Un mariage à la Colombienne

Les festivités peuvent commencer. Nous sommes là, sapés comme jamais, à la finca à attendre le reste des troupes. Le bus est là pour nous amener où le reste des convives nous attend. Sur le chemin nous récupérons les mariés et la famille. Nous nous joignons aux invités déjà arrivés, entre cocktails et piscine, l’ambiance est des plus détendues. Nous faisons connaissance, nous jonglons de groupe en groupe entre Belges et Colombiens. Tout le monde est sur son trente-et-un et nous, avec nos achats de dernières minutes, arrivons presque à nous fondre dans la masse. C’est la première fois depuis le début de notre voyage que nous sommes confrontés de la sorte à notre style de vie. La majorité des invités vivent en Europe ou en Amérique, avec un travail, une maison, un style de vie qui nous rappelle Montréal il y a déjà treize mois de cela. L’ombre d’un instant nous songeons à tout cela. Que se passera-t-il pour nous après ce long voyage ?... Bref instant de réflexion et retour à la réalité nous laissons toutes ces questions de côté, ce n’est ni le lieu et encore moins le moment.

La fête est lancée, et nous avec. Entre deux discours des mariés et de la famille, tout le monde profite du lieu, du buffet colombien qui mêle des plats typiques de la région et verres alcoolisés. Petite animation caleño au possible, cours particulier de salsa. Nous ne participons pas à un mariage Colombien sans savoir-faire, au minimum, quelques pas de cette danse caliente. La soirée 100% locale touche à sa fin une excellente mise en bouche pour le grand jour, le surlendemain.

Vallée del Cocora, Quindio, Colombie

Les mariés nous ont organisé une visite dans la zona cafetera, qui, comme son nom l’indique, est la région des plantations de café, mais pas uniquement. Nous débarquons donc à Cocora, un parc où poussent par centaines des cocotiers de près de trente mètres de haut, ajoutez à cela des montagnes verdoyantes à n’en plus finir et vous avez le cadre parfait pour randonner et se perdre dans l’immensité du paysage. Nous opterons pour une balade à cheval, où troupeau dirons-nous, à près de soixante-dix en file indienne sur nos montures. On profite ainsi des paysages sans trop se fatiguer et en garder sous la semelle pour le D-day. Sur le chemin du retour nous faisons une courte halte à Salento, un village haut en couleur, niché dans les montagnes à quelques kilomètres de là. Nous nous perdrons dans ses ruelles pavées et ses boutiques de café.

Le jour de gloire est arrivé. Le marié nous rejoint dans la finca pour se préparer, se pomponner et prendre ses derniers encouragements avant l’instant fatidique. Réunion de famille dans la piscine pour le dernier verre en tant que concubin avant de passer le cap et devenir Monsieur. Comme le veut la tradition, on se réunit autour d’un bon verre de rhum pour donner du courage au soldat Santi. Tout le monde enfile la tenue du moment, la guayabera blanche à manche longue avec pantalon beige, la classe colombienne. Bien évidemment le marié est un ton au-dessus, mais on lui devait bien ça, après tout c’est lui la star de la journée. Nous posons devant l’objectif de la photographe. Nous sommes fin prêts. La route pour se rendre au mariage est bloquée pour cause d’accident. Serait-ce un signe ?

Santiago, Pereira, Quindio, Colombie

Quelques heures avant le mariage, Pereira, Quindio, Colombie

Santiago et ses temoins, Pereira, Quindio, Colombie

Nous voilà à la finca. Cette dernière est magnifique, le décor l’est tout autant. L’autel se place au bout d’une allée donnant sur la vallée. Le soleil est de la partie. Il ne manque plus que le prêtre, bloqué dans le trafic depuis près de deux heures… Une moto vient à son secours et son entrée n’en est que plus spectaculaire. Les choses sérieuses peuvent alors démarrer. Le marié fait son apparition au bras de sa maman avec un sourire jusqu’aux oreilles. Puis la mariée fait de même, au bras de son papa, un sourire hollywoodien accroché à son visage. C’est bon, les vœux peuvent commencer et les larmes avec, autant pour les mariés que l’assemblée. Passé ces moments d’émotion, il est temps d’entamer les festivités. Farandoles de margaritas pour Hélène et viande rouge pour Romain, tout le monde en a pour son compte. La fête se prolongera jusqu’au bout de la nuit, dans la piscine pour certains, dans les chambres pour les plus chanceux.

