Volontaire au Nicaragua

Notre descente se poursuit, nous sommes au Nicaragua. La traversée du Salvador et Honduras n’aura pas eu raison de nous, bien au contraire, ce fut une quinzaine pleine de surprises, ponctuée de belles rencontres. Nous voilà maintenant dans un pays d’une grande diversité géographique et où la sécurité n’est plus, ou presque, un problème. Le Nicaragua, second pays plus pauvre d’Amérique Centrale, est plébiscité par tous les voyageurs rencontrés en chemin. Nous avons un mois devant nous avant de rejoindre nos amis venant de Paris spécialement pour nous au Costa Rica ! On décide de séparer le séjour en deux, une moitié pour faire du volontariat dans une auberge à Léon et l’autre moitié pour découvrir le pays. On a hâte de pouvoir, de nouveau, déballer nos affaires et sortir de la fournaise qu'est devenue notre voiture chaque jour au moment d’aller se coucher.

Savoureuse pastèque, Leó, Nicaragua

Cathédrale, Leó, Nicaragua

Léon est une ville d’architecture coloniale, fameuse pour sa pléiade d’églises. C’est aussi un repère pour backpackers qui y viennent en flot continu. Sa proximité de la mer (vingt minutes) et des volcans, en font un camp de base idéal pour l’exploration de la région. Nous avons rendez-vous avec Fran et Marianka, un couple Nicaragueyano-polonais. Ils gèrent l’Hostal El Albergue où nous sommes volontaires. Nous les avons choisis d’une part, car ils projettent d’ouvrir un café-snack au sein de leur établissement dont nous serions les « managers », et d’une autre part, leur enthousiasme et nos premiers échanges nous ont donné envie de les rencontrer.

L’endroit est paisible, à peine deux dortoirs et trois chambres privées, un grand patio à ciel ouvert, une cuisine commune, deux chats, une poule et une tortue qui ne nous montrera jamais le bout de sa carapace. Le courant passe tout de suite bien avec les propriétaires. Ils nous invitent à passer l’après-midi dans leur résidence sur la plage à Las Penitas. On leur concocte un brunch dominical, une sorte d’épreuve pour voir comment on se débrouille en cuisine. On arrive même à faire aimer le curry à une allergique, succès facile pour ComidaTrip ! En revanche, quant à l’ouverture du café, les choses s’annoncent plus compliquées que prévu. Il n’y a toujours pas de cuisine, pas de menu, pas de projets à court ou moyen terme susceptibles de nous intéresser, que tchi… On verra si avec le temps cela évolue. Pour le moment on profite de la plage de sable noir, des vagues et de l’air marin. Les surfeurs, blancs, se mêlent aux buveurs de bière, blancs, aux serveurs, blancs et aux propriétaires de paillotes, blancs. Le tourisme a bien des années d’avance sur ses voisins plus au Nord.

Cathédrale, Leó, Nicaragua

Après ce premier intermède, nos sorties se firent plus rares. Dans ce coin de pays, il fait 40 °C toute la journée. Il faut se battre pour avoir droit de marcher à l’ombre des bâtiments. Autant vous dire que toute promenade entre dix heures et seize heures est limitée aux urgences. On pourrait résumer notre expérience à l’auberge par du grand lézardage en règle. Bien évidemment, en grands professionnels que nous sommes, nous remplissons les tâches qui nous sont assignées, la réception, check-in, check-out et quelques coups de balai de temps à autre. Le matin, nous nous occupons de faire la pâte à pancake, mais ce sont surtout de longues journées à bavarder avec ces voyageurs du monde entier. De la Belgique au Canada en passant par l’Australie et l’Argentine sans oublier deux sœurs iraniennes, nous aurons fait un tour du monde en restant sur notre rocking-chair. Plus le temps passe, plus nos illusions d’avoir à s’occuper du snack s’effacent. Ce ne sera pas ici que les clients pourront savourer nos délicieux mets internationaux. Les idées sont là, mais l’apathie des propriétaires ne fait pas avancer les choses.

