Farniente le long de la Riviera Maya

Tant d’images de ces plages paradisiaques aux eaux turquoise, le sable fin et chaud sous les pieds, les cocotiers en guise de parasol, une noix de coco dans une main, un livre dans l’autre, trottent dans nos têtes de voyageurs. Plus que quelques pas et nous y voilà.

Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexico

Tulum est la première étape parfaite. Associant ruines et bord de mer, elle a su plaire aux touristes des complexes hôteliers et autres resorts de la fameuse Riviera Maya. Pour notre part on en sortira globalement déçu. Point de structures monumentales, de sculptures incroyables. Tulum était un ancien port commercial important jusqu’au XIVe siècle.  On y découvre  ici les vestiges d’un village plutôt que ceux d’une civilisation conquérante et belliqueuse. Additionner à cela une foule comme jamais, même à l’ouverture, pour un site relativement petit. Par contre, l’association caraïbe et ruines est de toute beauté. Peut-être plus excité à l’idée d’aller se mettre à l’eau que de faire la file indienne pour en soutirer de jolies photos, on ne tardera pas trop dans cette dernière zone archéologique. Autre point d’excitation, quatre amis français du Québec nous font la joie de nous rejoindre pour passer une dizaine de jours ensemble, à longer la côte. Ajoutez à cela la famille de Romain et vous avez le parfait alliage pour les prochains jours et le Nouvel An.

Avant ces retrouvailles, il est l’heure de gouter l’eau des Caraïbes. Direction Akumal. Un peu à l’écart de la plage touristique on part se poser dans les rochers. On enfile masques et tubas, les indispensables de la région, et c’est parti pour notre première baignade caribéenne. Quelques poissons et beaucoup de courant plus tard on rentre s’échouer sur la plage. Le cocktail en haut d’une cabane surplombant la baie parfait cette journée. Le paysage de carte postale par excellence. Nous tombons sous le charme de cet endroit et décidons d’y revenir plus tard, juste nous deux. Il faut dire que la plage principale est connue pour être le refuge des tortues de mer venant dévorer les herbes marines et y pondre en début d’année. On ne verra pas la ponte, mais une dizaine de ces animaux somptueux. On nage avec eux, à à peine quelques mètres du bord, replongeant ainsi dans notre enfance, « sous l’océan ».

Snorkeling, Puerto Morelos, Quintana Roo, Mexico

Les récifs de Cozumel, Quintana Roo, Mexico

Nous avons élu domicile pour les prochains jours à Puerto Morelos, toujours sur la cote caraïbe. Après avoir emprunté l’autoroute pour nous y rendre, croisé plus de resorts luxueux que ne peut en contenir le Strip de Vegas, on semble être tombé dans le village gaulois refusant de succomber à la folie des constructions impériales. On ne parle pas là de maisons en bois et tôle ondulée comme à Celestùn, mais la ville est à taille humaine, tant en superficie qu’en hauteur. La dernière petite perle de la Riviera Maya. Nous partons faire la surprise à nos amis d’aller les récupérer directement à l’aéroport de Cancún. Quelques cris stridents plus loin nous voilà tous les cinq dans la voiture, le sixième larron, Houssem, nous rejoint en bus depuis le Belize après un périple de plusieurs mois entre Amérique Latine et Centrale. Nous voici tous réunis, une bière à la main, dans notre appartement avec vu sur la mer, piscine sur le toit. On sent que ce séjour va être particulièrement idyllique.

Entre deux siestes sur la plage, un peu de beach-volley sous les regards atterrés des pros locaux, de freesbie, on se décide à explorer la barrière de corail. On part tous ensemble, en barque, avec notre guide. Après deux heures de snorkling, on aura entre autres aperçu une raie tigrée, une tortue, un requin-nourrice et des petits poissons de toutes les couleurs. On a hâte de se lancer dans la plongée, la vraie, avec bouteilles, détendeurs et tout le toutim !

