Sous la douceur panaméenne

Assez de chaleur pour nous ces derniers mois. Depuis le Salvador, aller se coucher dans la voiture s’est avéré un véritable calvaire. La chaleur et les moustiques nous auront fait passer les pires nuits de notre voyage. C’est donc tout naturellement que l’on s’en va chercher de la fraîcheur au Panama. De ce pays, dont aucun voyageur ne nous a jamais parlé, nous partons dans l’inconnu. Heureusement, les guides et blogues de voyage sont là pour nous orienter. Direction l’altitude, les montagnes et la douceur pour les prochains jours.

Cerro Tute, Santa Fe, Veraguas, Panama

Dans la continuité du Costa Rica, les routes sont impeccables, de belles deux fois deux voies immaculées, le tout jusqu’à notre destination finale, Boquete. La ville a beau être dans un cul-de-sac, tout est fait pour y attirer le touriste. Toutes sortes d’activités y sont accessibles, de quoi plaire à tout le monde, depuis la randonnée, à l’excursion à cheval, en passant par les sources d’eau chaude et la descente de rapide. Son climat et sa douceur de vivre en ont fait la nouvelle destination à la mode des retraités américains. Le soleil se couche et miracle des miracles, nous sortons pulls et pantalons, des toiles d’araignées s’y étant formées tant on les utilise peu. On a beau chercher, nous ne nous souvenons pas la dernière fois que nous les avons portés. On sort la popote, quelques minutes plus tard les premiers locaux nous abordent. Ça parle bouffe, voyage et ça se conclu par une invitation à passer la soirée chez un des guides locaux. Cela ne fait pas quelques heures que nous sommes dans ce pays qu’un bon feeling s’est déjà créé. Au dodo, sous la couette nouvellement sortie pour l’occasion.

Le village de Boquete, Chiriquí, Panama

Les alentours de la ville nous offrent une multitude de randonnées. On se remet en jambe et on y va en douceur. Nous débutons par une petite marche au travers la forêt pour atteindre une cascade bien caché. Cela nous servira de mise en jambe, car le soir même nous avons rendez-vous pour grimper au sommet du volcan Barú culminant à 3 474 mètres. Le plus haut sommet du Panama s’offre à nous. On débute l’ascension à minuit afin d’y arriver pour le lever du soleil. Équipés de lampes frontales, gants, bonnets, écharpes, c’est parti pour quatre heures de randonnée. L’expérience nocturne est palpitante et stressante à la fois. Seuls, dans la pénombre, avec nos lampes chevrotantes, nous sommes tout compte fait plus éclairés par la pleine lune. Le sentier, identique à celui qu’empruntent les 4x4, n’est pas très intéressant. En revanche, la vue au sommet en vaut la nuit blanche. Au-dessus des nuages, par moment nous percevons le Pacifique et à d’autre les Caraïbes. Le chemin du retour semble sans fin. On prie pour que chaque nouveau virage soit le dernier, sans grande réussite… On a hâte de retrouver notre voiture, un cours d’eau pour se laver et un coin tranquille pour faire la sieste.

Lever du soleil au sommet du volcan Barú, Boquete, Chiriquí, Panama

Cascade dans la forêt de Boquete, Chiriquí, Panama

Au sommet du volcan Barú, Boquete, Chiriquí, Panama

Sur le sentier du volcan Barú, Boquete, Chiriquí, Panama

Le soir venu on s’en va retrouver nos amis, Alex et Julie, des voyageurs automobilistes rencontrés au Costa Rica. Pour la suite du voyage, deux options s’offrent à nous. Passer quelques jours à Bocas del Toro sur ses îles caribéennes de sable blanc et d’eau turquoise ou aller randonner dans la montagne sous la fraîcheur. Étant en saison des pluies, on se dit que quitte à être mouillé autant avoir la voiture avec nous plutôt que d’être sous la tente non étanche sur la plage. La décision est prise, les îles seront pour plus tard. Nous partons donc à deux voitures pour Santa Fe. En chemin nous faisons halte à des sources d'eau chaudes pour le moins familial. En plein cœur de la forêt après une demie heure de route de pierres nous arrivons dans la propriété d'un fermier. Sur ses terres il a aménagé deux bassins d'eau provenant des volcans alentours, un petit paradis si l'on fait abstraction de l'eau beaucoup trop chaude pour y tremper un orteil, ajouté à cela la chaleur ambiante. Nous décidons alors de rebrousser chemin et d'aller se prélasser dans les eaux froides du mini canyon non loin d'ici.

