Excursions dans la province de Guanacaste

La voiture plus légère d’un appareil photo et les plans du séjour au Costa Rica redessinés, nous entrons dans ce pays partiellement visité il y a de cela deux années à l’occasion de vacances de Noël. Nous nous sommes fixé quelques objectifs, retrouver un appareil photo pour pouvoir continuer à alimenter le blog, vendre la voiture et continuer en sac à dos, et travailler dans une ferme et profiter de la diversité des paysages costariciens. Comme on dit « y’a plus qu’à » ! Pour corser le tout on sort des douanes avec un visa de soixante jours et non pas quatre-vingt-dix comme à l’accoutumée, la loterie douanière…

Playa Hermosa, Guanacaste, Costa Rica

Comme souvent, notre point d’entrée dans un pays est un CouchSurfing. Randy habite à Liberia, la seconde ville du pays,  avec sa sœur et son fils de quatre ans Luciano et leur mère. Il nous laisse en compagnie de ses amis pour l’après-midi pendant qu’il retourne au travail. On s’y contentera de siroter une bière et savourer le plat typique du pays, le Gallo Pinto, voyez par là un simple plat de riz et haricots rouges, sous la canicule de la région, tout en s’endormant dans le canapé devant un navet hollywoodien. On profite d’être dans une grande ville pour tenter de remplir nos deux principaux objectifs. Il n’y a pas de boutique pour les appareils de seconde main, et les quelques modèles trouvés sont hors de prix, plus cher même que des neufs plus récents. Pour ce qui est de la voiture, pas de concessionnaire. On a beau être dans la seconde ville du pays, tout semble se passer à la capitale, San José.

Pour son jour de congé, en compagnie de Marienke, une Allemande faisant un tour du Costa Rica et du Nicaragua en bicyclette, seule, Randy nous emmène faire le tour des plages des alentours. Nous ferons un rapide stop à playa Flamingo et playa Hermosa, de grandes plages de sable à perte de vue pour finalement élire domicile à Playa Dante, isolée, calme et sauvage pour la fin de journée. Entre snack, sieste et snorkling, le programme nous sied à ravir.

Playa Dante, Guanacaste, Costa Rica

Playa Dante, Guanacaste, Costa Rica

Mangrove, Playa Dante, Guanacaste, Costa Rica

L’aventure à la ferme s’apprête à commencer pour nous. On voit en cela une nouvelle expérience de bénévolat, bien différente de l’auberge. C’est l’occasion d’apprendre sur les animaux sauvages et de la ferme, le bricolage, le jardinage et la permaculture, mais aussi de pouvoir de nouveau se poser quelque temps en attendant d’arriver à finaliser la vente de l’auto et l’achat de la caméra. The Monkey Farm remplit tous nos critères. On y fait quelque chose de complètement nouveau. Située dans la vallée, elle n’est qu’à quelques minutes à peine de la plage. De plus, on ne paie ni logement ni nourriture, le deal parfait. De suite mis dans le bain, nous donnons le biberon aux deux singes hurleurs, Kendria, trois mois et Heath, dix-neuf mois. Pendant près de cinq semaines, nous trairons les chèvres, nourrirons au biberon écureuils, chevreaux, singes, de prendrons soin des cochons, boucs, chevaux, le tout agrémenté de longues balades à cheval jusqu’aux hautes collines surplombant la mer en passant par les courses épiques sur la plage d’Ocotal.

Monkey Farm, Playa Ocotal, Guanacaste, Costa Rica

Nous aurons mis une semaine à faire notre première sortie à la plage, surement trop enthousiaste et occupé à prendre soin des animaux et apprendre les rudiments du travail à la ferme. Il ne suffit pourtant que de traverser la colline et après une vingtaine de minutes de marche nous découvrons une plage de sable noir déserte, isolée du flux touristique de playas del Coco, sa voisine. Mais pour cette première expédition nous ferons l’exploit de perdre un masque, un tuba, une bague et de rentrer amochés par les vagues qui nous ont fait échoir sur les rochers acérés. On retourne à la ferme les pieds en sang et allégé de nos biens, une énième fois. Promis la prochaine fois nous lirons mieux les panneaux de mise en garde.

