Belize, Initiation à la culture Garifuna

 

Nos larmes de crocodile séchées, on passe la frontière bélizienne. Un semblant de fumigation de voiture et une assurance achetée sur le coin d’une table plus loin, nous voilà au Belize. De ce pays nous ne savons pas grand-chose si ce n’est qu’il possède la deuxième plus grande barrière de corail au monde, que son peuple est le seul anglophone de toute l’Amérique centrale et que le coût de la vie y est relativement cher. Allons essayer d’en apprendre plus sur ce bout de terre à flanc de Caraïbes !

Caye Caulker, Belize 

On commence notre exploration par une ville côtière non loin de la frontière avec le Mexique, Corozal. Tout de suite la différence avec ce dernier saute aux yeux. Les Béliziens sont un grand mélange de différents peuples. Ici se côtoient Mayas, Créoles, Garinagus, Métisses et Mennonites. Les habitations dénotent aussi. Les maisons sont grandes et ont un semblant de style victorien. Elles sont massives et solides. Nous avons notre première rencontre avec un local. La communication est difficile. Soit notre anglais est rouillé soit son mix avec le créole ne fonctionne pas avec nous. À notre avis c’est un peu des deux. On commençait plutôt bien à se débrouiller avec l’espagnole qu’il faut retourner à l’anglais et tout en s’essayant au créole… Ici on découvre les Chicken Bus, d'énormes school bus américains qui ont été réhabilités en car pour locaux, de la couleur à foison en plus.

Le soir même nous avons rendez-vous avec James, notre hôte CouchSurfing à Orange County. On se balade dans le centre-ville et il ne faut pas dix minutes pour que Paul, une figure locale de la ville, selon lui l’ancien Pelé du Belize qui a du tout arrêter à cause d’un tacle trop appuyé d’un adversaire jaloux de son talent, se joigne à nous et entame la discussion. Il nous fait faire le tour de la ville, nous présente différents commerçants et nous donne des recommandations pour visiter son pays. Une nouvelle fois on nous déconseille grandement Belize City. À voir comment on fera pour accéder aux Cayes. Sugar Town tire sur surnom de la grande densité de champs de cannes à sucre. Et qui dit sucre dit rhum. Accompagné de James on part visiter une distillerie, Cuello, la plus connue du Belize. Ils nous expliquent le procédé, les différentes bouteilles et alcools produits. La fin de la visite arrive et nous n’avons toujours pas eu le droit au Graal, la dégustation de produits. On s’apprête à demander au guide, qui est un employé, lorsque celui-ci s’éclipse. Il revient quelques minutes plus tard, chargé de trois bouteilles de un litre de rhum chacune en guise de présent. Pas de dégustation aujourd’hui, mais on ne fera pas la fine bouche.

Chez Ian, Belize City, Belize

Nous arrivons à nous trouver un hôte à Belize City et décidons donc de nous y rendre, bravant tous les avertissements sur le lieu. Ian nous accueille chez lui, non loin du centre-ville. Il nous fait partager sa culture, un subtile mélange de guarafuna et de créole. Un échange n’est jamais complet tant qu’il n y a pas eu de nourriture. Il nous prépare la spécialité nationale, le rice & beans. Même si cela peut paraitre simple et banal, le sien est délicieux. Les haricots sont mixés pour en faire une bouillie à laquelle il ajoute des oignons caramélisés et, comme la plupart des plats ici, du lait de coco. Un régal. De notre côté on lui fait découvrir la jicama le tout arrosé de jus d'orange frais.
Nous partons prendre le bateau pour Caye Calker avant de revenir passer une seconde nuit chez Ian. La mission du jour est de trouver un parking, si possible gratuit, si possible gardé, car il n’est pas recommandé de laisser sa voiture, qui plus est rouge et étrangère, seule dans les rues de la ville plusieurs nuits consécutives. Après s’être fait refuser le stationnement par la police on décide de se payer un gardiennage dans un hôtel. On peut désormais partir serein.

Bella's Hostel, Caye Caulker, Belize

On débarque sur une ile, au milieu des caraïbes, sans aucune terre à l’horizon si ce n’est la barrière de corail. À pied nous arpentons ce bout de terre à la recherche d’un spot pour poser la tente. Une nouvelle fois on échouera, préférant la planter dans la cour d’une auberge. Pour la première fois depuis plus de six mois nous voilà au milieu d’étrangers des quatre coins du monde. Peut-être à cause de notre mode de transport qui fait que l’on ne croise peu voire pas de backpacker, on se sent un peu diffèrent d’eux. Cela nous passe vite. On discute avec nos voisins de palier, Yuleidy, une colombienne de Medellín et Ignacio, un Argentin du Sud. Ils voyagent ensemble depuis plus de deux ans en enchainant plaisir et travail grâce à des jobs en freelance. L’idée nous semble parfaite. Ils n’ont besoin que d’une connexion internet et peuvent faire leurs taches n’importe où dans le monde, le job de nos rêves. Promis, dès qu’on aura du temps on y jettera un œil. Comme nous ils sont tombés en amour avec le Mexique et comme nous ils se dirigent vers le Guatemala.

