Une bouffée de nature au Guatemala

Comme toute nouvelle découverte d’un pays, cela commence par le passage de frontière. Pour l’instant, nous avons été relativement chanceux. Ce fut rapide, les gens étaient aimables et nous n’avons pas eu a payé de bakchich. Cette fois-ci ce fut plus complexe. Arrivant en fin d’après-midi, contrairement aux autres fois, il ne faut pas traîner pour éviter la conduite de nuit. Que ce soit à cause de l’état des routes ou des rencontres fortuites, ce n’est pas recommandé. Deux enfants à la douane nous viennent en « aide » pour faciliter les démarches. Ils nous emmènent à droite, à gauche, ne nous simplifiant pas tant que ça la tâche, mais on peut parler avec eux de leur pays, de ce qu’ils y aiment, de la nature et forcement de la nourriture. Pour la seconde fois où l’on met les pieds dans le pays et passons la frontière, ce sont de nouveau des enfants qui sont nos premiers interlocuteurs. Un bon feeling démarre avec ce pays. 

Site Maya de Tikal, Péten, Guatemala 

Le Guatemala, un des pays les plus variés d’Amérique Centrale avec ses volcans, ses lacs, sa jungle, son peuple maya. Ce pays nous attirait depuis longtemps. Avec seulement 2% du territoire urbanisé, il a énormément à offrir aux amoureux de la nature que nous sommes. L’itinéraire est plus ou moins établi dans notre tête, ne reste plus qu’à y plonger.

Bouffe de rue, Flores, Péten, Guatemala

Pour nos premiers jours, nous nous établissons à Flores afin de faire le plein d’informations pour la suite de notre voyage. La ville est située sur une île au milieu du lac Péten, mais reste malgré tout accessible via un pont. L’endroit est très vivant et très touristique. À peine une heure que nous sommes arrivés et nous tombons par hasard sur un marché nocturne bondé de stands de bouffe sur les bords du lac. Un florilège de plats s’offre à nous. Assis au milieu des gringos on déguste des tacos frits. On arpente les rues étroites et pavées de Flores, on se renseigne sur les possibilités de visites dans les alentours. Nous avons repéré un trek pour aller aux ruines Del Mirador, un des plus hauts édifices mayas jamais construits et encore à l’état sauvage, car aucune route ne permet de s’y rendre, pour le moment... Le trek dure cinq jours, est impossible ou presque sans guide. Il inclut nourriture, eau, équipement, mule et même un cuisinier. Pas besoin d’épiloguer sur le fait que les 400$ par personne seront rédhibitoires. Avec ce même budget, on pense voyager trois semaines au Guatemala.

Le lendemain étant nuageux, on se contente de se balader dans la ville, grimper au sommet de la butte hébergeant une église au centre de la ville. Au détour d’une ruelle, nous croiserons nos amis de Caye Calker, Yuleidy et Ignacio. Ils nous invitent à les rejoindre plus tard pour prendre un café avec eux dans leur auberge. Entre café et parties de dames, on se quitte en planifiant une future rencontre plus au sud du Guatemala. On finira la journée, finalement ensoleillée, à errer dans les rues, profitant de la douceur du climat.

Flores, Péten, Guatemala

On décide de se lever aux aurores pour aller voir le lever du soleil à Tikal, un des plus impressionnants sites de l’époque maya. Levé à 4 h 30, dans la nuit et le froid, on se dirige vers la zone archéologique. Elle n’ouvre qu’à six heures, le soleil se levant à 6 h 30 cela devrait le faire. Sauf que l’entrée se trouve à trente kilomètres du parking et que du parking il faut trente minutes de marche pour se rendre à la pyramide.

Site Maya de Tikal, Péten, Guatemala

Malheureusement, on ratera la sortie du soleil, qui, de toute manière, était masqué par les nuages matinaux. La conduite de nuit dans la jungle guidée par les cris des singes hurleurs en vaut le réveil. On part se promener de temple en temple, de sanctuaire en sanctuaire. Encore une fois, chaque site archéologique est bien diffèrent de son voisin. Ils datent plus ou moins de la même période, ils se copiaient les uns les autres, mais ont tous leurs particularités architecturales. Tikal, avec son immense superficie, n’a été exploré qu’en partie, par manque de temps et de moyens. De nombreuses pyramides restent encore ensevelies sous la dense végétation. Après six heures de marche et d’exploration, il nous reste encore des sentiers à explorer. La tête dit oui, les jambes non, ces dernières auront l’ultime bafouille.