Ce soir c’est le Nouvel An. Et qui dit quelque chose à fêter dit obligatoirement nourriture à profusion. Le thème de la soirée, tous au fourneau ! Chacun prépare quelque chose de son choix. Un véritable potluck de fin d’année. Ceviche mixte de pulpe et poisson, poulpe grillé, guacamole, wrap au poulet, Yucca et sa sauce tomate oignon et mojitos. Pour digérer ce festin, on sort faire un tour sur la plage, voir si d’autres que nous prolongent également les hostilités. Nous avons eu le nez fin. Un concert de bachata tout droit venu de Colombie a lieu sur la plage. Ça danse, ça boit, locaux comme touristes, le tout dans la bonne humeur, la décontraction et l’ébriété. On finira la soirée allongé dans le sable à regarder les étoiles en essayant de comprendre le pourquoi du comment sur le fait que, selon notre position sur la terre, les étoiles changent de position et le croissant de lune n’a pas la même orientation… La réponse de cette discussion de fin de soirée attendra 2016 et notre ami google. L’heure n’est pas à la réflexion, mais plutôt à la relaxation.

Le jour des aux revoirs est arrivé. La famille de Romain nous quitte et s’en retourne dans la grisaille de l’hiver parisien après une incartade sous le soleil de notre présence. Ne sachant ni où ni quand on se retrouvera, on se donne rendez-vous plus tard, quelque part. On serre les dents et les fesses, pas de larmes aujourd’hui, juste un pincement au cœur et de beaux souvenirs à ramener dans les bagages. L’avantage d’avoir un fils/frère qui voyage est l’opportunité de le voir à l’autre bout du monde dans des endroits paradisiaques, mais l’inconvénient est l’inconnue de la date…

Akumal, Quintana Roo, Mexico

Passé ces moments d’émotion intense, on prolonge l’aventure avec nos amis. Les visites des îles de Cozumel et Isla Mujeres sont au programme des prochains jours. Nous nous établissons à Playa Del Carmen, ses rues animées, de la techno à fond, des gens saouls, des néons aveuglants. La ville est amusante, du moins si on veut faire la fête. Très peu pour nous dans notre optique du local et de la découverte culturelle. Une session de plongées nous attend à Cozumel où nous devons rejoindre Antoine, le fils de Marie-Françoise, rencontré à Celestùn. Avec un ami trompettiste, Mario, ils viennent faire une cure de plongées dans ces spots reconnus pour faire partie des plus beaux au monde. On prend donc le traversier pour se rendre sur l’île, muni d’une tente pour s’essayer au camping sauvage. On trouve bien un endroit où la poser, proche de la ville, face à la mer, mais la proximité avec les itinérants alcoolisés nous pousse à faire demi-tour. Ce soir on dort avec les copains à l’hôtel !

Hissage du drapeau à Cozumel, Yucatan, Mexico

On passe notre première journée sur la plage sauvage, de l’autre côté de l’île, loin des énormes et hideux complexes hôteliers avec leurs plages privées hors de prix. Ce petit bout de nature nous convient parfaitement, dommage que ce soit si loin du centre, sinon on se serait bien vu y poser la tente, seuls, face à la mer, avec pour unique compagnon le bruit des vagues. Ce sera pour une autre fois. Il faut prendre des forces, demain il y a plongée, baptême pour Hélène, Sean et Carole, simple nouvelle plongée pour Houssem et Romain. Kim, quant à elle, s’en va vadrouiller sur l’île, à la découverte d’un peu de culture.

Avide d’économies on engage le bateau le moins dispendieux. Cela ne s’avèrera pas notre meilleure idée comme le prix aurait pu le présager. Arrivés sur place ils ne nous demandent pas nos certifications, nous n’avons ni gilets de sauvetage ni combinaisons au contraire de tous les plongeurs que nous croisons sur les bateaux voisins. Le matériel semble obsolète et le bateau trop petit pour nous dix. Petit plus, la mer est agitée comme jamais. Quoi de mieux comme conditions pour un baptême. Les expérimentés plongent en premier. Sous l’eau tout va bien, elle n’est pas si froide que cela tant que l'on nage. Tout est paisible, calme, silencieux. On ne se rend pas compte des remous en surface. On se balade quarante minutes à la recherche de grosses prises. Une nouvelle fois on croise des requins nourrices, raies, tortues et même une murène ainsi qu’une langouste, que nous laisserons tranquille à regret. C’est déjà fini, il faut remonter, plus personne n’a d’air. Une fois sur le bateau la mer est encore plus déchainée. Sean est malade comme jamais, blanc comme l’écume de l’océan. En attendant la fin de la première session, le deuxième groupe s’essaye au snorkling, toujours sans gilet. Ils se font chahuter par les vagues et perdent de vue le capitaine du « bateau » jusqu’à ce qu’une embarcation voisine l’en avertisse. Pas terrible pour la mise en confiance. L’océan refuse de se calmer. Quelques appels au port plus tard, la décision est prise, nous rentrons à quai. Sage décision il nous semble. Trop dangereux de s’aventurer, qui plus est pour un baptême. Pour parachever le périple, le bateau ne démarre pas. Le pilote se lance dans une réparation à l’aide d’un couteau et de duct tape. Il mord les fils et les dénude, les coupe et en bateau Simone. Le retour est une aventure à part entière, humide et chahutante. Sean ne bouge plus. On est trempé de la tête aux pieds, mais toujours dans la bonne humeur. La mer ne voulait pas de nous et c’est elle qui a toujours le dernier mot. À défaut de baptême de plongée, on aura eu un tour de bateau gratuit.

