Les Galápagos, un spectacle darwinien

Lorsque nous avons commencé à imaginer une fin à ce voyage, il est venu comme une évidence qu’il se terminerait par une expérience unique. L’envie d’aller plus loin, de s’isoler, se ressourcer avant de retourner vers les nôtres. Les Galápagos, cet archipel à plus de mille kilomètres des côtes équatoriennes, est un mythe pour tout féru de nature, qu’elle soit végétale ou animale.

Une journée classique à Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Une journée classique à Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Pour vivre notre dernière grande aventure, deux options s’offrent à nous pour nous rendre sur les îles, soit nous flambons tout le reste de notre pécule et faisons une croisière de trois jours à travers ses îles paradisiaques sur un bateau de luxe, choix court, mais intense ; soit nous nous débrouillons avec les moyens du bord pour trouver comment rester plus longtemps sur place et savourer notre évasion au cœur de l’océan pacifique.

Le choix est vite fait, pas besoin de vous laisser languir. Nous nous mettons au travail, l’objectif est de trouver une solution pour élire domicile aux Galápagos un maximum de temps. Pour cela on se retrouve confronté à quelques obstacles :

  • Le camping sauvage : interdit sur les îles.
  • Le bateau-stop : une option envisageable, mais le temps de rencontrer un marin et Noël sera arrivé.
  • Travailler comme d’honnêtes gens : trop de contraintes administratives.

Dernière solution, trouver un bénévolat, idéalement dans nos domaines de compétences, prêt à nous accueillir, si possible avec nourriture et hébergement en échange de nos talents hors du commun. Nous nous lançons donc à la recherche de l’oiseau rare. Après de multiples courriels de candidature envoyés, deux répondent favorables, un hôtel Safari proposant un concept de tentes toutes équipées et un mode de développement écoresponsable, puis un second hôtel sur l’île principale, San Cristobal. Malheureusement, le séjour dans l'ecolodge ne collera pas avec nos dates.

Nous fixons un rendez-vous avec la propriétaire de l'hôtel en visite à Quito afin de faire connaissance et de concrétiser le projet. Hélène sera chargée d’aider pour le développement du restaurant et d’animer des classes de yoga tandis que Romain s'occupera de développer les réseaux sociaux et la communication. En échange de cela nous serons logés dans l’hôtel, face à la mer et aurons, après négociations, l’autorisation d’utiliser partiellement la cuisine du restaurant. Affaire conclue ! Nous signons pour un mois au paradis.

Après trois heures de vol depuis Quito, nous faisons nos premiers pas dans le parc national des Galápagos. Tout est réglementé et protégé dans cet archipel pour conserver cet écrin de nature. Sur notre chemin pour rejoindre notre hôtel nous croisons une horde de lions de mer ayant pris possession des lieux. Ils jonchent les allées du village sur des bancs ou à même le sol tels des ivrognes un lendemain de soirée, poussant de temps à autre d’horribles hurlements plus proches de la régurgitation que d’une gracieuse mélodie.

Les lions de mer sont roi àPuerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Les lions de mer sont roi àPuerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Nous découvrons l’hôtel Miconia qui sera notre sanctuaire pour les quatre prochaines semaines. Idéalement placé face au port et sa petite rue commerçante, il dispose d’une petite piscine et d’une salle de sport en sus, et, petite gâterie, un restaurant à l’étage avec vue sur la mer. Nous prenons nos quartiers dans notre chambre double privée avec climatisation et frigo. Sans aucun doute nous allons nous plaire ici.

La vue de l'hôtel Miconia, Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

La vue de l'hôtel Miconia, Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Les Galápagos sont composées de trois îles habitées, Isabella, Santa Cruz et San Cristobal, dans laquelle nous séjournons, ainsi que d’une multitude d’îles inoccupées par les humains. Nous profitons de nos nombreux congés et horaires aménagées pour découvrir ce petit bout de terre isolé de tout.

À quelques minutes de l’hôtel, nous avons accès aux plages du nord de la ville via un chemin de planches qui nous mène à une petite crique dans laquelle nous pouvons faire du snorkling, et plus loin, d'autres plages isolées. Juste à la sortie de la ville se trouve une université où des étudiants étrangers viennent faire un échange comme certains pourraient le faire à Cardiff ou à Montréal. Le lieu est légèrement plus exotique, mais le principe est le même. Juste en face du bâtiment a lieu un équivalent des piknics électroniks sur la plage aux côtés de vendeurs ambulants de grillades et des sempiternels lions de mer hurlants. Si on longe la mer vers l’aéroport en passant par le centre naval on accède au spot de surf numéro un des Galápagos. En parlant avec des locaux, on apprend que cet endroit était autrefois un spot très prisé des Brésiliens avant qu’ils ne soient touchés par la récession. Maintenant ce sont plus des locaux et Australiens qui profitent de la houle. L’entrée dans l’eau semble on ne peut plus compliquée. Il faut, depuis les récifs acérés, attendre la bonne vague qui vous emmènera au large sous peine de se trouver projeté sur les rochers. Ricardo, notre collègue barman, nous racontera qu’un jour, il partit seul surfer au lieu d’attendre ses amis. Mauvaise vague, mauvaise position, il s’est retrouvé face contre terre à se faire emporter sur les rochers aiguisés comme des lames de couteaux, il s’en sera fallu de peu et l’arrivée d’autres surfeurs, pour qu’il n’y laisse la vie. Un peu plus joyeux, au sud, nous irons nager en compagnie des tortues et lion de mer. Enfin nager est un bien grand mot, nous sommes en hiver et l’eau n’excède pas les 17°C, tout le monde porte une combinaison. Passé sept minutes dans la mer, les lèvres violacées et les dents qui claquent, on ne résiste guère plus longtemps, tortues ou pas.