Alex au canyon de Los Cangilones de Gualaca, Chiriquí, Panama

Le canyon de Los Cangilones de Gualaca, Chiriquí, Panama

Sur le sentier des cascades de Bermejo Santa Fe, Veraguas, Panama

C'est de nuit que nous arrivons dans la petite bourgade de Santa Fe, beaucoup moins touristique que Boquete, elle offre peu de service aux aventuriers que nous sommes, et c’est tant mieux. Un tuyau d’arrosage, un porche de super marché et une carte GPS, nous voilà parés pour découvrir cette région. Nous passerons notre première journée à randonner et se relaxer jusqu’aux cascades de Bermejo, très sauvages. Le lendemain nous nous attaquons au Cerro Tute, le sommet dominant de la région. On se perd deux, trois fois, pas plus. On tombe alors, tout en haut de la montagne, dans l’épaisse forêt, sur une presse à canne à sucre qui n’a rien à envier aux ateliers clandestins de narcotrafiquants. Leur jus de canne restant nettement plus rafraichissant que les mélanges chimiques de ces cartels. La pluie ne cesse de tomber, mais il nous en faut plus pour nous faire faire demi-tour. Sous la brume et la forêt verdoyante, nous voilà enfin au point culminant. Mission accomplie. Nous pouvons redescendre et aller nous laver dans les courants des rivières voisines. La journée se conclura par une partie de football endiablée, Alex et Romain partant défier les locaux. Après un an de chômage forcé, le retour sur les pelouses est difficile. On dira que les chaussures/claquette n’aident pas non plus. Hélène et Julie faisant office de supportrices, à leur manière, une bière dans une main un gâteau apéro dans l’autre qu’ils partagent avec Karine, Julien et leurs deux petites filles. Cette famille de Français, voyageant en camping-car depuis la Colombie-Britannique, ne cessera de croiser notre chemin.

Nous ne voulons plus quitter ces endroits où le plaisir de se glisser sous la couette est redevenu quotidien. Toujours en compagnie d’Alex et Julie nous poursuivons l’aventure en montagne plus au sud. Mais avant cela nous ferons une halte à Nasta, la ville la plus ancienne du pays. Sa cathédrale est de toute beauté, mais hormis cela, elle n’a pas particulièrement d’attrait, si ce n’est historique. À à peine une heure de route de la montagne, la chaleur écrasante le long de la côte sur la panaméricaine refait surface. On s’accorde une seconde pause culturelle à Penomene, la Mecque du célèbre chapeau Panama. Pour la culture, celui-ci n’est pas originaire du Panama, mais de l’Équateur. Ce sont les Équatoriens qui l’ont importé avec eux pour se protéger du soleil lors de la construction de l’illustre canal. On ressortira de la ville sans couvre-chef, mais avec une paire de running toute neuve. Un mal pour un bien.

Pour les prochains jours, nous élisons domicile à Anton El Valle, en compagnie de notre couple helveto-français. Comme nos deux premiers arrêts en altitude, des randonnées dans tous les sens s’offrent à nous. La ville tout en longueur manque de charme. On trouve un coin à l’abri dans un centre commercial à ciel ouvert. On y est comme chez nous, un peu trop même au goût des responsables qui ne tarde pas à nous le faire subtilement savoir en fermant dans un premier temps les toilettes puis en coupant le WiFi. Il faut dire qu’on a pris possession des lieux. Petit déjeuner sur les tables de la pizzeria suivi d’une séance de yoga sur la pelouse, vaisselle au robinet et pour finir par une fondue au vin blanc et Ti-Punch en mode pique-nique. On ne s’est pas encore fait mettre dehors, mais ça ne serait tarder.