En dehors de la plongée et la fête, il n’y a pas grand-chose à faire à Cozumel. On se rabat donc sur la deuxième alternative le soir venu. Antoine, Mario, Carole et nous deux sortons boire quelques bières et le lendemain rebelote dans un bar à Jam Session où Mario, musicien de génie, vient se mêler aux Mexicains, admiratifs devant la dextérité du gringo. Une belle soirée qui conclut notre périple à Cozumel et notre rencontre avec Antoine. Tout de suite un feeling s’est créé entre nous. La connexion des humours grinçants franco-québécois. Nous prenons date pour une future plongée, à l’autre bout du monde. Entre globetrotteurs on devrait y arriver.

La route avec nos amis français se sépare le temps d’une journée. Ils s’en vont visiter Chichén Itzá et Valladolid pendant que nous on retourne se dorer la pilule à Puerto Morelos. Rien de bien palpitant si ce n’est ces policiers venus taper au carreau de la voiture en pleine nuit. Il fait chaud et nous dormons en sous-vêtement, Romain torse nu. Ils nous reprochent notre tenue indécente dans ce pays catholique où les locaux se baignent en T-shirt et short. Ils veulent nous emmener en garde à vue pour quarante-huit heures. On comprend le message, il faut mettre la main à la poche. Pas question. Ahuri de leurs explications, on se défend tant bien que mal et refusons. Ils ne lâchent pas prise. Okay, ils veulent jouer au plus con et bien ils sont tombés sur les mauvais, parce que nous on l’est particulièrement quand il  le faut. Romain sort donc dans la rue, en pleine nuit, en caleçon, torse nu et demande si, pour la garde à vue on a le droit d’emmener un livre et si on doit tout de même se rhabiller. Voyant qu’on ne cède pas ils nous demandent quand même de leur donner de quoi se payer un café. Niet. On garde nos pépettes pour le voyage. Non, mais oh !

Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexico

Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexico

Nous retrouvons nos amis dans la Sin City mexicaine, Cancún. Un peu à contrecœur c’est vrai, mais pour accéder à Isla Mujeres c’est le plus simple et le moins couteux. Après Cozumel on s’attaque à une nouvelle île que nous espérons plus sauvage. Nous n’y avons rien prévu si ce n’est de marcher et de se perdre dans cette île qui fait à peine quelques kilomètres de long et parfois à peine une centaine de mètres de large, si bien qu’à certain moment, d’une plage à l’ouest on aperçoit la plage à l’est. On arrive jusqu’à un bar de plage pour déguster avec nos amis le dernier cocktail au coucher de soleil sous les cocotiers avant leur retour dans le rude hiver montréalais. Le bar est une oasis de tranquillité. Nous sommes les seuls clients, les touristes se cantonnant au « centre-ville ». Le décor est parfait. Entre le calme du lieu et la douceur du soleil couchant, on ferme les yeux pour en profiter au maximum. On se tente à aller voir le petit groupe de pécheurs sur le ponton et leur achetons quelques poissons à se faire griller à l’appartement, le tout sera bien évidement accompagné d’une ultime Margarita.

Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexico

Les adieux sont toujours un peu tristes, mais ce n’est rien en comparaison du plaisir que nous procure chacune des visites. Amis ou famille, c’est toujours une immense joie que de recevoir la visite de personnes se déplaçant à l’autre bout du monde pour nous voir, sûrement aussi pour le lieu, mais égoïstement, on s’approprie la gloire de la visite. On essaie de prendre rendez-vous pour le prochain voyage, Colombie, Équateur, Bénin, affaire à suivre !
Nous repartons donc après un mois de confort, de lit, de cuisine, d’amis, de famille, de nourriture, de boisson, en d’autres termes, d’extase. Il est venu l’heure de se mettre en route, de refaire notre lit et d’avancer dans notre périple.