La cérémonie peut commencer, Pereira, Quindio, Colombie

Santi, ses cousins et Romain (avec son coup de soleil), Pereira, Quindio, Colombie

Le jour suivant passe au ralenti, la rumba de la veille se fait sentir. Rapide plouf dans la piscine puis direction la barbecue party pour se redonner des forces. Le soir même nous reprenons nos sacs à dos pour une traversée du pays en avion, direction la côte caraïbe, à Cartagena de los Andes. Une aspirine plus loin et nous gambadons dans le centre historique, sous une légère bruine rafraîchissante. La vraie exploration est pour le jour suivant. Nous naviguons dans les artères coloniales de la ville. Son architecture est somptueuse, ses maisons magnifiques et les décorations florales et ses peintures murales ne font que l’embellir. Nous conclurons cet après-midi parfait par un verre tous ensemble sur les hauteurs de la ville fortifiée, le coucher du soleil devant nous et une réplique masculine asiatique de Céline Dion en fond sonore. Le soir même chacun sort ses habits de lumière pour aller au restaurant, nous, nous gardons les mêmes, de toute façon notre garde-robe ne nous permet pas de faire mieux, pire oui, mais mieux non. Nous nous faisons plaisir et partons nous délecter dans un des restaurants les plus courus de la ville. C’est le moment où jamais pour se faire plaisir entre amis. Une paëlla gargantuesque encombre la table, et, malgré la fatigue de la veille, la bonne humeur est au rendez-vous.

Dans les rues de Carthagène, Bolivar, Colombie

Prochaine excursion, première séparation. Alors que toute la troupe part en hors-bord pour rejoindre la péninsule de Barú où nous nous sommes donné rendez-vous, nous optons pour la voie terrestre, budget voyage oblige ! Nous grimpons dans un bus traversant des bidons villes coupe-gorges puis grimpons sur deux motos taxi sans vraiment savoir ce qui nous attend. Deux heures plus tard nous voilà sur la plage paradisiaque de Playa Blanca. Une eau turquoise, du sable blanc et fin, l’endroit idéal pour se relaxer. Nous trouvons un spot pour poser notre tente non loin de l’auberge de nos amis. Juste le temps de les attendre et nous voilà assaillis de vendeurs de collier, de masseuses et pêcheurs d’huîtres. Nos amis font finalement leur arrivée, tout en musique et en vrombissements. La fête peut reprendre son cours. L’après-midi sera on ne peut plus farniente, entre bières locales et cocktails, certains vont faire du snorkling, d’autres choisissent l’option vitesse avec le jet-ski.

Playa Blanca, Baru, Bolivar, Colombie

Fini la plage, on s’en retourne à la ville, mais en barque cette fois-ci. À vingt dans l’embarcation nous nous serrons un peu et prenons à bord quelques masseuses corpulentes terminant leur journée et désirant, elles aussi, rentrer. Adieu les règles de sécurité, loin d’être une priorité ici quand il s’agit d’argent, mais nous arrivons tout de même à bon port. Direction le fort San Felipe de Barajas pour aller y apprendre un peu plus sur l’histoire de la cité. Nous nous perdons dans ses dédales, ses longs couloirs étroits et ses souterrains sans fin. Le soir même c’est quartier libre, restaurant pour certains, comedor pour d’autres et ceviche maison de notre côté. Face à la mer, nous profitons de notre dernière soirée à Carthagène et de notre vue imprenable depuis notre balcon.

Vue du Castillo San Felipe de Barajas, Carthagène, Bolivar, Colombie

Vue du Castillo San Felipe de Barajas, Carthagène, Bolivar, Colombie

Plage de Palomino, Magdalena, Colombie

L’aventure continue, nous élisons domicile à Palomino, toujours dans les Caraïbe, non loin du parc de Tayrona. Ce village, anciennement de pêcheurs, est plutôt devenu le fief de hippies et backpackers. L’ambiance nous sied à ravi. Nous retrouvons notre intimité, rien que tous les deux. Il faut dire que les voyages en groupe sont assez compliqués. Se mettre d’accord à deux peut parfois prendre du temps, mais à vingt cela relève souvent du casse-tête, heureusement que tout est planifié par les mariés. Nous passons donc la journée en amoureux à se prélasser sur la plage, tantôt dans des transats, tantôt dans des hamacs, une vie pleine de contraintes… Le soleil couchant donne des tons rouge-orangé au ciel. Un peintre n’aurait pas fait mieux. Nous retrouvons nos compagnons le lendemain et profitons un peu, il faut l’avouer, de l’endroit magnifique où ils séjournent. Cabanes privées donnant sur la mer avec hamacs, lits sur la plage et balançoires, on ne peut plus idylliques, un poil plus luxe que notre tente sur un terrain vague dans la ville des hippies.

