Un hiver au Yucatán

Étape importante, au combien marquante dans la vie d’un voyageur, nous avons nommé la visite de proches. Qui plus est quand ceux-ci s’avèrent être les parents, frère et belle-sœur, et plus encore pour les fêtes de fin d’année ! On vous passera la scène d’embrassades larmoyantes et autres moments forts de retrouvailles. L’important est qu’ils soient là, avec nous, pour passer dix jours dans la péninsule du Yucatán. Notre mission sera de leur transmettre notre amour pour ce beau pays et essayer, avec le peu de temps imparti, qu’ils en repartent aussi charmés que nous le sommes. Pas la mission la plus difficile qui nous ait été confiée.

Les salines au soleil couchant, Celestùn, Yucatán, Mexico

On se rejoint donc à Valladolid, une ville d’architecture coloniale, à mi-chemin entre tourisme et authenticité. Notre premier stop sera, bien évidemment, le marché municipal. Si l’on veut connaitre une ville, une région, ses habitants, c’est ici et nulle part ailleurs qu’il faut se rendre. Nous leur faisons donc découvrir l’une des raisons de notre coup de cœur, la diversité et l’omniprésence de nourritures. Des fruits exotiques chez nous, justes ordinaires ici, des épices multicolores aux odeurs indescriptibles, et pour finir, des stands de bouffe, ou comedores, où cela cuisine au jour le jour, la main dans la nourriture, de délicieux petits plats. Nous allons mettre à l’épreuve leur système immunitaire et voir de quoi ils sont faits. Ils réussiront avec brio notre challenge, la suite de la découverte gastronomique peut donc continuer.

L’une des grandes attractions et spécificités de la région est la forte présence de cénotes, ces grottes ou puits dans lesquels de l’eau claire surgit de la nappe phréatique. On en sélectionne quelques-uns et partons à l’aventure. Le premier, Xkeken, est souterrain, mais un puits de lumière naturel aidé de quelques néons, nous permet d’apprécier cet endroit hors du commun. À près de quinze mètres sous la terre, nageant dans de l’eau pas si froide que cela tout compte fait, entourés de vols de chauvesouris, nous sommes subjugués par le spectacle, nous voilà dans la batcave ! L’eau est si transparente que, malgré la profondeur, on craint de toucher le fond en y plongeant. De retour à Valladolid, on s’en va visiter un ancien couvent datant du XVIe siècle, San Bernardino.

Pour manger, du moins pour l’apéritif, on montre à la famille de Romain comment cela se passe au quotidien pour nous. On va à l’épicerie acheter de la bière et de quoi se faire un guacamole maison. Direction le zócalo pour la préparation et la dégustation de tout cela à la mode de chez nous. Le bol et les verres passent de mains en mains. On finira le repas dans un comedor afin de leur faire gouter des plats un peu compliqués à préparer avec notre maigrichonne popote.
Le lendemain, pendant que la famille part s’immerger dans l’univers maya à Chichén Itzá, nous passons notre tour sur l’excursion. De notre côté, on poursuit alors notre exploration des cénotes avec Ik Kil. Celui-ci est bien diffèrent du premier. C’est un énorme puits de soixante mètres de diamètre avec de la végétation luxuriante tout autour et des lianes pendant au-dessus de l’eau, avec une nouvelle fois, la fameuse eau turquoise. Le ciel bleu et les rayons du soleil lui profèrent une ambiance féérique. Quelques ploufs plus loin et il est temps de reprendre la route vers Mérida. Nos invités d’honneur nous racontent leur émerveillement devant cette civilisation grandiose, mais aussi, leur légère déception une fois la nuée de touristes et vendeurs ambulants sur le site.

Nous voilà de nouveau à Mérida, superbe ville à l’architecture coloniale entraperçue le temps de quelques courses pendant notre séjour à Celestùn. La ville est un carrefour pour la découverte de la région. Énormément de points d’intérêts y sont rapidement accessibles. Nous y séjournerons deux nuits afin de nous imprégner des lieux et de fêter Noël, une première fois, dans l’animation de la ville. On se promène le long des artères principales. On visite une exposition de superbes photos au musée Casa Montejo, sur, comme par hasard, Celestùn et ses environs. Le noir et blanc rend décidément vraiment bien, il va falloir que l'on songe à s’y essayer.

Marché de Mérida, Yucatán, Mexico

Place au marché gigantesque de Mérida. Noël approche et il nous faut de quoi festoyer, tout d’abord pour le 24 au soir, puis rebelote le lendemain avec Marie, son fils et Catherine. On en salive d’avance. Le marché est effectivement énorme, cela part dans tous les sens, comme on les aime, comme on les connait.

Menu du soir : le classique guacamole, crevettes à l'ail flambées au rhum, pico de gallo, ceviche de poulpe, cochinita pibill, mojito, champagne, gâteaux et fromage. Le repas ajouté à la présence de la famille en ce jour de Noël est particulièrement savoureux. On aimerait prolonger le plaisir indéfiniment. Justement, le bar de l’hôtel est en libre-service. Accompagnés de Théo et Solène, entre jeunes, on savourera encore quelques mezcals jusqu’au rappel à l’ordre du vigile de nuit, signe qu’il est temps d’aller au lit.