Par curiosité on s’autorise une escapade dans la zone hôtelière de Cancún, là où se juxtaposent tous les hôtels all-inclusive. On traverse l’un d’eux et profitons des installations chaises-longues, douches à notre disposition. La plage est magnifique, on comprend pourquoi tant de gens viennent s’y prélasser, ne faisant rien d’autre que de la plage, du buffet et l’open-bar. Après tout pourquoi pas, qui sait un jour, pour se remettre d’un burnout.

Cancun et sa riviera maya, Quintana Roo, Mexico

La tranquillité nous manque après dix jours sur la Riviera Maya. Nous jetons notre dévolu sur Mahuhual, à deux heures au sud de Tulum. Plus au nord de la petite péninsule, rien, plus au sud, rien non plus si ce n’est des villages encore plus petits. Pas de bâtiments de plus de deux étages, quelques touristes, hippies pour la plupart. L’ambiance nous sied mieux. On paressera deux nouveaux jours sur la plage, d’hamac en hamac, à faire du snorkling jusqu’à la barrière de corail accessible à la nage. Un océan de quiétude. Notre dernière étape en ce qui concerne les caraïbes mexicains.

Mahahual, Quintana Roo, Mexico

Toujours au sud, en direction du Belize voisin, on s’arrête à Bacalar et sa lagunas de los siete colores. Le lieu tire son nom du dégradé de couleurs dû aux changements de profondeur des lagunes alimentées par des rivières souterraines. Nous sommes encore en plein registre eaux turquoises, sauf qu’ici elles sont non salées. Plus besoin de se creuser la tête pour aller se doucher, on sort le savon et l’affaire est réglée. On y passera deux jours à errer sur les pontons, à préparer la suite de notre voyage. La nostalgie commence à se faire sentir. Après tant de bons et beaux moments au Mexique on se demande s’il sera possible de faire mieux ou, tout du moins, l’égaler. Après tout, on a un visa de six mois à moitié utilisé ! Mais non, il faut savoir aller de l’avant, partir à l’aventure et sortir de sa zone de confort. De toute manière on sait que l’on y reviendra. Le Mexique a tant à offrir qu’un seul voyage aussi court serait trop réducteur. Tant de paysages encore à découvrir, de nourriture à gouter, de culture à côtoyer, de chaleur humaine à partager. Ne reste plus qu’à se trouver un créneau.

Nos amis Gallois, Bacalar, Quintana Roo, Mexico

À Bacalar nous avons la chance de rencontrer d’autres voyageurs véhiculés comme nous. On peut les classer en deux catégories, les optimistes, ceux pour qui le voyage est un rêve, qui, malgré les pépins rencontrés, positivent toujours, donnent des conseils sur telles ou telles choses à faire. De l’autre côté, les pessimistes, sur la défensive, à déconseiller telles ou telles activités, lieux, personnes, pas les mieux à rencontrer pour se faire une idée d’un pays. On préféra passer du temps avec des Gallois du premier groupe. Ils en sont à leur deuxième gros périple, toujours avec la même voiture, un gros 4x4 avec une tente pliable sur le toit, difficile de passer inaperçu, mais au moins ils ne se cachent pas. Après un départ du Pays de Galles, pour se rendre en Afrique du Sud en passant par la Syrie, les voilà à remonter l’Amérique de Patagonie à New York. La classe. Nous sommes à la fois un peu jaloux, mais surtout admiratifs. On échange les bons plans, on partage vin, bières et chocolats. On aime bien ce genre de rencontre, on se sent moins seul dans notre quête d’aventure.

Les lagunas de Bacalar, Quintana Roo, Mexico

On s’arrête à Chetumal, ultime ville pour finaliser le passage de frontière, faire le plein de courses, car il n’y a aucun supermarché au Belize. On dépense nos derniers pesos et on se dirige vers notre troisième frontière. On quitte le Mexique le cœur gros comme ça. On croise les doigts pour que le reste du voyage soit aussi bien que ce magnifique pays. Mais ça, on ne le sait pas. Un peu de mystère rend le périple plus excitant. Prochain pays, le Belize, son peuple anglophone et sa culture guarafina.