Panama City, d’aventures en mésaventures

Panama City s'offre à nous, pour le meilleur et pour le pire. Depuis les États-Unis c’est la première fois qu’une ville composée de gratte-ciels, de restaurants internationaux et d’hôtels modernes nous attend. Nous sommes surpris de voir une telle différence architecturale. La ville est un grand mix d’immenses buildings tout de verre et de chrome, juxtaposés aux maisons délabrées qui côtoient des bâtisses coloniales fraîchement rénovées. Nous sommes en plein paradoxe d’un pays à deux vitesses dont certains bénéficient de retombées du canal et s’enrichissent alors que d’autres se voient chassés de leurs maisons pour faire de la place au tourisme et aux spéculateurs. Nous allons nous y plonger et voir de quoi il en retourne. Ne perdons pas de vue que Panama City est l’ultime étape pour la vente de la voiture. Pas de machine arrière possible.

Casco Viejo, Panama City, Panama

Nous sommes en position. Les visites le lendemain et le surlendemain sont programmées. Nous sommes plutôt confiants. Avant de rejoindre Alex et Julie, nos compagnons de route, on s’arrête faire une pause et visitons une partie du Biomuseo. On en apprend un peu plus sur le pays, sa faune et sa flore et son légendaire canal. Nous retrouvons donc nos amis au Yacht Club, enfin la ruelle derrière ce dernier où les voyageurs en transit d’Amérique Latine et Centrale ont pris l’habitude de s’établir pour préparer la suite du voyage. Au milieu de camping-cars, de caravanes, de 4x4, de motos et de pickups des quatre coins du monde, on sort la popote et on se met à cuisiner. La vente de la voiture est pour bientôt, on le sent. Nous profitons d’être encore véhiculés pour s’aventurer sur le Causeway, une fine bande de terre rejoignant des petites îles et offrant un point de vue imparable sur la capitale.

Vue de Cuaseway, Panama City, Panama

Premier jour de visite, un peu à l’écart de la ville nous retrouvons notre premier acheteur potentiel. Tout se passe bien, la voiture démarre, ne fait pas trop de caprices, ce qui ne sera pas le cas des services douaniers. Ils annoncent un coût de 2500$ avec immobilisation temporaire de la voiture d’une dizaine de jours. Premier échec, nous repartons bredouilles de cette première journée. Afin de préparer au mieux les prochaines visites, nous prenons nos quartiers dans une auberge au cœur de Casco Viejo, le centre historique et touristique de la ville. Mais le tourisme sera pour plus tard, nous avons un business à clore ! Toutefois, entre quelques visites, nous nous offrons une matinée de détente pour aller découvrir les écluses de Miraflores, emblème du canal et son musée. L’œuvre est monumentale et son histoire pleine de rebondissements. Les français sont les premiers à entreprendre sa construction au XIXème siècle mais ils se heurtent vite aux conditions climatiques de la région. Entre le paludisme et le choléra, le projet est abandonné. Il sera reprit plus tard par les américains et achevé en 1914. Son exploitation est géré par les Etats-Unis jusqu'en 1978 où le Panama reprend ses droits. On parle ici d'un droit de passage de plusieurs milliards de dollars par an, chiffre qui ne cesse d'augmenter.

Nous enchaînons les rendez-vous une bonne partie de l’après-midi. Tout le monde veut la voiture, ne reste plus que la signature. Trois acheteurs sont intéressés. Un pour le lendemain, un pour dans trois jours et un en dix fois sans frais. Tant que l’argent n’est pas dans notre poche, point de festivité. On boucle nos sacs, les allégeant le plus possible en se débarrassant des biens inutiles (ou trop pesant). La nuit qui s’en suivra sera paisible, des rêves plein la tête. Le lendemain, retournement de situation, nos deux acheteurs potentiels changent d’avis, il ne nous reste plus qu’à reprendre de zéro. Toujours motivés, toujours confiants, nous partons bras dessus, bras dessous, visiter le quartier historique. Tout de pavés vêtus, des bâtiments coloniaux côtoient, à une rue de là, des maisons dépravées, proches de l’effondrement, et un peu plus loin se dressent les ambassades où des militaires armées jusqu’aux dents montent la garde. Le contraste est frappant, voire un peu dérangeant. Il n’en reste pas moins que nous apprécions de nous y perdre dans ses ruelles sinueuses. Faute de gout immonde, une autoroute a été construite au-dessus de la mer, faisant face à Casco Viejo, soi-disant pour fluidifier le trafic. Le rendu extérieur jure et défigure l’architecture coloniale du quartier.