Les salines au soleil couchant, Celestùn, Yucatán, Mexic

Nous retournons donc à Celestùn pour passer quelques jours, entre plage, soleil et nature, des activités dont nous commençons à être les spécialistes dans le coin. À peine le temps de faire les présentations avec Marie, Catherine et Antoine que l’on se jette au fourneau. Noël ou pas, on ne se refait pas. Nouveau Noël, nouveau menu. Margarita de Maria, énorme poulet farci, foie gras, fromage et tourte aux pommes. Autant vous le dire, on ne mourra pas de faim, une fois de plus. 

On essaie d’être un peu plus productif que lors de notre premier séjour. Entre deux baignades dans le golfe du Mexique on enfourche nos vélos de location pour leur faire découvrir les mangroves, salines, et flamants roses en se mettant à la place de Carlos. Nous retrouvons ce dernier pour une sortie en barque dans les mangroves. N’avançant qu’à la force de leurs bras grâce à un bâton qu’ils enfoncent dans le sol afin de pousser la lancha, on savoure notre place privilégiée et le coucher de soleil arrivant. Il nous explique qu’avec des amis ils ont monté un projet pour développer le tourisme en redonnant vie à cette partie du parc, laissée à l’abandon par les derniers exploitants qui ne faisaient pas assez de profits assez rapidement à leur goût. Leur but est de faire de l’écotourisme et de réhabiliter la région. Le travail n’est pas évident, car les anciens mettent des bâtons dans les roues des nouveaux. La jalousie et l’égoïsme les pousseront même à mettre le feu aux embarcations et aux palapas afin qu’ils ne puissent pas bénéficier de leur travail antérieur. C’est triste à entendre. Cela ne nous gâche pas la balade et Carlos nous explique avec passion la faune et la flore qui nous entourent. 

Sur ces belles dernières notes, autour d’un énième ceviche et d’un cocktail, s’achève notre passage à Celestùn chez nos amies. Nous qui ne nous connaissions pas tant que cela à notre arrivée, une vraie belle amitié a su se tisser entre nous. Le rendez-vous est pris pour y revenir et continuer ainsi notre séjour gastronomique.

Hacienda de Yaxcopoil, Yucatán, Mexico

On repart dans les terres visiter l’hacienda de Yaxcopoil. Jusqu’au début du XXe siècle, ils y cultivaient l’henequen, connu aussi sous le nom sisal. Il s’agit d’une variété d’agaves dont les feuilles sont utilisées pour fabriquer des cordes ou ficelles servant à la confection de robustes hamacs. Maintenant, on peut la visiter pour voir les différentes méthodes de production, les bâtiments d’époque et les machines utilisés au temps jadis. Direction de nouveaux cénotes sur le chemin d’Uxmal. Les deux que nous avons choisis sont en dehors des sentiers battus, mais le peu de monde présent sur place en vaut les quelques kilomètres de route de terre. Le premier d’X-Batún, est à ciel ouvert, au milieu d’une forêt dense. Pas de grotte ni de puits, juste une eau translucide et des lianes tombant dans l’eau tiède. Le second est à mi-chemin entre la grotte et le puits. On y accède par un escalier en colimaçon pour se rendre dans l’eau. L’étendue d’eau commence à ciel ouvert pour finir sous une cavité rocheuse à laquelle on accède uniquement à la nage. On vous épargnera une énième la description de l’eau cristalline avec ses dégradés du bleu au vert. L’intimité du lieu, presque rien qu’à nous, lui confère un je-ne-sais-quoi de magique. On a hâte d’en découvrir de nouveaux, ça commence à devenir une addiction pour nous !

Hacienda de Yaxcopoil, Yucatán, Mexico

L’un de nos derniers temples de la région nous attend à Uxmal. Arriver à l’ouverture ne s’avèrera pas suffisant. Un début de foule commence déjà à s’amasser devant les portes. Un peu déçu, on se rend compte que finalement, la taille du site permet de le visiter dans une certaine tranquillité, sans se marcher dessus. La première pyramide nous accueille avec des bruits de canard. Étrange. Lorsque l’on frappe dans les mains, l’écho produit un son similaire à un caquètement de canard. On ne comprend ni le pourquoi ni le comment, mais cela fait partie des mystères mayas. Au sommet d’un autre temple, des aigles attendent leurs prochaines cibles, calmement, sous le soleil. La particularité du site est les impressionnantes sculptures qui ornent les bâtiments. On y voit des scènes de guerres, d’offrandes, de sacrifices, un vrai récit. Grâce à la qualité des matériaux utilisés, on peut se rendre compte de ce qu’était le lieu il y a plus de mille ans.

Temple de Uxmal, Yucatán, Mexic

Il ne nous reste plus que quelques heures de route et nous voilà sur les Caraïbes. À nous Tulum, les plages de sable fin et blanc, l’eau turquoise et transparente avec ses fonds marins pleins de vie. On a hâte d’enfiler notre maillot de bain et de ne plus le quitter !