Nous passons nos journées dans les sentiers des environs. Notre première balade nous emmène découvrir des arbres carrés, uniques à cet endroit précis. Des scientifiques ont fait l’expérience de les replanter ailleurs et ceux-ci poussent alors normalement. Étrange… Plus en altitude nous arrivons alors à un point de vue sur la vallée sous une fine couche de pluie. La seconde randonnée nous balade sur l’India Dormida. La légende raconte le destin tragique de Flor del Aire, « l’indienne endormie ». Fille du chef de la tribu elle s’éprend d’amour d’un conquistador espagnol. Son prétendant, un guerrier de la tribu, couvert de honte voyant sa promise se désister pour un étranger se suicidera à ses pieds. La jeune femme part s’isoler dans les montagnes et s’y laissera mourir, son corps pétrifié prendra alors la forme de la montagne. La randonnée est superbe. Il y a longtemps que l’on n’avait pas autant apprécié un sentier ainsi. Elle nous amène de point de vue en point de vue. La randonnée débute par le parc de la Piedra Pintada où l’on peut y découvrir des pétroglyphes, le sentier s’enfonce alors dans la forêt suivant une rivière truffée de chutes d’eau.

La India Dormida, El Valle de Antón, Coclé, Panama

Comme à chaque fin de journée on se rend à Chorro de los Mozos, une rivière avec des petites piscines naturelles où l’on vient s’y laver et se prélasser dans de l’eau tiède. La température est parfaite et nous sommes seuls. Au cours de la randonnée, nous aurons croisé de nouveau la famille de Français voyageant en camping-car. On se donne rendez-vous pour l’apéro en fin de journée, rhum et vin blanc sont de sortis. Le remède est parfait pour se remettre des courbatures. Bénéficiant, grâce à leur camping-car d’un espace relativement grand quoi que très vite remplie avec deux enfants et un chien, nous les encombrons de nos deux énormes sacs de couchage impossible à transporter en sac à dos. Notre dernière journée à El Valle sera plus tranquille. Nous profitons de la pluie pour nous replonger dans un peu d’administratif. Nos amis s’occupent de régler les derniers détails à distance pour l’envoi de leur voiture en conteneur vers Carthagène en Colombie. Nous, nous reprenons contact avec nos prétendus acheteurs contactés il y a de cela plusieurs semaines et on planifie la suite de notre itinéraire. Bien évidemment il y a des désistements, mais il reste toujours quelques téméraires toujours intéressés. La fin de journée sera dédiée au bricolage, nous profitons de la boite à outils d’Alex et Julie pour scier, l’âme en peine, la structure en bois de notre lit. On lâche une petite larme, mais si on veut la vendre il faut lui rendre son aspect d’origine et ainsi libérer les sièges enfouis sous notre lit depuis un an. Cela nous permet également de faire le tri dans nos affaires. Passer de la voiture, tout confort, sans limite de poids aux sacs à dos n’est pas une mince affaire. Non sans mal on offre à qui le veut notre surplus accumulé douze mois durant. Dernière nuit à El Valle avant de s’avancer vers la capitale. De toute manière le lendemain matin les gérants du centre commercial nous mettent officiellement dehors, soi-disant que l’on prenait trop nos aises…

Après midi bricolage avec Julie et Alex, El Valle de Antón, Coclé, Panama 

Nous essayons de faire une pause sur les "superbes" plages de la côte pacifique, juste au-dessus de Panama City. Cela s’avérera un échec. Beaucoup de béton, peu d’ombre. Pour accentuer la déception, il fait gris et l’orage n’est pas loin. Qu’importe, il est temps de se rendre à la ville et de conclure la vente de la voiture débutée il y a près de sept semaines maintenant. Malgré la météo capricieuse, nous sommes tombés en amour avec la fraîcheur de ses montagnes, la gentillesse et bienveillance de ses locaux, seule la gastronomie locale nous laisse pour le moment sur notre faim. Vivement le marché à poissons de la capitale. Mais n’oublions pas notre objectif initial, se débarrasser de notre carrosse bien aimé…