Playa Langosta, Guanacatse, Costa Rica

Bien évidemment, notre séjour n’aura pas été ponctué que de travail, nous avons pu profiter de notre temps libre pour découvrir les environs. Notre première sortie nous emmène à San José dans l’espoir de remplir nos deux objectifs initiaux. Par chance, Randy nous met en contact avec Rotcy, sa sœur vivant à la capitale, qui accepte de nous accueillir pour quelques nuits. Notre tentative se révèlera un échec. On rencontre un particulier vendeur de caméra qui essaie de nous vendre son bien plus qu’usagé et aucun concessionnaire n’est prêt à nous reprendre notre bolide. La plaque canadienne n’aidant en rien à la vente. Nous apprenons qu’il est nécessaire d’importer officiellement le véhicule et ainsi obtenir une plaque costaricienne. Pour cela il faut payer 6000$ d’importation plus des frais d’avocats divers et variés, sans avoir la certitude d’aboutir à la vendre. De toute manière nous n’avons pas ce magot sous la main. On se contenterait bien de la moitié de la valeur de la voiture, mais tout comme nous, les ticas n’apprécient pas spécialement les démarches administratives. Nous prendrons notre mal en patience. On retourne donc chez Rotcy avec sa charmante fille de cinq ans, Emma, sans avoir pu avancer d’un iota. Il ne nous reste plus qu’à remettre des annonces, en espérant ne pas avoir à revenir à la capitale, déjà vue et ne nécessitant pas de s’y attarder plus que cela…

Rotcy et sa fille Emma, San José, Costa Rica

De retour à la finca, la vie suit son court sous le chaud soleil de Guanacaste. Nos journées sont rythmées par le quotidien des animaux et la vie en communauté, les sieste dans les hamacs, jouer avec les animaux domestiques et se balader à la plage. Nous apprécions ce rythme de vie plus lent. Se lever tôt pour se coucher tôt, vivre selon le soleil, se réveiller avec le chant du coq et s’endormir à la belle étoile aux cris des singes hurleurs. Vivre dehors et cuisiner en plein air, c’est comme un retour à l’essentiel.

Nos dindes à Monkey Farm, Guanacatse, Costa Rica

Pour notre première véritable escapade, nous nous aventurons plus au sud, sur le littoral pacifique. On choisit de s’établir à Playas Avellanas. Nous sommes lundi, la plage est pratiquement déserte et le restaurant de plage fermé. Il nous laisse malgré tout à disposition tables, bancs et chaises longues. Que demander de plus. On y reste la journée à se prélasser sur le sable fin à l’ombre des cocotiers. Les surfeurs font surface peu avant le coucher de soleil. L’ambiance est joyeuse. On décide d’y passer la nuit et plantons notre tente dans un coin de la plage, non loin du restaurant. Le vigile des lieux est là pour veiller au loin. Enfin jusqu’au moment où on le retrouve endormi sur une chaise. Il ne se réveillera que peu de temps après nous le lendemain matin. Nous profitons de la douceur de la matinée puis mettons les voiles vers Tamarindo, aussi connu sous le nom de TamaGringo pour sa forte concentration en touristes. La plage est digne de celles de cartes postales, mais elle se fait malgré tout voler la vedette par sa voisine, Playa Langosta. Cette dernière est à l’embouchure d’un petit cours d’eau qui la sépare en deux. Au nord un grand hôtel, au sud une longue langue de sable. Le genre d’endroit où l’on resterait bien la semaine à ne rien faire, si ce n’est boire des pipa fria et manger des ceviches.

Playa Avellanas, Guanacatse, Costa Rica

Playa Avellanas, Guanacatse, Costa Rica

Playa Avellanas, Guanacatse, Costa Rica

Playa Avellanas, Guanacatse, Costa Rica

Réveil à Playa Avellanas, Guanacatse, Costa Rica

De retour à la ferme, nous profitons d’avoir des chevaux pour aller faire une promenade. Hélène se lance la première avec Chase, un des responsables équestres, Andrés et Pete, deux autres volontaires. À part une chute, elle qui avait si peur et tant d’appréhension, s’en tire à merveille. Romain lui ira avec la même équipe faire une balade jusqu’à la plage d’Ocotal. Deux formidables moments qu’il nous tarde de partager ensemble !

