Mise au vert dans la Sierra Nevada

Nous décidons de délaisser la côte californienne pour un moment. L’étendue et la diversité de cet état nous envoient à la découverte de l’est, dans les terres. Et oui, la Californie ce n’est pas que plages et cocotiers, c’est aussi des parcs, des lacs et des montagnes au cœur de la Sierra Nevada.

Au sommet de Eagle Rock, Lac Tahoe, CA, USA

Chemin faisant, la nuit tombant, nous nous arrêtons, au hasard, entre San Francisco et Sacramento, dans un endroit qui nous semble calme. En effet, on se rend compte au réveil que toute la zone, une sorte de presqu'île nous semble-il, est interdite au parking, tous les bâtiments sont barricadés, emmurés. On se croirait dans une zone expérimentale d'une agence gouvernementale très secrète ou encore Tchernobyl. Pourtant, malgré toute cette non-vie, bon nombre de voitures y circulent, sans pour autant que nous croisions des habitations... Roswell n’est qu’à un pas… On apercevra tout de même en quittant les lieux un port industriel au loin, enfin, c’est ce qu’ils veulent bien nous faire croire.

Nous arrivons au lac Tahoe, un week-end de grand soleil et veille d’Iron Man, on vous laisse imaginer la circulation. Le lac, idéalement situé à quelques heures de San Francisco, est le lieu de villégiature privilégié des habitants de la grande ville. Son eau turquoise en été, ses montagnes enneigées et stations de ski en hiver, le combo parfait pour un séjour en chalet, ou en 4x4 rouge, selon les goûts.

Lac Tahoe, CA, USA

On gare notre maison roulante pour partir randonner sur les hauteurs du Eagle Rock et avoir un point de vue sur le lac Tahoe et ses environs. Le lac est d’un bleu éclatant qui se fond dans le ciel de la même couleur, immaculé, sans la moindre trace de nuage. Les montagnes, qui complètent le paysage au loin, ont leur dôme couvert de neige éternelle. La petite mise en bouche est parfaite. On enchainera avec une balade nous plongeant jusqu’au bord du lac et d’Emerald Bay, où on y découvrira une authentique demeure viking norvégienne, enfin, presque authentique. South Lake, au sud du lac comme vous l’aurez à juste titre deviné, est à la frontière entre la Californie et le Nevada, état de Las Vegas où les jeux d’argents sont autorisés (voir encouragés). Quoi de mieux qu’un petit entrainement avant de s’attaquer à Sin City dans quelques semaines. On commence tranquillement par les machines à sous. On met nos 25c dans l’appareil, appuyons sur tous les boutons, aucun résultat. Notre voisine, une experte et habituée, nous indique que la machine ne reçoit que les billets, et que la fente où nous avions glissé notre pièce n’est bien entendu pas prévue à cet effet. La machine cassée, on se décide de s’y reprendre une deuxième fois. Pas le temps d’abaisser le bras du bandit manchot, qu'Hélène appuie sur toutes les touches, de nouveau, excitée comme une enfant devant son nouveau jouet. Comme tout joueur on a perdu, mais comme tout joueur on gagnera la prochaine fois, parole !

Lever de soleil, Lac Tahoe, CA, USA

La seconde expédition nous fait gravir le Mont Tallac, offrant une vue imprenable sur le lac Tahoe et la Sierra Nevada. On ne se laisse pas gâcher le spectacle final par quelques kékés, torses nus, bodybuildés, avec leur haut-parleur à fond crachant de la vieille soupe dance digne des meilleures discothèques de camping un soir de 15 août. On les dépasse rapidement pendant la descente et reprenons rapidement notre méditation.

Avant de rejoindre Mammoth Lakes et Mono Lake on fait escale à Bodie. Cette ancienne ville de mineurs, ravagée par plusieurs incendies, est maintenant une ville fantôme. Les habitations et autres édifices de la ville ont été laissés comme lorsque ses habitants ont quitté la ville en 1932, hormis les légères mises en scène faites par les gens administrant l’endroit. On se croirait dans un western au temps de la ruée vers l’or, où les cowboys se seraient donné rendez-vous pour un duel sanglant au coucher du soleil. Billy the Kid, Butch Cassidy, Rantanplan, on peut encore sentir leurs présences sur ces chemins terreux. On y aurait bien passé la nuit, entre verre de bourbon dans le saloon, visite des cellules du shérif et dispensaire du curé, mais le gardien vient nous chercher pour nous indiquer gentiment la direction de la sortie. Ce n’est que partie remise, on rengaine nos six coups, enfourchons notre monture et prenons la route vers l’ouest.

Moment choisi par notre fidèle destrier pour se mettre à faire des bruits bizarres et des tremblements on ne peut plus inquiétants. En grands mécaniciens que nous sommes (Hélène sait mettre du liquide pour les essuies glaces et Romain sait ouvrir le capot, quand il sait retrouver le bouton...) la panique commence à se faire sentir. À chaque descente, lorsque l’on freine, toute la voiture tremble, fortement, mais vraiment fortement. Pour vous faire une idée, si on avait voulu faire un cocktail, et bien nous n’aurions pas eu besoin de shaker. Les questions commencent à affluer. Va-t-on arriver à la prochaine ville ? Combien de temps vont durer les réparations ? Va-t-on seulement trouver un garage ? Et surtout, combien cela va coûter ? Adieu Mexique, Machu Picchu, Ushuaïa… C’est fou ce que l’on devient pessimiste et fataliste lorsque sur quoi repose tout notre voyage est en branle… Les deux garages que l’on finira par trouver et interroger durement, la boule au ventre, la carte de crédit dans la poche, les mouchoirs dans l’autre, nous disent la même chose; à cause de la chaleur et la forte utilisation des freins, les disques se sont déformés momentanément, causant ainsi cette sensation peu rassurante. La technique pour éviter cela, moins freiner ou sinon mieux freiner, c’est-à-dire descendre dans les rapports et donc plus utiliser le frein moteur. Bilan, trente minutes au garage, zéro dollar et une voiture « impec’ », un gros soulagement et le moral au beau fixe !