Caye Caulker, Belize

Pour en revenir à l’ile, une fois descendu du bateau on se croirait en Jamaïque. Des drapeaux aux couleurs verts, noirs, jaunes, rouges flottent partout. Les chansons de Bob Marley font office de bande-son. Les dreadlocks y sont de rigueur. Quel dépaysement après Belize City ! L’ile est toute petite, un peu à l’image d’Isla Mujeres. Il y a peu voire pas de belles plages, mais toute une multitude de pontons, avec, selon les moyens du propriétaire, des hamacs, chaises longues et palapas. L’eau y est chaude et turquoise, et malgré les remous, on peut apercevoir non loin de la rive, requins et raies. À cause de la tempête Hattie en 1961, l’ile a été coupée en deux, laissant au Nord une portion d’ile sauvage, inhabitée. À l’endroit de la séparation, nommé le Split, se dresse un bar où les touristes viennent se presser pour se dorer la pilule, un cocktail à la main sur un fond de techno.

Caye Caulker, Belize

L’autre attrait de l’ile, hormis son ambiance et atmosphère roots qui fait que les gens y viennent pour une nuit et y restent pour beaucoup plus, réside dans les spots de plongée. Après le demi-échec de Cozumel on retente notre chance. On arrive à trouver une agence acceptant de nous faire plonger en même temps. Premier bon point, on fait les essais du matériel AVANT de monter dans le bateau. Le superviseur, Carlos, a l’air pro et explique à Hélène les rudiments de la discipline. S’en suit une séance en eau peu profonde pour la mise en application. Elle s’en sort comme une chef et impressionne l’enseignant de par son calme et son confort sous l’eau. On peut donc y aller, tous ensemble cette fois. Rendez-vous à près de vingt-cinq mètres sous l’eau pour son baptême. Bien qu’une telle profondeur ne soit pas préconisée pour une première plongée, cela ne nous dérange pas et, de toute manière, on ne se rend pas compte de la profondeur.

Plongée à Esmeralda Canyons, Caye Caulker, Belize 

De retour sur le bateau pour les quarante minutes de pause réglementaire, Denzel, notre autre moniteur, nous a préparé un florilège de fruits exotiques, le tout dégusté au beau milieu de l’eau entourée d’îlots et d’eau turquoise. Parfait pour se remettre de nos émotions et y retourner, cette fois à dix-huit mètres. L’eau est un peu trouble et les fonds pas si colorés que cela, mais on nage à travers des crevasses et passons quelques minutes à jouer avec les requins, à caresser leur peau rugueuse. C’est officiel, Hélène est "plongéistiquement" baptisée. Il ne lui faut pas plus de cinq minutes pour vouloir prolonger l’expérience et passer son premier niveau. C’est ça le problème avec la plongée, une fois que l’on commence il est difficile de s’arrêter. Pour clôturer cette sortie, Denzel et Carlos tentent de nous dénicher une curiosité de la nature nous avons nommé l’hippocampe. 

De retour sur la terre ferme nous partons en virée pour aller admirer le coucher de soleil sur la mer des caraïbes. On emprunte le canoë de l’hôtel et on s’en va au large, faire face à cet énième spectacle de la nature. Cormorans et poissons sont de la partie. Le lendemain on décide de ne rien faire, hormis un peu de snorkling. On se prélasse de hamacs en transats, les pieds dans l’eau. Le slogan de l’ile Go Slow nous convient parfaitement. De même que le No Shirt, No Problem, No Money Big Problem. Lors de nos balades nocturnes, ça sent le poisson grillé, le beurre d’ail et la langouste. C’est officiel cette île est un paradis.

Caye Caulker, Belize

On retourne sur le continent retrouver notre voiture qui nous attend sagement. Tout est en ordre, rien ne manque. On passe donc comme prévu notre seconde nuit avec Ian. Il nous a de nouveau concocté un superbe repas caribéen. Sa salade de pommes de terre est délicieuse, elle accompagne du poulet, et le traditionnel Rice & Beans. Pour le remercier, on sort notre bouteille de rhum bélizien. Juste un verre à partager, pour gouter. C’était sans compter sur la soif de notre hôte et de ses amis venus pour l’occasion. Entre deux chansons de reggaeton, le contenu de la bouteille disparait en un claquement de doigts. Il ne fallait pas être distrait. Enchanté par cette rencontre et d’en avoir appris plus sur la culture guarafuna, on roule vers le sud et Placencia.