Casco Viejo, Panama City, Panama

Casco Viejo, Panama City, Panama

Casco Viejo, Panama City, Panama

Ce soir, nous lâchons prise et partons nous détendre en charmante compagnie, nous allons boire un verre avec Simon, l’ami du frère de la copine d’un ami, et sa petite famille. Ils vivent depuis près de deux ans en expatrier à Panama City. Nous irons partager un verre et manger un ceviche sur le port à la nuit tombée. Leur grand cœur, et peut-être un peu de compassion, les fera nous inviter à passer une nuit ou deux chez eux. Par orgueil, on se réessaie à dormir dehors. On en ressort une fois de plus dévorés par ces minuscules mouches noires qui arrivent à se faufiler à travers la moustiquaire. On accepte alors avec joie leur invitation.

Valentine, Capucine et Simon, Notre chouette famille de Panama City, Panama  

Après près d’une semaine au cœur de la bouillonnante capitale nous avons besoin d’air, de sortir de cette ville qui nous pompe tout notre énergie et notre moral par la même occasion. On s’en va randonner à Soberiana, un parc national dans la banlieue de Panama City. Le hasard fera qu’avant d'entreprendre la randonnée dans la forêt, des militaires toujours armés de mitraillettes viennent nous aborder. Ils nous déconseillent fortement de nous aventurer sur le sentier seul, de nombreuses agressions y ont été reportées… En toute simplicité, nous quittons l’endroit et nous baladons jusqu’à une tour dont on nous refusera finalement l’entrée. Définitivement, la marche sera pour une autre fois. Sur les conseils avisés de notre famille française, on se réfugie sur le terrain d’un hôtel de luxe, anciennement base militaire américaine. Cette dernière n’est que partiellement réhabilitée et ressemble plus à une ville fantôme qu’autre chose. En revanche, l’hôtel est somptueux. De grandes baies vitrées donnant sur le canal et sa forêt verdoyante nous font face. On profite des installations que sont piscine et transats, puis la bibliothèque elle aussi somptueuse. On rejoint alors nos bienfaiteurs après cet intermède riche en nature et en confort.

Gamboa, Vue sur le parc de Soberiana, Panama 

C’est comme un conte de fées. Nous qui dormions dans un demi-lit, dans la chaleur et les moustiques, nous voilà au 50e étage d’une tour donnant sur la mer, la vieille ville d’un côté, le centre des affaires de l’autre. On compense, comme souvent, notre envahissement pesant, par la concoction de bons plats et une bonne humeur retrouvée. On reprend du poil de la bête aux côtés de Simon, Valentine et leur fille Capucine. Qui sait, demain nous signerons peut-être le compromis de vente ! Nous profitons du temps de réflexion de nos potentiels acheteurs pour nous balader le long de la Cinta Costera. Cette promenade longe le bord de mer. Entre les immenses bâtiments futuristes et la côte, de nombreux sportifs y ont élu domicile. Ça court, ça marche, ça fait du vélo, du roller ou encore du skate. Tout le monde se rassemble ici une fois la nuit tombée et la douceur revenue. La marche est agréable et nous amène jusqu’au marché à poissons de la ville. Il s’agit ici d’un must à ne pas manquer. Les stands sont magnifiques, le poisson frais, varié et peu cher. On a le choix entre thons rouges, saumons, langoustes et homards immenses. On jettera notre dévolu plusieurs fois sur l’une des nombreuses cevicherias. Un régal pour les papilles, la fraicheur du cocktail de poissons crus est on ne peut plus appréciée de par cette chaleur étouffante.