Photo de groupe, Palomino, Magdalena, Colombie

Une fois tout le monde prêt nous nous rendons à notre dernière étape, Santa Marta. Après que nos chauffeurs se soient quelque peu perdus à plusieurs reprises, l’ultime finca nous tend les bras. Elle n’a rien à envier à celle de Tony Montana avec ses moulures, sa piscine et ses grands espaces. Le lieu semble convenir à tout le monde, difficile de faire nos difficiles dans de telles conditions. Pour certains ce soir est la dernière soirée au soleil, le lendemain les troupes perdent en effectif. Le soir venu nous allons au restaurant célébrer les jeunes mariés une dernière fois. Après les grillades nous enchainons avec la piste de danse tout au bout de la nuit, du moins jusqu’à la fermeture à deux heure du matin. Pas question d’en rester là, nous prolongeons les hostilités autour de la piscine jusqu’au lever du soleil et aux départs des convives pour les plus courageux. Pour remercier tout le monde de leur accueille et d’avoir accepté parmi eux deux itinérants, en compagnie de Myriam, nous leur préparons un barbecue du tonnerre. Nous nous mettons aux fourneaux, au menu un peu de verdure, salade de tomates et feta, salade de mangues vertes, bœuf sauce chimichuri, poulet mariné, et riz blanc pour les intestins fragiles. Un régal pour les papilles à en voir les restes inexistants. Quelques courageux iront faire un tour en ville le soir même dans le cœur historique. De notre côté nous resterons à profiter de la villa autant que faire ce peu.

L’heure des adieux est arrivée. Le séjour a été superbe, le mariage somptueux et les rencontres au diapason. Chacun continue son bonhomme de chemin. Certains se seront tellement plus qu’ils prolongent le plaisir à Palomino, d’autres descendent vers Bogota finir en douceur dans la finca d’amis, pour notre part, nous restons encore quelques heures dans cette villa pour nous tous seuls. Nous filons ensuite à Taganga où Karine, Julien et toute la petite famille nous attendent. Adieu luxe calme et volupté, nous retournons à notre quotidien tout en négociation, camping et bouffe sur le pouce, mais nous reprenons par la même occasion notre autonomie et indépendance. Un mal pour un bien essayerons nous de nous en convaincre…

Plage de Taganga, Magdalena, Colombie

L’arrivée au village de bord de mer dénote légèrement de nos standards de ces derniers jours. Nous arrivons au camping tenu par des amis d’amis. Fini le confort, ici on plante la tente entre deux murs, sans spécialement d’intimité ni de toit en cas de pluie, comme celle qui nous accueille en ce premier jour. Nous déchantons un peu devant ce concours de circonstances. Pour nous changer les idées nous partons pour une balade au village et prendre des informations sur Tayrona, prévu pour les prochains jours. Nous tomberons alors fortuitement sur Karine et ses deux filles, Lali et Nina. La marche dans la ville n’est pas particulièrement joyeuse, les rues sont défoncées et les gens également à un degré moindre. On ne sait pas si c’est parce que nous sommes samedi, parce que nous sommes au bord de la mer ou si c’est comme ça et puis c’est tout, mais l’ambiance de la ville ne nous ravit pas plus que cela. Notre famille française est là pour nous remonter le moral avec un bon repas en compagnie des parents de Karine venus passer quelque temps avec leurs petites filles. C’est décidé, dès le lendemain nous déménageons chez eux.

Autre lieu, autre atmosphère. L’ambiance familiale nous convient déjà beaucoup plus. Nous mettons au point la suite de notre itinéraire et profitons malgré tout des environs. Après une balade le long de la côte qui nous emmène de crique en crique, nous débarquons à Playa Grande, repère des vacanciers et des aficionados du farniente. Entre deux siestes et un peu de snorkling on recharge nos batteries avant l’exploration du parque nacional de Tayrona. C’est le parc le plus visité du pays, et pour cause, il offre un cadre unique, de nombreux sentiers de randonnée entre plages de sable blanc et montagnes verdoyantes.