Musée de Ruben Dario ,Leó, Nicaragua

Au fil des rencontres, nous nous lions d’amitié avec deux Catalanes, Marina et Irène, à ne surtout pas confondre avec Espagnoles sous peine de regards noirs. À leurs côtés nous irons grimper au sommet du Telica, actif il n’y a pas si longtemps. Grâce à cette superbe application gratuite, Wikiloc, il suffit de télécharger l’itinéraire que d’autres randonneurs ont fait et de se munir d’un téléphone GPS et hop, plus besoin de faire appel aux tours opérateurs. À nous la liberté ! Sous 40 °C à l’ombre, comme à l’accoutumée, à marcher de neuf heures à seize heures, on rentre à l’auberge avec une grosse insolation, accompagnée de plaques sur tout le corps pour Hélène et un bon mal de tête pour Romain. On aura tout de même réussi à accéder au sommet du volcan depuis lequel on voit le cratère et ses fumerolles. On ne traine pas trop ici, les gardes des parcs nous expliquent qu’il peut exploser à tout moment et propulser des pierres de plusieurs dizaines de kilos dans les airs. Les volcans restent fortement imprévisibles, mieux vaut prévenir que guérir. On verra tout de même un groupe venir passer la nuit à son pied. Seraient-ils mieux informés que nous ou juste inconscients..?

Volcan elica, Nicaragua

Notre second défi est le Cerro Negro, une des attractions principales de la région, car on peut y pratiquer le Volcano Boarding, la descente du volcan sur une planche de surf ou une luge. On s’attaque à l’ascension en traversant des champs et prairies pour s’éviter la foule et la taxe d’entrée, et arrivons à l’opposé des touristes. On prend la montée de pleine face, quelle que soit la pente. On se rend compte qu’une fois arriver en haut au prix d’un gros effort, que de l’autre côté, un chemin avait été construit afin de pouvoir accéder au sommet plus facilement, alors que nous, nous avons emprunté la piste qu’utilisent les surfeurs pour descendre, on vous laisse imaginer l'inclinaison. On en a plein les chaussures, mais la vue est incroyable. Une rangée de volcans, des plaines arides, des champs verts et la mer au loin. Même sans la descente en luge, l’ascension en vaut la suée. Cerise sur le gâteau, on arrive même à retrouver la voiture garée dans un champ à la croisée de dizaines de chemins !

Volcan Cerro Negro, Nicaragua 

Le temps passe et nous n’avons toujours pas pris le temps de découvrir la ville. Celle-ci nous avait pourtant séduit dès la première journée en nous accueillant avec son festival culinaire. On y découvrit une soupe de fruits de mer au lait de coco, une soupe de fromage et un riz frit au poisson fumé. Le centre-ville est relativement petit. On s’y balade, se perdant dans ses rues sans nom, comme il est de coutume en Amérique Centrale, les grandes églises faisant office de repère pour nous orienter. Hormis sa belle architecture, Léon est une ville où la culture a une place particulièrement importante. Soif d’apprendre un peu plus sur ce pays et le légendaire Ruben Dario, fierté nationale, on s’en va visiter la maison où il vécut une grande partie de sa vie. Ruben pour les intimes, est un écrivain, poète, diplomate, journaliste, qui a passé sa vie à parcourir le monde, d’abord l’Amérique Centrale et Latine, puis l’Europe et les États-Unis pour finalement retourné à Léon au Nicaragua.

Sopa de mariscos, Leó, Nicaragua

On s’approche de la fin de notre expérience de volontariat, mais avant cela nous allons en profiter pour nous mettre au frais dans les hauteurs et explorer le nord du pays. On s’établit pour cela à Estelí, proche de réserves naturelles et du canyon de Somoto, non loin de la frontière hondurienne. La randonnée y est singulière. Elle se passe pour la plupart du temps les pieds dans l’eau et le reste en nageant au milieu des hautes parois rocheuses. Le guide nous explique que pendant la saison des pluies l’eau monte de plus de dix mètres et qu’il y est possible de faire le même parcours, mais en bouée, juste en se laissant porter par le courant. Il nous raconte également que certains randonneurs se sont perdus et sont malencontreusement retrouvés au Honduras voisin.

