Nicaragua, sur la route de la diversité

Après trois semaines de riches rencontres et d’une belle expérience, nous quittons Léon et notre cocon à l’Albergue. On se remet à ce qui nous emplit de bonheur, prendre la voiture et rouler à la découverte de nouveaux horizons. Il faut dire que l’on commençait sérieusement à s’encrouter à l’auberge, voyant les voyageurs venir et partir, la tête pleine de récits, un peu envieux, alocarlors que nous, nous restions à la journée longue, à économiser nos moindres gestes à cause de la chaleur écrasante. À l’image de notre pause à Celestùn, se remettre en route et reprendre notre vie de nomade, nous qui commencions à nous sédentariser, est une bouffée d’air frais à tous points de vue.

San Carlos, Rio San Juan, Nicaragua

En effet, on se rend dans le nord du pays, à l’est d’Estelí, plus précisément à Matagalpa. Nous sommes accueillis par Ira, un américain d’Arizona venu passer sa retraite dans ce coin au climat agréable, au cœur de nombreuses activités touristiques. Malgré son espagnol plus qu’approximatif, il tente, tant bien que mal, de s’intégrer à la population locale. Sa cinquième femme et son bébé issu de leur mariage, favorisent cela. Il nous reçoit les bras ouverts, nous donne des recommandations sur les alentours, dont quelques perles cachées. Sur ses conseils nous nous rendons à la réserve de Selva Negra.

Ira, Matagalpa, Nicaragua

Chapelle, Selva Negra, Matagalpa, Nicaragua

Güirila, tortilla de mais cuite dans une feuille de bananier, Matagalpa, Nicaragua

Au sein d’une propriété privée avec hôtel, lac, plantation de café, des sentiers de randonnée ont été aménagés au cœur d’une forêt humide et luxuriante. On s’y balade une bonne partie de la matinée, entourés de cris de singes hurleurs dont nous ne verrons pas le bout de la queue et croisant une famille de coatis. La balade est sympa, mais comme souvent quand on veut partir à la rencontre de la faune et la flore, un guide peut s’avérer une judicieuse option. On terminera la journée à Jinotega, une petite ville plus au nord. La municipalité est connue pour sa production de café. Après une courte, mais non moins intense randonnée qui nous amène au sommet d’une colline surplombant la ville, le lac Apanas en fond, on se résout enfin à gouter au café local dans le seul endroit de la ville où les touristes semblent se rendre. La boisson reçoit notre approbation, savoureuse, épicée et non sucrée, comme on l’aime.

Mirador, Jinotega, Nicaragua

Le jour suivant, on passera la journée au pied d’une chute d’eau. Détente, lecture, relaxation sont au programme de cette rude journée. Pas un touriste, ou presque, ne viendra perturber notre quiétude. Pour finir en beauté, on se rend déguster du chocolat artisanal. Pour notre dernière soirée avec Ira, il nous emmène à son bar fétiche, El Chino, à deux pas de chez lui. Pas de blanc en vue, ici on est au cœur de la vie nicaraguayenne. Toña et Victoria coulent à flots sur un fond de rythme latino. Malgré la barrière de la langue, Ira s’y sent comme chez lui et y emmène régulièrement ses invités et amis. Presque une routine s’est installée entre lui et le tenancier des lieux, le partenariat n’est plus trop loin. Le dernier litre de bière se prendra chez lui, sur sa terrasse surplombant la ville et ses collines illuminées par les habitations et phares de voitures.

Santa Emilia waterfall, Matagalpa, Nicaragua

Il est l’heure de mettre les voiles, une longue route nous attend jusqu’à San Carlos, la ville où se rejoignent le lac Ometepe et le Rio San Juan. Sept heures plus loin, sans stop plus intéressant que cela, nous y sommes. Premier constat, la chaleur est de retour, toujours aussi étouffante, mais le petit vent frais du lac est là pour la tempérer. Depuis cette ville portuaire, nous comptons nous rendre au cœur de la réserve d’Indio Maiz. On peut s’y approcher en bus ou voiture, mais il faut de toute manière finir en bateau. Tant qu’à tenter l’aventure, on la tente jusqu’au bout. On charge les affaires dans la petite lancha et direction El Castillo. En chemin le bateau fera des stops au milieu de nulle part, embarquant des passagers là où ne l’on distingue pas une seule habitation à l’horizon.
C’est le début de la Semana Santa (semaine sainte), l’unique semaine de vacances annuelles des Nica. Le pays entier est en fête, entre célébrations religieuses et festivals. Mieux vaut ne pas trainer et trouver un hébergement pour les prochains jours. Pour une fois, c’est le premier et moins cher qui s’avèrera être le mieux. On se dégote une chambre privée avec vue sur le rio et le château, cuisine, le tout pour trois francs six sous. Petit bonus, un ami des propriétaires, guide, nous propose de nous emmener faire la visite de la réserve, le package Deluxe.