Sacs à dos enfilés, courses faites, nous voilà partis à sa découverte. On se rend compte pour la première fois, nous qui ne fréquentons pas les auberges de jeunesse, à quel point ce pays peut attirer les touristes. Une heure d’attente plus loin afin de pénétrer dans le site, nous commençons la marche. Nous n’irons finalement pas bien loin pour cette première journée. Nous nous arrêtons à la première plage, Playa Castilletes, et tombons en amour de la tranquillité des lieux, de sa plage quasi privée et des installations sommes toutes sommaires. On nous avait parlé des emplacements de camping surpeuplés, des tentes les unes par-dessus les autres, mais ici nous n’en voyons que trois, dont la nôtre. Aucune raison de s’en aller. Certains campeurs y ont même élu domicile depuis près d’une semaine pour explorer le parc, faisant ainsi des allers-retours pour y revenir dormir une fois le soleil couché. De jeunes mariés viennent d’ailleurs y passer une partie de leur lune de miel, il faut dire que le spot s’y prête magnifiquement.

Trêve de repos, nous avons un parc à visiter. Il est neuf heures du matin, la tente est à peine pliée que nous sommes déjà en nage. Trois heures plus tard, nous sommes arrivés à destination, Cabo San Juan. Effectivement nous sommes face à un conglomérat de tentes de toutes les couleurs, tailles et formes. L’endroit ressemble à un camping de festival de musique, la lourde sono en moins et le cadre paradisiaque en plus. Nous ne ferons pas nos difficiles devant un tel spectacle. On se décharge de nos affaires et allons nous balader dans les environs. Nous irons jouer avec les vagues à playa Nudista, nous prélasser sur la plage à San Juan del Guia et nous baigner dans les eaux tranquilles de la Pisina. Dernière activité sportive de la journée, le match de foot Locaux Vs. Touristes. Le niveau n’est pas très élevé, mais on finira tout de même par prendre une belle raclée… Terrain savonneux, balle trop petite, trop lourde, cages non règlementaires et pas de ligne de touche, un véritable scandale. On se venge en montant sur le promontoire pour aller y prendre l’apéro, face à la mer et au coucher de soleil. Des hamacs y ont été installés et s’arrachent par les vacanciers pour profiter de cet endroit on ne peut plus magique.

Playa Cabo San Juan, Parque Tayrona, Magdalena, Colombie

Il est temps de rentrer à la maison, pour cela, plutôt que de faire demi-tour ou d’emprunter des chevaux, nous faisons la grande boucle pour passer par le village de Pueblito, un équivalent de la Ciudad Perdida, en plus accessible et surement moins sauvage. Il nous faudra près de trois heures de dure marche, escalade et glissade pour arriver à bon port. De mémoire de randonneurs, nous n’avons jamais autant transpiré. Même nos sourcils font évacuer de l’eau. Chaque pore de notre peau est en ébullition et nous n’en sommes qu’à la moitié. Le village est constitué de vestige d’une civilisation lointaine dont certains natifs continuent d’y vivre et de procéder à des cérémonies ancestrales. La suite sera tout autant éprouvante que le début, mais l’escalade en moins. Nous sommes heureux d’entendre la route au loin et nous nous jetons dans le premier bus venu. Erreur. Premier contrôle de l’armée, première embrouille. Le chauffeur marchande on ne sait pas trop quoi avec le soldat et réussi à s’échapper après diverses tractations. Seconde embrouille sur un rond-point à l’entrée de Santa Marta. Le conducteur descend du bus et prend à partie un autre conducteur. Ça se tape dessus sévèrement et ça commence à sortir les barres de fer… Nous restons de marbre, enfoncés dans notre siège en espérant que ça se calme. Finalement notre bus nous jette un peu n’importe où dans la jungle de Santa Marta, à nous de nous débrouiller pour rentrer. Une fois dans le bus pour Taganga nous pouvons commencer à respirer.

Playa Cabo San Juan, Parque Tayrona, Magdalena, Colombie

De retour au calme dans la maison familiale à Taganga, nous préparons un diner d’adieu pour les parents de Karine. Nos derniers jours ne seront qu’à moitié productifs entre l’organisation de nos prochaines étapes, apéro et plage. Changement d’atmosphère et de climat, direction maintenant Bogota, la capitale colombienne juchée à près de 2600 mètres. À nous la fraicheur des montagnes ! À défaut de l’avion cette fois c’est en bus que nous redescendons vers la cordillère, un interminable trajet de dix-huit heures nous attend !