Canyon de Somoto, Madriz, Nicaragua

Nous avions fait les fiers de ne pas avoir eu à payer d’assurance voiture à la douane, cela ne rate pas. Sur le chemin pour rentrer, deux contrôles de police à la suite, nous demandant cette assurance qui s’avère être réellement obligatoire, pas comme les extincteurs honduriens. Nos yeux tristes et notre voix chevrotante fonctionneront tant bien que mal les deux fois. On se dit que pour une dizaine de dollars, on est mieux de ne pas prendre une troisième chance, ne nous reste plus qu’à trouver l’agence à Léon. Notre CouchSurfing à Estelí s’avère une nouvelle fois une superbe expérience. Susy a créé une organisation pour luttant contre les violences faites aux femmes. On y rencontrera un couple d’argentins qui voyagent grâce à l’argent qu’ils se font en vendant leurs photos de paysage ou portraits, et même certaines subaquatiques avec leur équipement professionnel, on est bien loin de la qualité GoPro. Le cinquième colocataire, Oliver est un Croate qui s’est rendu depuis l’Europe au Mexique en bateau-stop. Cela lui aura pris cinq mois, mais donné une expérience dont peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait. Il suffit d’avoir du temps, pas peur de la solitude et avoir un tant soit peu le pied marin. Il est content de l’avoir fait, mais, lui, ne retenterait pas l’expérience. Trois semaines en mer sans voir la terre peut s’avérer long pour une première fois.

Avec lui nous irons visiter la réserve naturelle de Tisey. On randonne dans le parc, allons voir différents miradors et rendons visite au fameux Don Alberto. Cet homme de soixante-quatorze ans sculpte, dessine, grave sur des roches des formes et scènes qu’il a vues dans un rêve fait à l’âge de neuf ans. C’est un peu mystique, l’homme étant tout une histoire à lui tout seul. Il cultive un gigantesque potager de fruits et légumes en tous genres. Il accueille les curieux pour leur raconter ses histoires, entrecoupées de poèmes et de dégustation de produits fraichement cueillis qu’il va lui-même chercher en grimpant en haut des arbres. Son visage, ses gestes, respirent la sagesse. Rien de tout ce qu’il fait n’est monétisé, seules les richesses de ses rencontres comptent. Il n’est plus sorti de sa propriété depuis des années, y préférerant son cocon. Plus qu’une rencontre, c’est une expérience à part entière, une chance que de passer un moment avec lui. On savoure ses dernières paroles avant de mettre les voiles pour aller faire la sieste au pied des chutes d’eau de Salto de La Estanzuela.

Don Alberto, Réserve naturelle de Tisey, Esteli, Nicaragua

Ces quelques jours au frais nous auront fait le plus grand bien. Nous sommes prêts à conclure en beauté notre séjour à l’auberge. Professionnellement, l’expérience aura été une déception, mais humainement nous sommes plus que ravi des rencontres faites. Même si nous n’aurons pas obtenu ce que nous étions venus chercher, nous avons été accueillis comme dans une famille. Que ce soit les propriétaires, toujours au petit soin avec nous, mais aussi l’employé de nuit, le charismatique et incontournable José Abraham.

Mais il est temps de mettre les voiles et de continuer à découvrir ce beau pays. Voulant vendre la voiture au meilleur prix au Costa Rica on la fait réparer à quelques pas de l’auberge. On en ressort délesté d’une centaine de dollars, mais dans le même état. On s’est fait rouler. Pas moyen de mettre la main sur le mécanicien en « déplacement ». Se faire avoir de la sorte, cela ne se reproduire plus, croix de bois croix de fer ! On part sur une mauvaise note, mais le meilleur nous attend. En voiture !