Fou à Pattes Bleues,  Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Fou à Pattes Bleues,  Puerto Baquerizo Moreno, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Grâce aux précieux contacts de notre hôte Caty, nous embarquons dans un bateau de pêcheurs pour une virée sportive à la chasse au thon. La canne à pêche est à peine lancée qu’un premier d’une vingtaine de kilos mord, puis un second et un troisième. Une heure et demi plus tard nous voila déjà de retour à quai. Une pêche express, mais au combien efficace. Avec nos trois thons de vingts kilos chacun, on comprend mieux maintenant pourquoi le prix de celui-ci est si bon marché. À 2€ le kilo, on ne peut pas s’y tromper.

Dimanche, jour de repos, nous embarquons dans l’unique bus de la semaine avec les locaux qui, comme nous, se rendent à l’autre bout de l’île. Nous visitons un réserve de tortues géantes puis une plage paradisiaque, lieu de relaxation pour les travailleurs de l’île qui viennent ici manger en famille, se reposer et passer du bon temps. Nous mettons donc les pieds dans l’unique sanctuaire à tortues terrestres de l’île. C’est pour nous la première fois que l’on rencontre ces immenses reptiles. Ils sont en semi-liberté, mais sur San Cristobal, c’est la seule manière d’en rencontrer. Il nous tarde de nous rendre à Santa Cruz où ils sont rois.

Galapaguera de Cerro Colorado, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Galapaguera de Cerro Colorado, Ile de San Cristóbal, Ecuador

Iguane Marin, Bahia Tortuga, Isla Santa Cruz, Ecuador

Iguane Marin, Bahia Tortuga, Isla Santa Cruz, Ecuador

Entre deux expéditions de notre île, nous essayons de respecter notre contrat avec la propriétaire. Hélène améliore la visibilité du restaurant avec un affichage extérieur et crée des menus du jour que les gens s’arrachent, elle donne également des cours de yoga aux quelques sportifs de l’île, quant à Romain il prend deux-trois photos des hôtels et de l’île afin de créer des pages Facebook, des comptes Tripadvisor, Booking et Instagram, un travail somme tout harassant comme vous pouvez vous l’imaginer. De temps à autre nous venons aider en cuisine, faire des crêpes bretonnes, couper des patates et bananes plantains pour les faire frire, griller des steaks de poisson, de vrais hommes à tout faire !

Fier de notre travail on s’enfuie plusieurs jours sur l’île principale Isla Santa Cruz. Nous embarquons dans un speedboat à mille à l’heure et ferons l’exploit de ne pas nourrir les poissons de notre petit déjeuner. On dépose nos affaires chez notre hôte CouchSurfing du bout du monde, qui s’avérera être en fait une auberge où sa famille nous accueille à bras ouverts. Nous avons donc une chambre privée avec douche et lit king size. On nous prête même des vélos pour visiter l’île et arriverons à emprunter l’espace d’un repas la kitchenette de la mère de famille.

Armés de nos vélos nous partons explorer l’île. Nous trichons un peu et mettons le vélo dans un bus pour travailleur afin de commencer plus haut et de ne pas avoir à nous coltiner la montée, peu pentue certes, mais longue. Outre les tortues géantes se baladant sur l’île que l’on croise dans les champs en compagnie de vaches ou traversant les routes comme peuvent le faire les chiens chez nous, de nombreux tunnels de lave créés lors d’éruptions volcaniques sont disséminés dans toute l’île. Nous en emprunterons quelques-uns sans autre lumière que celle de notre cellulaire. Nous ne croiserons pas âme qui vive. On y entre par un endroit et en sortons plusieurs kilomètres plus loin, l’expérience est à chaque fois incroyable, on se prend pour des explorateurs d’une autre époque. Nous terminons notre expédition de la journée par la visite des volcans, los Gemelos après une côte à vous détruire les mollets. Tout schuss jusque l’hôtel pour un repos bien mérité !

