San Francisco, sa baie et ses habitants

San Francisco, peut-être la ville que l’on attendait le plus, du moins tout autant que Chicago. Tous ceux qui y sont allés ne rêvent que d’y revenir. Et ceux qui y sont encore, d’y rester. À nous le mythe de la ville de la culture bio-culturello-hippie, de ses collines et de son Golden Gate Bridge.

Golden Gate Bridge, San Francisco, CA, USA

Arrivant du Nord nous commençons en douceur par Berkeley et sa prestigieuse université. Elle tire la bourre à Stanford pour le titre de meilleure université de la ville et du pays. Les infrastructures universitaires à travers l’Amérique ne cessent de nous impressionner, de véritables petites villes. Le lendemain c’est San Francisco. On se doit de le lui rendre hommage et de revêtir nos habits de lumière, ou, tout du moins, se laver. On part donc à la recherche du Graal, une douche chaude, enfin, au minimum, une salle d’eau.
1er essai : ECHEC, la salle de sport de Berkeley nous est refusée
2ème essai : ECHEC, le refuge pour SDF ne nous accepte pas plus
3ème essai : succès en deux temps, moitié dans les toilettes d’un collège, moitié dans ceux d’un parking public.
Cerise sur le cheesecake, Samantha, amie d’amie, accepte de nous recevoir dans sa collocation à San Francisco avec une journée d’avance. L’appel à la solidarité aura été un franc succès. Ami d’ami, amie d’amie et même une tante éloignée ! Que de monde se battant pour nous offrir le gite ! C’est donc « propre », avec un toit nous attendant, que l’on traverse la ville d’est en ouest pour rejoindre notre hôte d’un soir, sa maison et ses dix-sept colocataires. La renommée de San Francisco, sa proximité avec la Silicon Valley, font que le logement est une véritable folie. Ils sont donc dix-huit, en période creuse, sur trois étages, garage compris, à se partager la maison. Tout est optimisé pour le couchage, de l’entrée au garage, il y a des lits partout. Pour ce qui est de l’intérieur, des dessins partout, des tentures murales partout, des photos partout, des écritures partout, bref, de l’Art partout !

Un Coloniale en devenir. Romain Duris et Cédric Klapisch peuvent aller se rhabiller. Californiens, Australiens, Canadiens, Asiatiques se côtoient ici. L’échange culturel à son paroxysme. Entre cuisine communautaire, partage de bière, atelier maquillage et création de bijoux, pas le temps de s’ennuyer. Nous on file au dernier étage, dans notre « salon privé », ce soir on fait lit séparé, chacun dans son canapé, admirant la vue sur la baie, toujours sous un léger crachin. Demain l’exploration commence.

On se rend tout d’abord au Golden Gate Park, le plus grand parc urbain des États-Unis, devant le Central Park de New-York. On y croisera joggeurs, cours de médiation chinoise et autres sportifs. Au bout de ce parc, le quartier hippie de Haight Ashbury. Des fresques urbaines décorent les murs, des hippies d’une autre époque se baladent dans les rues. On envie un peu leur volonté de rester en dehors du temps, à une époque où ils se sentent plus à leurs aises. Passé les boutiques faisant le commerce de cet état d’esprit Peace & Love, on rejoint Alamo Square et ses fameuses Painted Ladies, des maisons victoriennes hautes en couleur avec le Financial District en ligne de fond.

Fresque, quartier de Castro, San Francisco, CA, USA

La suite de la journée nous amènera à traverser Castro, lieu de naissance du mouvement gay à San Francisco, puis à Mission, le quartier historique devenu hispanique de la ville. Pour nous la journée se terminera aux Twin Peaks, les collines surplombant la ville, idéal pour le coucher de soleil. Mis à part le vent, la bruine, le froid, l’ascension en vaut le coup d’œil.

Il est temps de se rendre chez notre second hôte, Thomas, ami d’ami également. Ce prof d’Histoire-Géographie officie au collège de Palo Alto, dans la riche Silicon Valley. Il y enseigne depuis quelques semaines semaines seulement dans une école française. On est loin des ZEP dans lesquels il travaillait au préalable. Arrivé chez lui, c’est une autre ambiance, toujours en collocation, à quatre cette fois, uniquement des jeunes travailleurs. Idéalement placé juste à l’est du Golden Gate Park de ce matin, parfait point de départ pour notre prochaine escapade. On part arroser cette seconde nuit à SF dans un bar, toujours sans l’ID d’Hélène, une vilaine habitude qu’il lui faudra corriger. C’est donc avec une bière pour deux que l’on partage ce moment entouré de Thomas et du professeur qu’il remplace, Olivier. Ce dernier nous délivre de précieux conseils de voyage, que ce soit sur la ville, la Californie ou même l’Amérique Centrale et Latine, une véritable encyclopédie.