Nous pensions prendre la route pour Cobán, notre prochaine étape, directement après la visite, mais l’envie de sieste prend le dessus. Une nuit de plus à Flores sera plus que bienvenue.

Yuleidy et Ignacio, Flores, Péten, Guatemala

On émerge tout juste lorsque l’on croise de nouveau nos anciens voisins du Belize. On s’organise une bouffe à leur hôtel. Guacamole, pâté Hennaf, pizza et T-punch, le tout entrecoupé de parties de billard et d’une douche volée bien méritée. Eux restent ici encore quelques jours pour finir un projet de Freelance, on se donne de nouveau rendez-vous plus tard, ailleurs. Il est temps pour nous de se remettre en route.

Notre ami Google Maps nous propose une route directe pour Cobán. Parfait pour nous sauf lorsque celle-ci commence à nous amener dans des sentiers de montagne, on préfère alors demander l’avis aux pompistes. Ils nous conseillent plutôt de faire le tour, plus long, mais plus sûr. On se retrouve alors à, à peine quelques kilomètres de Rio Dulce que nous avions prévu de faire plus tard. Qu’importe, soyons fou, on modifie l’itinéraire ! Direction donc les caraïbes.

Lac de El Remate, Péten, Guatemala

Rio Dulce est le point de départ de balades en bateau sur une rivière menant au Lago Izabal dans un sens et aux Caraïbes et Livingston, un village garifuna dans l’autre. On vous avoue que c’est surtout pour ce dernier et gouter à leur spécialité locale, le tapado, qui nous fait faire ces kilomètres. Le plat est une soupe de poisson, crevette avec des légumes, cuits dans du lait de coco. Rien que pour cela, on est content d’avoir fait le déplacement. On se balade dans les alentours et allons nous détendre sur un ponton où une madre y pêche le mojarra avec sa petite fille, un petit poisson qui pullulent les eaux du lac et qui est servi dans les comedores en friture.

Rio Dulce, Izabal, Guatemala

Sur le retour la démence des conducteurs guatémaltèques frappe encore. Une moto conduite par deux adolescents en tong, short, bien évidemment sans casque, nous coupe la route dans un virage. Hélène a beau crier, impuissante, le choc est inévitable. À à peine vingt kilomètres par heure, l’impact est quand même brutal, surtout pour eux. Premier réflexe, vérifier que tout le monde est vivant et en un seul morceau. Second réflexe, regarder l’ampleur des dégâts de notre voiture. Et le troisième, vérifier si les villageois, réunis en nombre, ne nous tombent pas dessus avec fourches et bûcher comme on a déjà pu l’entendre. Le pare-choc et l’avant gauche sont bousillés, mais la mécanique semble OK, enfin selon notre point de vue de novice en automobile. Les deux jeunes semblent plus choqués que cassés et sont emmenés à l’hôpital. On nous fait comprendre qu’il vaut mieux que nous ne traînions pas ici. Bien que nous ne soyons pas en tort, si les policiers arrivent cela n’arrangera pas nos affaires. Le message est passé, on décampe. De toute manière, pour la première fois depuis sept mois, nous n’avons pas d’assurance et les jeunes pas un sou. On quitte donc le lieu de l’accident, notre bout de pare-choc sous le bras. On se retrouve garé dans un coin de la ville, notre voiture tirant la tronche, une nouvelle fois cabossée. Les dollars des réparations hantent nos esprits.

Rio Dulce, Izabal, Guatemala

Pour la visite du château San Felipe de Lara, le tapado et le tour à Livingston, ce sera pour plus tard. On a le moral dans les chaussettes. Mais comme souvent, la roue tourne, le karma s’occupe de la suite. Cherchant un endroit où cuisiner, tout du moins ingurgiter quelque chose avant de se mettre dare-dare au lit, on se fait inviter à une fête dans le parc voisin. Enfin, HÉLÈNE se fait inviter à boire des bières pour un « anniversaire » créé rien que pour elle, Romain n’étant que l’encombrant +1. Ils nous avouent finalement que l’anniversaire n’était qu’un prétexte. Ils nous offrent bières et caldo de pollo. On parle de la vie au Guatemala, d’El Chapo, le baron de la drogue mexicain, de sport et politique. Deux d’entre eux sont lancheros, ils conduisent des barques pour les touristes. On nous invite à partir pêcher le lendemain avec eux, ne sachant pas s’ils s’en souviendront, mais le rendez-vous est pris. Le lendemain nous rendons visite à un garagiste qui nous rassure et nous chiffre les réparations à 800 Quetzals (100$ US), bien moins que ce que l’on estimait. On retourne au parc attendre notre lanchero, l’esprit un peu apaisé. Celui avec qui nous avions fixé le rendez-vous ne viendra jamais, par chance, son ami nous aperçoit au loin et vient nous proposer de le remplacer dès sa journée finie. On se dit que sobre il devrait y avoir moins de chance qu'il oublie également sa promesse. Notre bonne étoile n’est finalement pas si loin. À chaque mésaventure, une bien meilleure semble lui succéder.