Rio San Juan, Nicaragua

El Castillo, Rio San Juan, Nicaragua

El Castillo est un petit village d’une centaine d’habitants, ici aucune voiture. Il est surplombé d’une forteresse construite par les espagnols en 1675 pour lutter contre l’invasion de pirates et d’armées étrangères provenant des Caraïbes qui souhaitaient atteindre les rives du lac Ometepe et notamment Granada via le rio San Juan. Le soir même le début des hostilités commence. Rodéo, procession et bouffe sont au programme. Certains taureaux sont énormes, bien plus gros qu’aux États-Unis ou Mexique, mais la plupart du temps le show frise l’amateurisme. Les candidats sont des locaux, souvent imbibés. Quand ils ne chevauchent pas la bête ils restent dans l’arène, une bière à la main, se relayant pour tenter de toucher les cornes de la bête, le tout sous un déluge de pétards approximatifs plus ou moins maitrisés. Le spectacle touche à sa fin et nous rentrons nous reposer pour la balade du lendemain. On se demande d’ailleurs si Edwin arrivera à mettre un pied devant l’autre après cette nuit de débauche qui s’annonce en ville. De retour à l’hôtel on croise une bonne partie des Nica présents dans l’arène, de la mini-miss du village, au vendeur ambulant venu tout droit de la capitale spécialement pour l’occasion, soit plus d’une journée de transport entre les bus, bateau et marche à pied. L’ambiance y est familiale et décontractée. Le chef des lieux nous offre le café et fruits pour l’excursion, on se sent à la maison. Il nous fait également gouter à une délicieuse compotée de papayes et mangues mijotées des heures durant sur un feu de bois.

Dans la bibliothèque du chateau, El Castillo, Rio San Juan, Nicaragua

El Castillo, Rio San Juan, Nicaragua

Dans les tribunes de l'arène, El Castillo, Rio San Juan, Nicaragua

Impossible de manquer le réveil, avant même que le soleil ne pointe le bout de son nez, une fanfare composée en bonne partie de grosses caisses et trompettes déambule dans la rue. La fête n’a pas d’heure ! On enfourne nos bottes, nos gilets de sauvetage et nous voilà partis. On descend la rivière qui fait office de frontière naturelle entre le Costa Rica et le Nicaragua. Edwin a les yeux partout, il nous montre grues, hérons, péroquets et même des toucans. Sur les berges du rio on aperçoit quelques fincas, c’est grandes étendues de terre verdoyante. On y produit du café, du cacao, on y fait également pousser des arbres fruitiers, plantes, offrant à leurs propriétaires, pour la plupart étranger, l’autosuffisance, ou presque, une vie au calme loin de tout. On débarque à la réserve gardée par l’armée. Plus à l’est, si l’on se laisse porter par le courant, se trouve les Caraïbes. De là-bas on peut prendre un second bateau nous déposant à Corn Island, une ile paradisiaque. Un périple à lui tout seul si l’on en croit les voyageurs qui s’y sont rendus. À peine deux bateaux par semaine, des fois, quand le temps le permet. S’y rendre étant suffisamment long et éprouvant, la plupart choisissent la facilité et empruntent le mini aéroport pour en repartir. Edwin nous promène dans le parc à la recherche de faune et flore intéressante. On croisera toute une ribambelle de petites grenouilles au corps rouge aux pâtes violettes, dont le venin était utilisé par les indigènes pour chasser en en enduisant les flèches du poison. Le serpent rencontré en chemin, dont nous apprendrons par la suite que d’un simple coup de queue il est capable de tuer un humain, sera notre bouquet final. Il est temps de revenir à la civilisation et de récupérer notre bolide que l’on espère sain et sauf. Une longue route nous attend jusqu’à Granada.