Port de pêche face au marché aux poissons, Panama City, Panama  

Échec part II. Notre week-end détente touche à sa fin. Il est l’heure de reprendre contact avec nos acheteurs. En vain, la voiture est finalement une nouvellement fois trop chère. Nous aurons attendu tout le week-end pour rien. Ne jamais se réjouir trop vite. Des paroles restent des paroles… Nous avons d’autres acheteurs sous le coude, mais la liste s’amincit et nous commençons à nous impatienter de tous ces retournements de situation. De nouveaux acheteurs font surface, nouvelle chance de faire affaire… Cependant, nous décidons de laisser le temps au temps et planifions une nouvelle excursion loin de Panama City, loin de nos potentiels acheteurs du jour. Direction les San Blas. Pour faire simple il s’agit d’un archipel de près de trois cent cinquante îles paradisiaques, un peu l’image que vous avez dans la tête quand, enfant, vous deviez dessiner une île.

Dessine moi une île, Perro Grande, San Blas, Panama 

Nous avons toujours notre carrosse rouge, nous avons du temps, nous avons les amis qui ont envoyé leur voiture en Colombie et nous avons les San Blas. Pourquoi ne pas profiter de ce concours de circonstances ? On se fait un programme sur mesure rien que pour nous quatre. Tout le monde dans la voiture et direction la plage. À trois heures de route de Panama City, il faut se rendre dans la communauté Kuna qui gère ces îles en toute autonomie, puis prendre une barque pour nous emmener sur notre île privée. On élit domicile à Perro Grande, un bout de terre surgit de nulle part d’à peine cinquante mètres de diamètre où seule la cabane d’une famille locale trône sur l’île. Exceptés les quelques touristes matinaux venu pour la journée, vite arrivés vite partis, nous sommes seuls. Les familles se relaient tous les six mois pour que chacunes puissent profiter des afflux touristiques et gagner un peu d’argent. Nous passons nos journées à lire dans l’eau à l’ombre des cocotiers, à manger des noix de coco dénichées à même les arbres. L’eau est turquoise, calme. Le ciel est bleu, les nuages peu présents. 

Notre arrivée sur l'île de Perro Chico, San Blas, Panama

L’image du paradis s’offre à nous. Lorsque cela se couvre, donnant un aspect apocalyptique à l’endroit, le spectacle est toujours à couper le souffle, et ce n’est pas la petite pluie tropicale qui nous gâchera tout cela. On alterne poissons grillés et langoustes fraîchement pêchées. Plein les yeux plein l’estomac. Impossible de s’imaginer retourner un jour à une autre plage. Malheureusement, il est temps de quitter les lieux, nous avons une vente à poursuivre et nos amis un avion à prendre. Mais avant cela, nous partons en pirogue sur Perro Chico. Nous y feront du snorkling sur un navire échoué non loin du rivage et irons nager jusqu’à une île voisine où nous croiserons le chemin d’une raie Manta. Comment terminer ce séjour sur les chapeaux de roues.

Île de Perro Chico, San Blas, Panama 

Notre dîner de ce soir , Langoustes, Perro Grande, San Blas, Panama 

Notre animal de compagnie sur notre île, Perro Grande, San Blas, Panama  

Notre dîner au feu de bois, Pargot et riz aux petits Légumes, Perro Grande, San Blas, Panama 

Dernier repas au paradis et dernier poisson, Mojarra à l'ail et patacones, Perro Grande, San Blas, Panama  