Eduardo, Rio Dulce, Izabal, Guatemala

En dragueur qu’il est, Eduardo, notre compagnon de pêche, nous demande d’inviter une touriste australienne lisant sur le ponton. Nous partons donc tous les quatre dans le bateau avec une première escale en ville pour acheter le matériel de pêche et quelques courses pour la grillade de poisson du soir. Deux heures de pêche, un coucher de soleil et une vingtaine de poissons plus loin nous voilà fin prêts. Eduardo prépare les mojarra et allume le barbecue à l’aide de bouts de polystyrène, nous on s’occupe des accompagnements, guacamole, pico de gallo, salade et légumes grillés au feu de bois. Le poisson est parfaitement cuit et frit, les légumes aux émanations de plastique beaucoup moins.

Quel plaisir après les événements de la veille de passer un tel moment. Du poisson frais, des gens de différents pays, un repas dans la bonne humeur. La Buena Onda, comme ils ont l’habitude de dire ici, nous redonne du baume au cœur. On en oublierait presque l’accident. Faire des rencontres comme celle-ci est vraiment une des finalités de notre voyage et le pourquoi nous avons choisi ce moyen de transport qui nous fait côtoyer des locaux tous les jours. Cela rend notre voyage unique et savoureux, bien loin des sentiers touristiques.

Romain et son mojarra, Rio Dulce, Izabal, Guatemala

On prend la route de Semuc Champey, content de notre changement d’itinéraire, essayant de passer outre l’accident. En chemin nous faisons une pause à Mariscos, signifiant fruits de mer, un petit village hors de tout radar, pour s’accorder une halte le bord du lac Izabal. Difficile de faire plus calme, même les propriétaires de l’hôtel-restaurant où nous nous arrêtons ont déserté les lieux. On profite des installations et transats pour se reposer avant de reprendre la route. Cette dernière est relativement bien entretenue. Il y a peu de dos d’âne ou de trous comparés au Mexique. Nous ne savons pas si cela donne un excès de confiance aux automobilistes, mais ici ils n’ont pas froid aux yeux. Et que ça double un camion en plein milieu d’un virage de montagne, et que ça crée des troisièmes voies pour dépasser. On hésite si on préfère une mauvaise route avec de « bons conducteurs » ou de « bonnes routes » avec de mauvais conducteurs. On s’arrête en vitesse à Cobán. La ville ne nous inspire pas plus que cela. On décide plutôt que de s’arrêter y passer la nuit et partit tôt le lendemain pour Semuc Champey, de prolonger le plaisir et de s’ajouter deux heures de route en colimaçon dont une heure de sentier de terre de nuit sous la brume. On arrive enfin à Lanquín, la ville de départ pour le site. On se gare sur la place du village et sortons notre popote pour cuisiner. Aucun de touristes à l’horizon dans cette ville pourtant stratégique et bondé d’auberges. Quelques locaux, dont un particulièrement éméché, viennent nous aborder et nous questionnent sur tout notre attirail. On dénote un peu des autres visiteurs bien souvent cloitrés dans leur chambre. On se lève tôt après s’être renseigné sur l’état de la route on se lance à l’assaut de Semuc Champey. Première étape, la route, une heure pour quinze kilomètres. Le sentier est pentu et tortueux à souhait.

Détente au lac Izabal, Izabal, Guatemala

Des sortes de rails en béton pour voiture ont été installés pour aider les conducteurs à gravir et descendre. On se dit qu’il ne vaut mieux pas qu’il pleuve sinon, pour le retour, on est foutu. Heureusement, la météo est avec nous, ciel dégagé, aucun nuages à l’horizon ni de touristes du moins pour le moment. La peine endurée par notre roulotte en vaut la chandelle, on randonne pour se rendre jusqu’à un mirador. La vue qui nous est offerte est à couper le souffle, des hélicoptères survolant même le lieu avec des touristes à leur bord. Au milieu de gorges verdoyantes coule une rivière d’un vert légèrement plus clair. Tout au long de ce cours d’eau des piscines naturelles se sont créées, l’eau passant de l’une à l’autre via des cascades. On y restera de l’ouverture à la fermeture tellement le lieu nous enchante. On y rencontrera une Québécoise en vacances ayant, elle aussi, tout quitté pour voyager ainsi qu’un navigateur français qui écume les océans depuis près de deux ans avec en ligne de mire un mouillage à New York City avant de repartir faire le tour de l’Amérique Latine.