Grenouille rouge, Réserve naturelle Indio Maíz, Rio San Juan, Nicaragua

Lever du soleil, El Castillo, Rio San Juan, Nicaragua

Liane, Réserve naturelle Indio Maíz, Rio San Juan, Nicaragua

Rio San Juan, Nicaragua

Granada, la ville coloniale touristique emblématique du pays. Première impression de la ville, il fait encore une fois une chaleur assommante malgré sa proximité avec le lac Ometepe, peu, voir aucun vent, contrairement aux touristes qui sont partout, enfin surtout dans la calle la calzada. La rue piétonne est un condensé de bars, restaurants occidentaux et hôtels où gringos côtoient touristes et retraités. Ça mange à des prix exorbitants des plats de pâtes et pizzas italiennes, des burgers et chicken wings, le tout accompagné de Budweizer, entrecoupé de spectacles de rue. On est très loin de l’authenticité de Léon. Les locaux s’en sont exclus d’eux-mêmes. Sortie de cette imposture de rue, la ville prend tout son charme. Des églises monumentales à foison, des galeries d’art, un énorme marché, bien évidemment des stands de bouffe, tout pour nous ravir. La ville bouillonne, c’est l’effervescence jour et nuit. Sur la plage un festival de musique électro a lieu. Les néons aveuglants, la musique assourdissante et les gens imbibés, le cocktail parfait pour une soirée réussie.

Granada, Nicaragua

On s’en va donc le plus loin possible de cet endroit, aux antipodes de ce que l’on recherche. On passe la journée suivante à la plage, bondée de locaux, de barbecues et de musique. On se croirait un 15 août sur les plages de la Côte d’Azur. Hélène est encore une fois la seule en bikini jusqu’à l’arrivée tardive des premiers touristes en fin de journée. Tout le monde est en famille ou entre amis. Ça respire la bonne humeur, sans animosité aucune. Durant la journée de processions ont lieu dans les diverses églises de la ville entre la bénédiction des rameaux et les offrandes dans les rues. On terminera notre séjour par une tentative osée d’un local de venir nous voler, la nuit durant, une casquette sur le tableau de bord en introduisant un bâton par l’ouverture de la fenêtre. Pas forcément effrayant, mais pas rassurant pour autant. Les dires des backpackers rencontrés sur les nombreux vols dans le pays s’avèrent donc exact. À nous de nous montrer vigilants.

Nous quittons donc Granada, sans avoir pu faire le volcan Masaya, fermé à cause de sa forte activité volcanique récente et partons à la rencontre des pueblos blancos. Hormis le dernier, Catarina, dont la vue sur la lagune de Apoyo est à couper le souffle, il n’y rien à dire sur les autres villages dont l’intérêt nous échappe encore à ce jour. Nous terminerons notre journée sur les rives de ce lac volcanique. Tranquillité, fraicheur, eau douce, l’endroit parfait pour se détendre. Nous décidons de prolonger le moment et d’y passer la nuit. N’ayant pas très envie de dormir n’importe où après notre dernière fâcheuse expérience, nous faisons du porte-à-porte pour trouver un parking à l’abri des regards indiscrets. Grâce à l’application iOverlander, une mine d’or pour les voyageurs, nous trouvons notre bonheur. Cette base de données est entièrement mise à jour par ses utilisateurs qui postent, commentent et épingles des points d’intérêts, hôtel et surtout des lieux de camping sauvage, ce que l’on cherche chaque jour au moment de se mettre au lit. On sonne à une porte et Carlos vient nous ouvrir. Il est gardien d’une maison donnant sur le lac. Après négociation, pour trois dollars et une bière il nous ouvre sa porte. On peut donc camper, face au lac, paisiblement installé, le tout avec eau et électricité. Le plan parfait. On va se baigner et profitons du coucher de soleil dans notre spot privé. On se verrait bien prolonger le plaisir, mais il nous reste une semaine avant l’arrivée de nos amis. Ometepe et la côte pacifique seront le bouquet final.

Laguna de Apoyo, Masaya, Nicaragua

Avant de prendre le bateau pour l’ile, nous partons une nouvelle fois à la recherche d’un garage à même de réparer notre tôle froissée afin d’espérer la vendre au Costa Rica voisin. L’aspect extérieur prime souvent sur la mécanique, tant mieux pour nous. Autant mettre donc toutes les chances de notre côté. Autre point, elle sera à l’abri chez le mécanicien le temps de notre escapade.