Nouveau congé, nouvelle sortie. Nous commençons notre escapade par la visite de Llanos de Chorro, des chutes d’eau de plusieurs dizaines de mètres. Malgré sa beauté, elle n’a pas encore été accaparée par le tourisme de masse. Pas de restaurant, d’énorme bus de touristes, l’endroit reste encore à l’état sauvage, même si les travaux d’aménagement qui sont en train de se faire à l’entrée montrent que cela n’est plus pour longtemps… Après ce repos du travailleur bien mérité, nous décidons d’aller nous dégourdir les jambes et randonner un peu. On s’éloigne de la côte et prenons un peu d’altitude. La fraicheur qui l’accompagne n’est que la bienvenue. Nous atteignons le parc national de Tenorio au nord de Guanacaste. On se dégote une place sur un parking de chambres d’hôtes aux abords du parc. Nous sommes seuls, ou presque, dans la forêt luxuriante, entourés d’arbre et fleurs, et, bien évidemment, de singes hurleurs.

Au détour d’une conversation de pensionnaires du lieu, nous reconnaissons un accent français au loin. On ne perd pas l’occasion de faire de nouvelles rencontres. Tout cela se finira sur le perron de leur bungalow, un melon, des bières et du mezcal en sus. Pour leur lune de miel, ils font une visite express du Costa Rica pendant cinq jours, laissant en garde leur nouveau-né chez la famille. Un peu expéditif leur dira-t-on, un amuse-bouche avant de revenir mieux apprécier la richesse du pays nous répondront-ils.

Parc National de Tenorio, Guanacaste, Costa Rica

Le lendemain nous nous engageons sur le sentier « fermé » qui démarre du parking, esquivant ainsi l’entrée officielle du parc. Après quelques hésitations, sûrement dû à nos dernières expériences de sentiers fermés, on s’enfonce dans le parc. Le chemin est suffisamment bon pour ne pas se perdre. On slalome dans l’épaisse forêt humide jusqu’à la rivière d’où sort une fumée. Nous savions que des sources naturelles d’eau chaude existaient, on va tenter notre chance. On trempe un orteil, la température est parfaite. En maillot et c’est parti pour une trempette odorante. Personne ne viendra nous déranger ici. On rejoint le sentier principal, l’officiel. On y observe, fasciné, la cascade, mais surtout les teñideros, cet endroit où l’eau turquoise du fleuve se mêle à l’eau pourpre et maronnasse plus en amont. La couleur du Rio Celeste n’a rien à envier à celle des Caraïbes. On y préfèrera malgré tout la seconde pour ses fonds marins plutôt que les crocodiles de la première. Une fois sortie du parc, on se prélasse au bord de la rivière dans un coin aménagé par un restaurant désert. L’endroit est idyllique et la sieste s’impose d’elle-même.

Rio Celeste, Parc National de Tenorio, Guanacaste, Costa Rica

Pour clôturer cette belle sortie, nous nous éloignons encore un peu de la ferme, direction le Lac Arenal. Proche du volcan du même nom ce lac artificiel est réputé pour le windsurf et son café. Après avoir déniché un spot de rêve au pied du lac, nous décidons d’y rester deux nuits, entre dégustation de bières allemandes et feu de camp. Nous sommes ici au frais et en bonne compagnie. Deux autres couples, d’Argentins et de Suisses ont aussi élu domicile. Nous voilà sous de bonnes gardes.