Nous remettons les pieds sur terres, petit à petit. Nous faisons nos adieux à nos amis et on s’en retourne dormir dehors, dans le quartier chic de la ville avant de rencontrer un énième acheteur. C’est alors que la plus improbable des situations arrive. Nous garons la voiture, retrouvons l’acheteur et, au moment d’ouvrir les portières, la clef électronique ne fonctionne plus. Aucun signal, aucune réponse. On essaie avec la clef physique et on se rend compte que la serrure a été forcée, la clef n’y rentrant plus. Impossible d’ouvrir. Des commerçants viennent nous voir et nous disent qu’à cause des interférences des antennes, cela arrive fréquemment que des voitures restent immobilisées ainsi. Mais que cela tombe là, au moment précis où l’on s’apprête à vendre la voiture, c’est le pompon sur la pomponnette. On finit par en conclure que notre beau char rouge n’est peut-être pas qu’une simple carrosserie et qu’elle n’est pas de notre avis quant à mettre fin à notre aventure à trois. Après trois heures de lutte acharnée, un serrurier nous ouvre finalement. Point positif s’il en faut, l’acheteur n’est pas forcement découragé, nous oui. Pour "célébrer" tout cela, nous partons passer la soirée tout au bout de Causeway. Pas question de se mettre plus bas que terre. Ce n’est qu’une question de jours avant que nous y arrivions. On sort la popote et s’offrons un petit festin face aux immeubles illuminés. On se dit que, bientôt, la chance tournera en notre faveur.

Notre visa au Panama touche à a fin et la voiture est toujours là. Nos nerfs toujours à vif, nous décidons de faire un break et retournons nous la couler douce dans notre hôtel cinq étoiles préféré à Gamboa. C’est alors qu’un ancien acheteur refait alors surface, 2800 $ cash le lendemain. Deal. On profite une dernière fois du lieu et on met le cap vers la capitale pour clore cette histoire sans fin. Ils nous donnent l’argent, nous la voiture et le lendemain on finalise la paperasse, la douane n’ouvrant que lundi. C’est donc l’argent plein les poches que l’on s’installe de nouveau à l’auberge de Casco Viejo. Libération, consécration ! On fête cela avec bonne bouffe et bonne bière. Demain, on officialise ça et c’est réglé.

Erreur n°945 854. On a beau avoir notarié l’acte de vente, la douane refuse de libérer nos passeports sans un dernier papier. Pour ce faire, l’acheteur doit immobiliser la voiture dix jours et payer les taxes, choses qu’il n’avait pas prises en compte. Nous avons donc l’argent, mais pas le droit de quitter le pays. Nous partons donc nous réfugier chez Valentine et Simon le temps de se pencher sur nos alternatives possibles. Petit piment supplémentaire, nous avons pris nos billets d’avion, celui-ci part dans deux jours... Après quinze jours de va-et-vient, d’espoir et de découragement, voilà où nous en sommes et voilà nos possibilités :

1.       Attendre deux semaines pour que l’acheteur libère la voiture
2.       Fuir et tenter notre chance à l’aéroport

Parce qu'on est un peu des fifou-foufou, nous portons notre choix sur l'option numéro deux. On fait un repas d’adieux à nos hôtes avec tout ce qu’il nous restait, foie gras, vin rouge et Mescal mexicain puis direction l’aéroport. Muni d’un faux billet de sortie de Colombie, obligatoire si l’on veut y rentrer, nous arrivons au terminal face à la douane.

  • Enregistrement des bagages. CHECK
  • Passage devant la douanière. CHECK

Nous montons dans l’avion et quittons ce pays un peu clandestinement il faut l’avouer. Dorénavant, nous sommes officiellement des backpackers en route vers l’Amérique latine.

Coucher de soleil sur l'île de Perro Grande, San Blas, Panama  

Nous serons tombés en amour avec ce pays, ses gens, sa diversité de paysages et, bien entendu, ses îles paradisiaques, les San Blas. Mise à part une vente de voiture chaotique qui, pour finir, nous aura pris près de huit semaines hachurées, nous n’en retiendrons que du positif. Quelle bonne surprise. Un coup de cœur pour un pays dont nous ne savions rien ou pas grand-chose. Maintenant place aux heures interminables de bus dans l’immensité Colombienne, au stop sur les bords de route et à la recherche quotidienne d’un toit ! Une nouvelle aventure commence !