Réveil face à la Laguna de Apoyo, Masaya, Nicaragua

Après une courte et incompréhensible bataille pour obtenir un ticket à bord d’un des derniers bateaux de la journée nous embarquons parmi une centaine de passagers sur ce que l’on appellera en somme une embarcation primitive. Petit bonus le lac est déchaîné, il ressemble plus à une mer en pleine tempête. À chaque vague, les passagers des côtés sont trempés. Aux creux des vagues, elles nous dépassent aisément de plusieurs mètres. Entre rires et crispations, nous arrivons tant bien que mal à bon port, enfin pas celui pour lequel nous avions payé. Peu importe, nous y sommes ! Hélène peut desserrer ses ongles et Romain panser son bras. Nous remettons nos estomacs en place et partons dégoter un hébergement, idéalement le plus proche du volcan Maderas que nous prévoyons de grimper. L’île se compose de deux bouts de terre au milieu desquels deux volcans se sont hissés. En cette période de vacances, les transports sont sporadiques et chacun semble avoir des infos contradictoires sur les horaires. Nous grimpons dans le dernier bus de l’île et parcourons villages et routes de terre pendant près de deux heures. Sous la pénombre de fin de journée, nous faisons les dernières centaines de mètres à pied en priant qu’il y est encore de la place à l’auberge. Nous voilà au cœur de la forêt, en contre bas du volcan, ce qui nous offre une vue incroyable sur l’île. L’endroit est fantastique, la vue est éblouissante et les prix compétitifs. La pension est finalement immense et pratiquement vide. On nous laisse même utiliser les cuisines du restaurant après négociation.

Volcan Conception, Finca Magdalena, Île d'Ometepe, Nicaragua

Le lendemain, on s’attaque à la randonnée, tôt afin d’éviter un nouveau coup de chaleur, d’avoir une vue dégagée et de pouvoir profiter de la plage, trois échecs. La marche nous fait passer par une végétation sèche et aride, puis dense et humide avec pour final de belles averses tropicales. Une fois au sommet, après deux heures de montée, trempés et couverts de boue, on ne voit pas à trois mètres, tant pis pour la vue et la trempette dans le lac. Nous rentrons donc à l’auberge, humides, entre sueur et pluie, boueux de la tête au pied et trop crever pour se rendre jusqu’à la plage. Peut-être pas notre meilleure randonnée, d’autant plus que le jour suivant, le volcan est absolument dégagé, pas un nuage à l’horizon. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Qu’importe, on profite du lieu idyllique une nuit de plus, au milieu de la nature, le volcan et lac Ometepe en toile de fond.

Vue du volcan Maderas, Île d'Ometepe, Nicaragua

Après la randonnée un peu de plage s’impose. On se détend sur sable, les pieds dans l’eau, un volcan à gauche, un volcan à droite. Une petite trempette puis zou, direction le bus. Difficile de passer d’un mode de transport où l’on fait ce que l’on veut, quand on le veut, à devoir attendre un bus fantôme un jour de férié sur une ile au milieu du Nicaragua. On a eu de la chance à l’aller en montant dans le cul d’un pickup pour se rendre jusqu’à la plage, cette fois atteindre le débarcadère sera une autre histoire. Pendant qu’on s’extasie devant une colonie de capucins, le bus nous passe sous le nez, chose unique, alors qu’on le hèle et qu’il est vide, il refuse de s’arrêter… Ne nous reste plus qu’à marcher en plein cagnard sur l’heure du midi avec nos sacs-à-dos, nous les automobilistes. On compatit très vite avec tous les backpackers rencontrés. Une fois dans le bateau, cette fois-ci un vrai, beaucoup plus stable que le premier, direction la terre ferme pour aller récupérer notre voiture. Elle est presque flambant neuve, un travail de pro !

Notre dernière escale du Nicaragua se profile. On se rend à San Juan Del Sur, connu pour ses plages, son surf et sa vie nocturne animée, qui est à son paroxysme en ce dernier weekend de semaine sainte. Concerts de klaxon, embouteillage, stands de bouffe à ne plus savoir où donner de la tête, le changement d’ambiance est total. Les touristes sont venus en masse, que ce soit locaux ou étrangers, sans toutefois trop se mélanger. Des boites de nuit éphémères ont été aménagées sur la plage tandis que les bars crachent de la soupe pop américaine. Il nous faut un léger temps d’adaptation. Demain sera un jour meilleur.