Placencia, Belize 

On longe la côte caribéenne pour se rendre à Placencia petit village de bord de plage. L’ambiance y est calme et paisible. Nous y retrouvons RJ, notre hôte CouchSurfing qui nous emmène chez lui. Il habite en périphérie du village dans une bicoque non loin de la mer. Conçu de trois planches de bois, de huit clous et de bouts de ficelles, sans eau, toilette ni électricité, mais avec un toit et un lit. Que demander de plus. Il nous propose d’aller manger dans une cantine locale. On le laisse commander pour nous. Résultat, pain frit et poisson frit pour Hélène, queue de porc en sauce pour Romain. Niveau expérience culinaire c’est parfait, niveau gustatif c’est raté. Une assiette de gras en sauce et de la friture. On se rattrapera une autre fois. Cet ancien policier reconverti en barman nous conseille vivement San Ignacio, à la fois pour son atmosphère, son architecture et ses attraits touristiques proches. Après ses recommandations culinaires, on se méfie. On ira s’y faire notre propre opinion. On remonte vers Hopkins, un autre petit village de bord de mer. La météo peu clémente ne nous laissera pas suffisamment profiter de l’ambiance garifuna des lieux. Dommage, car nous n’en avions eu que de bons échos.

On prend alors la direction de Belmopan, cette ville au centre du pays nouvellement choisie pour être la capitale à la place de Belize City et son instabilité climatique. Toujours à cause de cet ouragan Hattie en 1961, Belize City fut détruit presque en totalité, poussant le pays à déménager sa capitale. Après une heure à marcher dans le centre, on a vite fait le tour des points d’intérêts. Pour une capitale cette ville est relativement fantomatique. On n’y passera qu’une nuit chez Andrew un Puerto Ricain travaillant pour l’ambassade des États-Unis. Sa maison est immense. Il vit seul dans cette maison de quatre chambres, deux étages. Tout est neuf ou le semble. La cuisine est parfaitement équipée. Toute une ribambelle d’épices y trône, pour la plupart encore emballées. On se croirait dans une maison témoin. On partage un somptueux repas avec notre hôte. Risotto aux légumes, parmesan et chorizo, accompagnant un filet de tilapia grillé. La joie de retrouver une si belle cuisine. On s’y verrait y rester la semaine, mais d’autres pépites de la nature nous attendent sur le chemin du Guatemala.

On repère un parc pour y faire de la randonnée. Depuis les États-Unis, hormis les balades en ville, nous ne sommes plus trop actifs. Un peu de nature nous fera le plus grand bien. Mountain Pine Ridge n’est qu’à quarante kilomètres de la route principale. Cela nous laisse toute la journée pour en profiter. Sauf que l’on mettra plus de deux heures à faire la moitié de la route et que le temps se couvre. Craignant de ne pas être capable de faire demi-tour sur cette nouvelle route de terre une fois la pluie arrivée, on rebrousse chemin. Manque de chance, une fois à San Ignacio, le soleil est de retour, plus puissant que jamais. On découvre que l’on aurait pu passer la nuit au cœur du parc, au milieu de la jungle. Un peu plus d’audace sur ce coup aurait été de mise. Sur le retour vers San Ignacio on s’arrête à Barton Creek Cave pour y explorer des grottes autrefois utilisées par les Mayas. Le prix annoncé plus proche des standards américains que ceux d’Amérique Centrale nous rebute. On se contentera d’une courte randonnée en altitude et d’une traversée de rivière en voiture. Une bonne montée d’adrénaline après tous les pépins que nous avons pu avoir avec. Nous arrivons donc dans la ville, le point de départ de tout un tas d’attractions touristiques. La ville est mignonne, mais ne nous emballe pas plus que cela. Chaque activité se paye au prix fort, ici tout appartient à des propriétaires privés, l’état n’intervient pas là-dedans. Et c’est dommage, car de jolis petits endroits ne sont pas accessibles à toutes les bourses. C’est décidé, on passera la frontière aujourd’hui même, direction le Guatemala !

Tapir Mountain, Cayo, Belize 

Le Belize est un superbe pays avec une culture à part entière. Elle fait figure d’intrus au milieu de tous ces pays hispanophones, c’est ce qui en fait sa beauté, son mystère. On a su être charmé pour ses îles paradisiaques, son ambiance reggae. On pense malgré tout que si l’on veut en savourer tout ce qu’il a à nous offrir il vaut mieux s’y rendre le porte-monnaie plus garni que le sac doc. Le pays ruisselle de choses à faire. Dans un autre contexte, peut-être en aurions-nous plus profité.