au Fisherman’s Wharf pour se lancer dans une succession de dégustations de chaudrées de palourdes, la spécialité locale qu’offrent les établissements pour attirer les promeneurs. Verdict : nous voilà rassasiés, pour la saveur on repassera.

Le Fisherman's Wharf, Monterey, CA, USA

Prochaine étape, Carmel, la ville attractive, bourgeoise, côtière par excellence. Clint Eastwood y a même été maire et ouvert un restaurant. La ville est superbe. Il y règne une atmosphère de petit village méditerranéen, les berlines américaines rutilantes en sus. Nous y dinerons sur la plage, face au coucher de soleil, devenu un classique de notre voyage, toujours aussi idyllique. Des bouchons de champagne sautent autour de nous, les nappes à carreaux et les verres en cristal sont de sortie. C’est officiel, on se sent en Californie du sud. Le lendemain on s’attaque à la 17 Mile Drive, qui n’est pas exactement ce à quoi nous nous attendions. Une banale route traversant un golf, une forêt, des lotissements pour enfin atteindre la route côtière après dix miles d’un ennui mortel, pas de quoi donc justifier les 10$ d’accès à notre goût.

Nous reprenons notre chemin vers le sud et faisons halte à la Mission de Carmel érigée par les espagnols en 1770 et magnifiquement conservée. Conçues comme un outil de colonisation pour l’Espagne qui veut s’installer aux confins du Nouveau Monde, les missions ont pour but de réunir les indiens dans leur zone d’influence et de les christianiser pour qu’ils deviennent des sujets réguliers du roi d’Espagne. Le tout avec le tact et la délicatesse de l’époque vous vous en doutez. Après avoir visité la cour, la basilique, le beau jardin rempli de roses, on tombe, bien malgré nous, sur un banquet dans la salle attenante à l’église. Bien que l’on dénote un petit peu des invités en costards cravates et robe en dentelles, nos tongs et pantalons sales trahissent nos gueules d’ange. Après avoir ingurgité quelques petits fours, canapés et autres toasts au saumon fumé, on commence à se sentir légèrement mal à l’aise lorsque l’on se rend compte que nous sommes en train de s’incruster en douceur à la cérémonie d’enterrement d’un vieux monsieur. On prend quelques gourmandises pour la route, et avec classe et élégance, nous nous éclipsons. Opportunistes vous avez dit ? On passe aux choses sérieuses avec le Big Sur, sublime et théâtrale route côtière, très sauvage qui rejoint la ville de St-Siméon. On y passera presque toute la journée à profiter de la vue, ne faisant rien d’autre que d’admirer.

Après avoir profité d’un énième coucher de soleil tout en savourant une énième repas végétarien aux saveurs californiennes. On ira finir la soirée dans la ville étudiante et très animée de San Luis Obispo. Un caviste danois nous invitera même, en compagnie d’un habitué des lieux, à déguster gracieusement quelques-unes des productions locales. Vin charpenté aux belles notes minérales, au tanin soyeux, vif mais non dénué de saveurs.

Big Creek Bridge, Big Sur, Route 1, CA, USA

Le réveil, au son des vagues à Prismo Beach, sera sportif, du moins pour les athlètes des compétitions de beach-volley et de surf, pour nous cela sera plutôt observation en dégustant un yaourt glacé au muesli/banane/chocolat/haricots rouges offert par les sponsors de l’évènement. On retrouve ici les plages telles qu’on les a vues et rêvées dans les films et séries grands publics de notre adolescence. Postes de secours en bois avec échelles, maillots de bain et bouées rouges, sable blanc à perte de vue, pontons en bois s’encastrant dans le sable et s’enfonçant dans la mer au large, vagues, surfeurs, tout y est.

Surfeurs à Prismo Beach, CA, USA

On met les voiles pour Santa Barbara. À elle seule elle incarne le rêve californien avec ses immenses avenues bordées de palmiers longeant de gigantesques plages de sable fin. Cette ville de style colonial espagnol a été presque entièrement reconstruite en s’inspirant de cette architecture suite au tremblement de terre survenu en 1925 qui détruisit pratiquement toute la ville. Ses maisons de crépi rose et blanc, ses arcades, ses ruelles, ses patios et ses toits de tuiles rouges se détachants sur la verdure tropicale, lui confère un semblant de paysage de carte postale. On se sent si bien ici que l’on prolonge le plaisir avec une bouteille de syrah de la Napa Valley et une tapenade noix/olive sous, évidemment, un coucher de soleil où la lune cette fois-ci est venue lui tenir compagnie. On poussera même le plaisir à se doucher, sur la plage, profitant ainsi des installations présentes tout le long de la côte.

Nous voilà aux portes de Los Angeles, le millage des panneaux n’en laisse pas l’ombre d’un doute. Stop baignade à Malibu, au milieu des villas de luxe et autres châteaux dans les collines. On se demande si nos voisins de plage ne sont pas des starlettes hollywoodiennes, ou justes des touristes comme nous venus dans l’espoir de croiser peut-être la nouvelle star de demain.

Le Stearns Wharf, Santa Barbara, CA, USA

 On arrive à Santa Monica. Idéaliste, riche, côtière et superficiel rien à voir avec les charmantes villes coloniales croisées précédemment. La ville ressemble plus à un centre commercial à ciel ouvert avec sa promenade piétonne, ses grandes enseignes et son célèbre Pier avec sa grande roue sur le ponton de l’immense plage. La ville symbole de bien-être attire bon nombre d’Angelinos le week-end. La plage nous réserve malgré tout d’étonnantes surprises. Hormis les sempiternels sable blanc, eau turquoise et vagues bien proportionnées, le culte de la personne est omniprésent. Une salle de sport en plein air sur le bord de mer où hommes, femmes, enfants enchainent séances d’abdominaux, pompes, montées à la corde, rubans et parcours en anneaux. On essayera brièvement ces derniers, le temps de se ridiculiser et de reprendre notre place sur le banc. On a l’impression d’être dans un cirque où chacun fait une démonstration de sa grande force.

Le Pier de Santa Monica, CA, USA

Les retours à la civilisation ont pour habitude d’être radicaux, mais là on se sent complètement hors du coup, comme déconnecté de la vie réelle. On a l’impression d’avoir un train de retard. Les grands espaces, la solitude des sentiers perdus nous manquent déjà, et pourtant nous n’avons toujours pas mis les pieds à Los Angeles. C’est seul, dans la ville, sans contact ni CouchSurfing que l’on s’apprête à aborder cette nouvelle étape de notre voyage. C’est entre impatience et appréhensions que l’on se lance dans la grande LA…