San Juan del Sur, Nicaragua

Enfin c’est que l’on croyait. On se réveille après une nuit de sommeil agitée, mais plutôt bonne, prêts à découvrir les plages plus tranquilles des alentours. Crème solaire, casquette, lunettes, serviettes, nous voilà parés, excepté notre caméra, introuvable, disparue, volatilisée. On nous avait prévenus qu’il fallait faire attention, on savait qu’il fallait faire attention, mais non, deux minutes d’inattention et c’est fini. Le plus frustrant dans histoire est peut-être de ne pas savoir ni où ni quand le larcin s’est produit. Serait-ce pendant que l’on rangeait la voiture sur le parking d’un supermarché, au moment où nous cuisinions ou pendant que nous dormions… Le mystère reste entier et nous en miettes. Pour la seconde fois durant notre périple nous perdons notre « outil de travail », housse et cartes mémoires comprises. Coup de chance, la veille au soir nous avions tout sauvegardé, un mois de photo ça n’aurait pas été pardonnable. Pour ajouter une couche mélodramatique à ce moment, nos amis que nous devons retrouver dans deux jours à peine, armés de joie de vivre, d’une folle envie d’aventures, mais aussi de saucisson foie gras et vin, sont obligés d’annuler leur venue pour des raisons extraprofessionnelles hors de leur volonté. Nous voilà la tête dans le sac, le moral au plus bas, envisageant même le temps d’un bref instant un retour au bercail. Un nouveau trou dans la caisse est à prévoir, et celle-ci s’amincit de jour en jour. Deux options, on pleure, on se roule en boule et on attend qu’un appareil nous tombe du ciel ou on se ressaisi, on profite un tant soit peu de la plage de la fête et on planifie un peu la suite de notre voyage en fonction des évènements récents. On tente la première option une demi-journée, mais il fait trop chaud pour être en boule dans la voiture et le temps n’est pas à la pluie de quelconques affaires. On se rabat donc sur la seconde. Nous trouvons un CouchSurfing à Liberia, Costa Rica, nous avançons notre date pour le woofing, du bénévolat dans un refuge pour singes et nous trouvons une plage déserte pour notre dernière journée. Le moral remonte doucement, mais la double boule au ventre est toujours là. Laissons du temps au temps se disons nous. Comme souvent après un coup dur, une belle rencontre arrive. On sympathise avec un groupe de jeunes locaux avec lesquels nous passerons l’après-midi dans une paillote sur la plage à boire des bières. Nous n’avons plus d’appareil photo, mais l’ébriété se charge de nous le faire oublier. Une fois la nuit tombée le lieu ne nous inspire pas plus confiance que cela pour y dormir, d’autant que l’on est couvert de sable et sel et que personne n’est enclin à nous prêter un peu d’eau pour se rincer… Il ne nous reste plus, encore une fois, qu’à retourner à San Juan chercher une auberge pour y emprunter la douche. Le soir venu nous nous faisons plaisir dans un petit comedor de bord de rue, dans le noir dû à la coupure électrique du quartier. Le bœuf se transformera en porc, mais ça nous est égal, on savoure ces derniers moments sur les terres chaudes du Nicaragua.

Playa Maderas, San Juan del Sur, Nicaragua

Notre mois dans le pays s’arrête ici sur une note un peu amère. Nous étions prévenus et pourtant nous ne l’avons pas vu venir. Un moment d’inattention, de baisse de concentration fatale. À la longue, cela commence à être fatigant de devoir être toujours sur ses gardes. Cela ne doit pas malgré tout déprécier ce superbe pays, si beau, si varié. Nous aurions aimé y passer plus de temps, notamment approfondir l’exploration du Rio San Juan et les îles caribéennes, ou encore Ometepe, mais il faut savoir en garder de côté pour un prochain voyage ! Le Costa Rica, aux antipodes économiques du Nicaragua, devrait nous offrir plus de sécurité et donc de tranquillité d’esprit. D’autant plus que nous avons prévu de nous installer quelque temps dans un refuge pour animaux sur la côte de Guanacaste au nord-ouest du pays. Cela devrait nous laisser le temps de vendre la voiture et d’acheter un nouvel appareil photo. ¡OJALA !