Le hasard fait que nous tombons sur le weekend de la fête du homard. En aventuriers culinaires que nous sommes, on tente l’expérience. Des chefs de tout l’archipel sont venus se défier en concoctant des plats à base de ce divin crustacé. On se laisse tenter par quelques-unes de leur préparation, un délice bien évidemment. Nous sommes surpris par l’utilisation du fruit de la passion lors de la préparation du quinoa. Pour conclure cette journée en beauté, un concours de bar tender a également lieu. Bien évidemment Hélène est choisie dans le public pour faire la juge et s’enfiler la dizaine de cocktails des candidats. Homard plus alcool, Hélène est aux anges. Romain arrive discrètement à finir les quelques verres qui traînent sur la table du jury. Le vote est scellé et nous retournons au lit nous remettre de nos émotions.

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Dégustation de Homard, Puerto Ayora, Isla Santa Cruz, Ecuador

Dégustation de Homard, Puerto Ayora, Isla Santa Cruz, Ecuador

Le lendemain nous remettons en selle. Pas de possibilité de bus cette fois-ci, cette partie de l’île étant moins touristique. Nous arrivons sur une plage déserte avec toute sa faune et sa flore si particulière. Nous retiendrons plus la balade que la plage en elle-même. On se laisse offrir un refill d’eau par les enfants du village et montons prendre de la hauteur. Une fois au sommet de la colline, une vue somptueuse de l’atoll s’offre à nous. Le spectacle est superbe et exclusif. Un grand ciel bleu nous accompagne, ce qui n’est pas forcement souvent le cas en cette saison capricieuse. On se verrait bien planter notre tente et profiter du moment au moins le temps d’une nuit… mais le soleil commence à tomber et la fraicheur qui vient avec se joint à nous. C’est parti pour quinze kilomètres de descente ! Enfin pour Hélène, Romain par malchance crève au bout de cent mètres… La chevauchée fantastique tant attendue s’arrête pour lui. Nous nous retrouvons un peu plus bas, Hélène à côté de son vélo, Romain dans le cul d’un pick-up de fermiers du coin au milieu des laitues et autres herbes aromatiques. L’aventure… Pour conclure ces trois jours de virée à Santa Cruz on s’offre un petit plaisir en dégustant un homard grillé et un encocado de pescado. Il s’agit là d’un filet de lotte cuit dans des épices et du lait de coco, un régale, sûrement un des meilleurs plats du voyage. On a beau avoir fini le poisson nous redemandons de la sauce pour terminer nos derniers grains de riz. Quelle tristesse lorsque l’assiette est vidée...

Nous terminerons notre séjour par, dans un premier temps, une visite du centre Darwin, le célèbre naturaliste à qui nous devons la théorie de l’évolution écrite suite à ses voyages sur ces îles sauvages, inhabitées où les espèces ont pu se développer loin de l’influence des hommes. On couple cela avec une énième plage paradisiaque où les iguanes de mer se mêlent aux tortues marines sous l’océan, un vrai paradis pour tout amoureux de la faune et de la flore. On conclu par une baignade dans un mini canyon où l’eau y est transparente au possible et un peu plus chaude que dans le glacial océan Pacifique. On récupère notre paquetage, remontons dans le speedboat et prions pour que tout se passe bien.

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Les derniers jours de notre échange commencent à pointer leur nez. Ils nous restent encore des choses à visiter, déguster, profiter. Romain s’en va faire de la plongée dans les eaux glaciales de l’archipel à la recherche de requins-marteaux tandis qu’Hélène part faire le tour de l’île en bateau. Échec de Romain qui survivra au froid, mais qui, à cause du courant et de l’eau trouble ne verra pas ces squales, mais tout de même toute une ribambelle de tortues, petits requins et poissons en tout genre. Pour sa part Hélène verra San Cristobal sous toutes ses coutures, aura un léger mal de mer et tentera de sa mettre à l’eau avec sa combinaison de plongée. Une belle expérience pour ponctuer un séjour magique. Nous fêtons notre départ en allant dans le bar karaoké du barman de l’hôtel où les insulaires se rencontrent, toutes générations confondues. On s’essayera à la chanson, Cabrel avec une version de « je l’aime à mourir » en espagnol, pas un franc succès selon les critiques locales, mais nous aurons au moins eu le plaisir de bien les faire rire.

Il est temps de mettre les voiles avec un certain brin de tristesse et une étrange sensation dans le ventre. Nous rentrons donc sur le continent, les yeux pleins de souvenirs, le cœur encore palpitant, avec la joie d'avoir vécu dans un cadre aussi mystérieux qu’exceptionnel que les Galápagos. Nous prenons conscience que nous ne remettrons pas les pieds dans un lieu aussi insolite avant bien longtemps, alors on inspire une dernière bouffée d'oxygène, avant de monter dans l'avion.

Au sommet du Cerro Mesa, Isla Santa Cruz, Ecuador

Au sommet du Cerro Mesa, Isla Santa Cruz, Ecuador