Californie du Nord, des séquoias géants à la Napa Valley

C’est bon, c’est officiel, le panneau est là pour l’attester, la chaleur et les feux de forêt aussi, nous sommes en Californie ! À nous les vins de la Napa, les plages, le soleil, les stars hollywoodiennes. Sur le chemin de la côte, on traversera un camp pour les courageux sauveteurs et rescapés des importants incendies qui sévissent depuis plusieurs semaines maintenant.

Notre port d’accueil pour notre première nuit californienne est aux antipodes de ce à quoi on s’attendait. La « fog », cette épaisse brume qui fait la réputation de la Californie du Nord, additionnée de vent et de froid, voilà ce qui nous accueillent. Le réveil sur les quais ne laisse pas imaginer plus de réjouissance. La mer y est même l’hôte d’espèces venues des eaux froides du nord, otaries et marsouins nous observent au loin. Pas le temps de se démotiver. On y est, on y reste ! On se rend donc à Redwood National Park qui abrite les arbres les plus hauts du monde, des séquoias. La brume ambiante lui donne une atmosphère mystérieuse et mystique tout droit sortie d’un thriller, avec un peu d’imagination du moins. On se balade donc dans la forêt où chaque arbre semble dépasser son voisin. On se rend mieux compte de leur taille lorsque l’un d’eux gît à terre et que son tronc dépasse aisément les dix mètres de diamètre. Une des randonnées nous amène au cœur d’un canyon dont la végétation luxuriante a été le théâtre de Jurassic Park himself. Pas étonnant que l’on se sente faire un bond plusieurs millions d’années en arrière. Pour ceux qui se demanderaient, non, toujours pas de soleil à l’horizon, la route côtière n’en sera que plus dramatique. La route y est sinueuse avec ses lacets à n’en plus finir. Des falaises à perte de vue, un vent à déraciner des séquoias et, de temps à autre, quand le brouillard le permet, on aperçoit des bouts d’océan.

On se rend à Arcata, ville hippie au début de l’Emerald Triangle. Cette région est connue pour être le cœur de l’exploitation du cannabis, que ce soit à usage thérapeutique, légal, ou autres… C’est également le début des plantations de fruits et légumes en tout genre. Après avoir échangé avec des camarades de route, on commence à réfléchir à l’idée de se remettre au travail. Les États-Unis seraient notre dernière réelle chance de gagner de l’argent avant d’aborder l’Amérique Centrale. On débarque donc dans cette ville, un joyeux mix de touristes guindés, de familles locales et de pickers de tous styles, un mélange on ne peut plus atypique. Par chance on tombe sur le vendredi « Arts ! Arcata ». Tous les commerces du centre offrent des concerts et autres buffets. L’ambiance est chaleureuse dans les boutiques et festive à l’extérieur où des concerts, spectacles de danse et expositions de rue jalonnent la ville. Le lendemain c’est rebelote avec le farmer’s market, ses fameux produits locaux, ses fruits et légumes bio qui font la réputation de la Californie. On fait le plein de toute cette verdure et on décolle plus au sud. On passera en coup de vent à Garberville, quartier maitre du « trimage de pot » (les plus connaisseurs comprendront). Les zombies dans la rue en guenilles auront eu raison de notre (relativement faible) motivation à trouver du travail dans ce secteur si particulier. Tant pis, on vivra d’amour et d’eau fraîche.

On quitte la côte et nous dirigeons vers la Napa Valley. La chaleur commence à se faire sentir. La région de la Napa Valley représente 90% de la production américaine de vin, ce qui fait des USA le quatrième producteur de vin mondial. Eastwood, Copola, ils y ont tous leur vignoble. Question de mode surement, mais d’argent surtout. Allons festoyer avec ces Américains autour d’un bon verre de vin ! Avant cela on s’arrête à Guerneville, connu dans sa région pour ses nuits endiablées et sa communauté gay hyperactive. On est accueilli avec de la musique de toutes parts, concerts de rue et grosse sono au loin. C’est cette dernière qui attire nos oreilles. On se glisse discrètement dans le camping d’où nous parvient cette violente ligne de basses. Une trentaine de personnes, dont l’extrême organisation nous surprend, sont en train de mettre le feu au dancefloor. Piste de danse, DJ, spots, guirlandes et tente alcool/buffet. Timides que nous sommes, on avance à pas de loup. Attirés à la fois par cette agitation, mais aussi, il faut le reconnaître, par cette tablée de nourritures et breuvages. La glace est brisée, on parle avec le tenancier des lieux qui nous indique que sa femme vient y fêter son anniversaire ici depuis plus de vingt ans ! De là suivront gâteaux, punch, poissons frits et danses endiablées jusqu’au bout de la nuit !

On se rend compte au réveil que l’on n’a plus l’habitude de tout cela. On commence la journée les cernes jusqu’aux genoux, les cheveux qui tirent, la bouche pâteuse. On manque d’entrainement. Pas idéal pour commence la tournée de vignobles, mais on est français, le vin au réveil est une question de tradition ! On passera les deux jours suivants à déambuler de vergers en châteaux, de domaines en caves, de la Napa Valley à la Sonoma Valley en passant par la Russian Valley. Peut-être à cause des restes de la veille, du manque d’atomes crochus avec les propriétaires ou juste l’argent (à 30$ la dégustation, il ne faut pas se rater). On fera l’exploit de ne pas boire un seul verre de vin (oui oui, Hélène non plus !). Et après cela Vegas sans Céline, L.A. sans ses stars et la Death Valley sous la pluie ! Manquerait plus que ça… Les domaines, bien que sans alcool, sont superbes. De la villa espagnole au château médiéval, en passant par de l’Art Déco, il y en a pour tous les goûts.

Château de la Napa Valley , CA, USA

Afin de se changer les idées, on se rend à la CIA (Culinary Insitute of America), célèbre école culinaire. Par chance, ou le destin comme le dit Bertrand, un haïtien en dernière année de l’école et futur chef, qui surprend notre conversation française, et nous invite à nous faire le tour du propriétaire, rien que pour nous. Tout y passe, les salles de cours, les cuisines, caves, restaurants et, le must, la cafétéria où les étudiants mangent ce qui a été préparé pendant les cours. On essaie tant bien que mal de se rechausser la mâchoire et de continuer la visite, mais le mal est fait. Ça va être dur de se remettre aux graines et aux pousses de pissenlits après ce spectacle culinaire.

Pour finir en beauté, on file à Napa où une fête mexicaine bat son plein. Danse, musique live, camion de bouffe à tacos, on s’y croirait presque. Tout est en espagnole, bon entrainement avant de passer la frontière. L’architecture de la ville en rajoute une couche sur cette atmosphère chaude en couleur. Le Mexique n’est plus qu’à quelques centaines de kilomètres de nous. Sur la route de San Francisco, on s’arrête de nouveau dans une petite ville, interpellé par la fanfare. On est reçu cette fois-ci par des mariachis et des stands de bouffes de toute l’Amérique Latine. On résiste tant bien que mal à cette farandole de plats et épices. Dans quelques semaines maintenant on y sera et ce sera nous les cuistots !