Après avoir hésité à se joindre à eux pour un verre dans le fin fond du canyon, on se montrera raisonnable. Ni l’idée de remonter de nuit ni l’idée d’attendre l’averse ne nous réjouissent, on retourne donc passer la nuit à Lanquín. On est ravi de la découverte, cela a beau être l’un des endroits les plus touristiques on ne se sent pas acculé par la foule et le paysage en vaut toute la difficulté de s’y rendre.

Grutas Del Rey Marcos, Cobán, Alta Verapaz, Guatemala

On retourne à Cobán visiter las Grutas Del Rey Marcos. On part y découvrir, comme le nom l’indique, des grottes. À l’aide d’un guide, de casques, de lampes frontales et de bottes en caoutchouc, on se balade, trente minutes durant, dans les étroits tunnels où l’eau nous arrive parfois jusqu’au genou. Le guide nous explique que, parfois, à la saison de pluies, il faut nager pour arriver au bout. Au fond du tunnel des cérémonies religieuses mayas avaient lieu. On fait le noir complet pour se recueillir, s’imprégner de cet endroit sacré. Nous qui ne dormons plus dans une chambre depuis longtemps on se demande quand pour la dernière fois nous nous sommes plongés dans un noir aussi complet. C’est si rare et si intense qu’on ne sait comment le gérer. On ne sait pas si on doit bouger ou rester immobile dans ces moments de profond recueillement. L’inconfort et la solennité du moment nous feront briser le silence. On aurait bien aimé y passer plus de temps, s’aventurer plus loin dans les méandres de la grotte, mais l’heure c’est l’heure et le temps c’est de l’argent. Hormis la grotte, une rivière et des randonnées sont possibles, malheureusement la météo n’est pas avec nous et une fine bruine nous attend à la sortie. C’est dommage, car le lieu se prêtait plutôt bien à la détente.

Grutas Del Rey Marcos, Cobán, Alta Verapaz, Guatemala

De retour à Cobán, pour la troisième fois, on fait le tour du marché qui semble s’étendre sans fin dans toutes les rues. Le jour suivant on se met en route pour Chichicastenango, le plus grand marché du pays. Pour s’y rendre cent cinquante kilomètres selon la carte cinq heures selon le GPS. Effectivement, une fois de plus, les routes sont catastrophiques si ce n’est inexistantes. Non seulement c’est long et fastidieux, on abîme la voiture et autre point, on s’est trompé de jour. Le marché n’est pas demain, mais après-demain. On a commencé, on continue pas le moment de faire machine arrière. D’autant plus que l’on a déjà fait vingt kilomètres, ce qui n’est pas négligeable ici. Changement de plan, on file à Panajachel sur les bords du lac Atitlán tout en passant par Chichi. La ville est animée, mais pas de marché à l’horizon. Ce n’est pas si grave, car celui de Sololá beaucoup moins touristique, mais tout aussi impressionnant a lieu ce jour. On se gare, on sort pour aller s’y promener, le pantalon léger, étrangement léger. Le portefeuille avec les cartes d’identité originales, le permis de conduire, les cartes de crédit et quelques dollars n’est plus, feu lui. La panique. On a plus de cash de côté, du tout, et toutes nos cartes sont portées disparues. On fouille la voiture de fond en comble, rien. On retourne en vitesse avec tout le trafic de camion qui semble sans fin jusqu’à notre dernier stop, quelques kilomètres auparavant. Évidemment on ne trouvera rien. Des larmes de colères commencent à monter. Comment avoir été aussi stupide de tout mettre au même endroit. L’argent on en avait peu, mais ce sont surtout les cartes qui sont problématiques. Comment faire sans elle dans ce monde Visa/MasterCard. Pas de marché ce soir, mais deux bonnes heures à faire une déposition à la police, juste pour la forme.

LanquínAlta Verapaz, Guatemala

Dans notre bêtise on aura tout de même la chance d’être proche d’une ville touristique, Panajachel. On va pouvoir faire les démarches, attendre d’hypothétiques nouvelles de la police et s’autoflageller le temps que tout rentre dans l’ordre. En moins de trois jours l’accident puis cela on se dit que le Guatemala ne veut pas de nous. On espère que le magnifique lac qui nous fait face et ses somptueux volcans en surplombs sauront malgré tout nous rendre le sourire.