Bodie, CA, USA

Nous voilà donc à Mammoth Lakes et on compte bien en profiter maintenant que tout roule ! On peut se défouler de ce trop-plein d’adrénaline et d’énergie positive en allant crapahuter au milieu des montagnes. La randonnée nous fait nous promener de lac en lac à travers le Duck Pass Trail via des chemins escarpés et des sentiers en lacet comme on les aime.

La veille, dans la précipitation et la panique d’écourter notre périple ou au mieux de nous délester d’une partie de nos économies, nous étions passés en coup de vent face à Mono Lake. Nous y retournons donc pour le coucher de soleil. Choix judicieux. Ce lac formé il y a 1 à 3 millions d’années est tapissé de sculptures naturelles appelées « Tufa », ces formations rocheuses blanches sont en fait des concrétions calcaires créées par une réaction chimique entre l’eau de source souterraine et l’eau du lac. Ce qui rend ce site si étonnant et unique au monde. Les photographes ne s’y sont pas trompés et s’affrontent, des objectifs gigantesques au bout des bras. Le soleil se couche, une fois de plus, laissant derrière lui des trainées allant du bleu au rose, les Tufas lui conférant une touche bien particulière, un paysage lunaire époustouflant. Un tableau à ne pas rater.

Nous avons décidé d’avancer et se rendre au centre d’accueil du parc National de Yosemite, histoire d’être prêt à assiéger les rangers de nos questions. Erreur. Yosemite est le terrain de prédilection des ours qui n’hésitent pas à s’approcher des voitures si elles ont de la nourriture à l’intérieur, ce que ne manque pas de nous rappeler le ranger nous coupant dans la nuit en plein film :

"- Vous savez que vous n’avez pas le droit de dormir ici
- Oui, mais le camping est complet (bluff)
- Vous savez que si vous avez de la nourriture dans la voiture, l’ours peut le sentir à trente kilomètres, même sous vide, conserve, verre, et arracher la portière pour s’y faufiler dedans ?
- Non…. On s’en va… "(aucune envie qu’une grosse bête vienne manger notre foie gras, pâté, cassoulet, bisque, choucroute, et autres gourmandises…)

Demi-tour et direction le parking d’une station-service à quarante kilomètres de là. Ici on devrait être tranquille.

Même route, douze heures plus tard. L’exploration du parc peut commencer, en toute sécurité cette fois-ci. D'abord le Nord Est du parc à Tuolumne Meadows pour une mise en jambe puis direction Yosemite Village et ses points de vue. Une randonnée particulièrement alléchante s’offre à nous. Vingt kilomètres de marche dans les montagnes nous offrants des panoramas à couper le souffle. Le challenge pour accéder à cela, dormir dans le parc, avec les ours, et notre garde-manger rouge sur roues à faire pâlir un expatrié boulimique. On se remonte les manches et, pendant une heure, vidons toute la voiture, absolument tout. De la boite de conserve à la crème solaire, tout y passe, remplissant ainsi nos deux sacs à dos de trente et quarante litres. On trouve un spot regroupant à la fois parking, plus garde-manger anti-ours, plus tranquillité et partons nous coucher, l’esprit presque tranquille, même si à chaque craquement de feuille et ombres en mouvement on retient notre souffle. L’effort en vaut la chandelle. Sept heures de marche la bouche ouverte devant ce spectacle. La vue sur la vallée, l’ascension du col agrémenté de cascades et de rivières nous font, malgré la foule de fin de semaine, retrouver les joies qu’ont pu nous procurer les rocheuses Canadiennes, et c’est peu dire que l’on a aimé ces montagnes ! Fin de la randonnée et d’après les deux, trois rangers que nous questionnons, à part si nous escaladons le Half Dome, immense rocher qui trône au milieu du parc, accessible au moyen d’une corde le long de la paroi pour les derniers mètres et via un système de loterie, nous avons « fini » le parc. Yosemite : check. Vamos a la playa !

Vallée de Yosemite National Park, CA, USA

Les plages et le soleil californien nous tendent les bras. À nous les plages, Hollywood, tapis rouge et autres réjouissances ! On traversera de nombreux stands de fruits et légumes, ainsi que vergers et vignobles. C’est cette région n'est pas surnommée le grenier de la Californie pour rien. On s’essaie à la recherche d’emplois une nouvelle fois, sans plus de réussite, mais tout le monde se montre agréable et désolé de ne pouvoir faire plus pour nous. Demi-échec, car à voir travailler tous ces manutentionnaires, à plus de 40°C, au soleil, avec gants et cagoules (sûrement ces pesticides qui rendent les fruits si gros et colorés), on est mieux sur le chemin de la plage, sans plus d’argent, mais le sourire scotché au visage, prêt à affronter de nouvelles aventures. L’odeur du sel arrive à nos naseaux, nous ne sommes plus loin de la côte. Cette fois ci, ni nuage, ni ouragan à l’horizon…