Lac Arenal, Guanacaste, Costa Rica

Les semaines défilent et une seconde exploration hors de la ferme se profile. On retourne faire de la randonnée dans les hauteurs, au parc national Rincon de la Vieja, toujours au Nord. On nous l’a décrit comme étant le Yellowstone du Costa Rica. Nous avions adoré la version américaine, on reste un peu sur notre faim sur la version Tica. Les remous de boue et l’activité thermale sont intéressantes, mais bien loin du grandiose parc américain. On profite de la journée devant nous pour nous rendre à des cascades. La première, Catarata de la Congreja, est haute de plus de vingt mètres. On s’y arrête se rafraîchir. Nous avons beau être en altitude, en milieu de journée la chaleur reste malgré tout intense. La seconde chute, Catarata Escondida, beaucoup moins empruntée, est accessible via une superbe randonnée qui nous amène tout en haut d’une colline nous offrant une vue sur toute la vallée. La chute en elle-même n’est pas impressionnante, mais le fait qu’on y soit seul la rend ravissante à nos yeux. La tranquillité du lieu nous donne envie de jeter notre tente et d’y rester la nuit. La frousse des animaux sauvages et sûrement aussi le fait que, de toute manière, nous n’avions pas la tente nous fait faire demi-tour.

Rincon de la Vieja, Guanacaste, Costa Rica

On tombera nez à nez avec une troupe d’une vingtaine de capucins. Ils ont l’air autant intrigué par nous que nous le sommes d’eux. Ils nous tournent autour du haut des arbres, crient, sautent de branche en branche. Le spectacle nous ravi, mais la nuit commence à tomber, nos réserves d’eau avec et, bien évidemment, nous n’avons ni lampe ni téléphone. On rentre passer la nuit dans la voiture après avoir cuisiné et dîné en compagnie de la pluie et de moustiques. Le scorpion planqué entre la vitre et la moustiquaire sera l’apothéose de notre nuit sur le parking du parc. Une seule ici suffira.

Rincon de la Vieja, Guanacaste, Costa Rica

Pour cette dernière journée de repos, nous délaisserons la randonnée pour aller se prélasser dans l’une des nombreuses sources d’eau chaude. On y vivra une expérience insolite d’un soin de boue directement prélevée au sol. On ne pense pas avoir trop perdu au change. La journée se terminera à la plage à regarder le coucher de soleil agrémenter d’un bon dîner.

La région de Guanacaste regorge de belles plages sauvages et désertiques. Nous en avons découvert une à quelques kilomètres de Playas del Coco, Playa Penca. Pour s’y rendre, il faut être armé de patience, d’une carte, d’un peu de jugeote et surtout d’un bon véhicule. Mais elle en vaut l’aventure. Seuls les habitués s’y rendent. Ils viennent pour moitié en bateau, c’est dire la difficulté d’accès du lieu. On profite de cet endroit encore épargné des constructions et des flots de touristes, car lui aussi n’en a plus pour longtemps. Des grillages dans les collines des alentours nous font penser qu’un énième complexe de luxe pour touristes s’apprête à se construire. Le pays gagne en tourisme et donc en argent, mais perd en authenticité.

Playa Penca, Guanacaste, Costa Rica

Après cinq semaines à Monkey Farm il ne nous reste plus que quelques jours à profiter du lieu, des gens et de continuer à apprendre encore et encore. Les animaux n’ont plus de secrets pour nous, les plantes non plus. De nouveaux volontaires sont arrivés après plusieurs départs. Les troupes recommencent à grossir. Pour clôturer notre séjour ainsi que celui de Chase nous partons pour une dernière virée à cheval en compagnie d’Andrés notre acolyte espagnol. Cette fois direction Ocotal au soleil couchant. Deux heures d’exploration et de courses folles sur le sable. Une belle et dernière balade gravée dans nos mémoires.

Balade à cheval, Playa Ocotal, Guanacaste, Costa Rica

Nos deux semaines se seront transformées en cinq semaines qui sont passées en un éclair. Nous étions déjà venus dans la province de Guanacaste mais la diversité de ses paysages ne nous a pas fait regretter ce choix. Elle a de quoi réjouir tous les voyageurs. Entre ses plages paradisiaques, parfois désertiques souvent animées, ses montagnes rafraîchissantes et ses mangroves, chacun y trouve son compte. L’aventure nous appelle. Il est temps de continuer à essayer de remplir nos deux premiers objectifs initiaux qui trainent en longueur. Nous avons des pistes pour l’appareil photo, pour la voiture nous sommes encore dans le flou. Encore une fois nous allons nous retrouver à San José, son trafic, sa pollution, mais son air plus frais et la petite famille de Rotcy ! En voiture !