San Francisco au sommet de Twin Peaks, San Francisco, CA, USA

Le jour se lève et nous avec. Direction le Civic Center où les bâtiments culturels et administratifs siègent, notamment l’opéra, mais aussi l’hôtel de ville. Ces bâtiments colossaux, d’une propreté impeccable avec ses hommes d’affaires côtoient les itinérants qui y ont élu domicile. Un détonnant choc sociétal. Le marché avoisinant nous invitera pour la pose de 10 heures. Fruits, légumes et dégustation de produits mexicains, et surtout indiens, pour le plus grand plaisir de nos papilles en ébullition. Pour le reste, le Financial District est très, financier et Chinatown, très chinois, même si la visite des ruelles et de la fabrique des fameux gâteaux-surprise chinois dans l’une d’elles, amènera une touche d’originalité au quartier.

Sur le chemin de Russian Hill on tombera sur un stand de bouffe de rue qui ne nous laisse pas le choix que de nous y arrêter. Ils sont en train de cuisiner sur leur devanture de gigantesques filets de cabillaud fraichement pêché en friture, accompagnés de patates frites bien évidemment. Bien plus qu’un simple Fish & Chips. Tout est bon, le poisson, sa cuisson, la panure épicée, un vrai régal ! On sent qu’on se rapproche petit à petit de la mer, mais avant cela on s’arrête à Telegraph Hill avec sa Coït Tower, dont le nom ne laisse aucune place à l'imagination quant à sa forme sans équivoque. Elle offre néanmoins une vue sur la baie et Alcatraz au loin.

Hyde St Pier, San Francisco, CA, USA

On enchainera par Russian Hill et Lombard Street, la fameuse rue en zigzag avec ses parterres de fleurs vue et revue. Les voitures tout autant que les piétons se relaient pour y prendre des photos. On n’aura jamais réuni autant de clichés dans un seul et même endroit. Le Cable Car, les collines, la grisaille, Lombard Street, le spot touristique par excellence. Vite arrivés, vite partis, c’est sur le port, ses pontons dont les phoques ont élu domicile, ses commerces de chaudrées de palourdes et de sandwich au homard que se conclura cette nouvelle journée. Ce soir on cuisine pour Thomas afin de le remercier de son accueil. Poulet à l’ananas entre français. Enfin ça c’était sans compter sur l’appétit de ses collocs, qui, par l’odeur alléchée, se joignirent à nous. Quand y en a pour trois y en a pour huit comme le dit le dicton.

La matinée suivante est consacrée entièrement au Golden Gate Bridge. Aussi impressionnant que dans les films et séries où on l’a maintes et maintes fois vu. Sa vue sur Alcatraz et la ville est vertigineuse. Sa couleur rouge ocre en avant d’un ciel bleu azur (toujours appréciable dans San Francisco la foggy) fait plaisir à nos mirettes et nous captive un long moment. C’est ce genre d’instant où les images qu’on se faisaient d’un lieu depuis des années et la réalité se rencontrent, nous laissant pantois et nous rappelant des souvenirs d’enfance.

De retour en ville on traverse l’inattendu vestige de l’exposition universelle de 1915. Un gigantesque temple romain nous fait face en plein centre-ville. Un hangar voisin y accueille maintenait une sorte de cité des sciences où l’on y s’amusera comme des enfants et à tester et observer les prouesses technologiques du futur.

Palace of Fine Arts, San Francisco, CA, USA

Plus tard nous nous rendrons au JapanTown, beaucoup moins impressionnant que sa grande sœur chinoise dont il lui reste encore à apprendre. On passera par Pacific Height, un quartier très animé avec ses petits cafés, restaurants branchés et boutique de mode, mais surtout, la maison de Mme DoughtFire (que Romain cherchait désespérément à chaque coin de rue depuis notre arrivée…). Le soir nous avons rendez-vous avec Thomas et Olivier pour un coucher de soleil à Lans End. Une vue sur la mer, la ville et le Golden Gate Bridge pour conclure ce séjour. On ne s’est pas trompé sur le spot, pour preuve, un jeune homme vient y demander la main de sa douce, So Romantic. Sur la vue on ne s’est pas trompé, par contre sur le point de rencontre avec nos amis c’est moins bien. Ils sont à l’autre point de vue... Dommage pour les adieux, tant mieux pour les larmes.

Plage de Bolinas, CA, USA

On quitte donc San Francisco, ravie de ces rencontres humaines et urbaines. On part visiter Point Reyes Parc, plus au nord de la ville. Un parc à l’état sauvage comme on les aime. Chemin faisant, on fait halte à Bolinas, ville de surfers hippies en marge de l’agitation de San Francisco. Tellement en marge qu’ils ont arraché tous les panneaux de signalisation indiquant leur ville pour rester à l’écart des flots de touristes. Mais c’est bien mal nous connaitre, nous les défis on adore ça ! Pour en revenir à Point Reyes, ses falaises, sa végétation, son climat nous rappellent les paysages bretons. C’est d’ailleurs ce que vient nous dire un américain, amoureux de la France, ayant séjourné plusieurs années dans le Finistère et qui a reconnu notre bel accent. L’après-midi sera consacrée à une sieste sur la plage, bercée par les vagues et divertie par les otaries s’essayant au surf. Ce nouveau couché de soleil s’établira au phare du parc, toujours avec le vent, mais en doudoune et bonnet que l’on espère pour la dernière fois avant un moment. Quête de soleil et d’été éternel n’attend pas…

Caribous au parc de Point Reyes National Seashore, CA, USA