Balade au cœur de la cordillère des Andes

Après quatorze mois de voyage, nous franchissons notre première frontière pédestre. Jusque-là rien de palpitant hormis le fait que, une fois de plus, si l’on ne fait pas l’effort de demander un visa nous rentrons dans le pays comme dans un moulin. Pour cette nouvelle étape nous avons décidé de traverser d’une traite le pays, sans pauses touristiques, ou presque. On vous explique. Notre but est de rejoindre directement Cuenca, une ville beaucoup plus au sud du pays, proche du Pérou. Se cache derrière cette subtile manœuvre le fait que, quinze jours plus tard, nous nous devons d’être à Quito car c’est d’ici que débutera notre aventure pour les Galapagos. Mais nous y reviendrons plus tard. Nous choisissons donc de remonter tout doucement vers la capitale plutôt que de s’en éloigner.

Parc national de Cotopaxi, Cotopaxi, Equateur

Parc national de Cotopaxi, Cotopaxi, Equateur

Chemin faisant, nous effectuons notre première halte équatorienne à Tulcán. L’intérêt de cette ville frontalière réside dans son cimetière hors du commun. Des buissons et haies y ont été taillés, représentant des figures qui ont différentes formes de la flore et de la faune équatorienne, mais également des cultures Inca, Aztèque, Grecque et même Romaine. On se croirait dans un conte, entre l’imaginaire de Tim Burton et un soupçon de labyrinthe de Pan. Trente minutes et cent photos plus loin nous reprenons notre épopée.

Cimetière de José María Azael Franco Carranco, Tulcán, Carchi, Equateur

Marché de Cuenca, Azuay, Equateur

Centre ville d'Ibarra, Imbabura, Equateur 

Nous avons rendez-vous avec Julie et Alex pour visiter Ibarra et la Mitad del mundo, un monument situé juste sur la ligne de l’équateur, enfin « à peu près ». Un petit problème logistique nous fera louper nos amis et errer dans les rues désertées de la ville, seuls, avec nos sacs à dos. Au milieu des ruelles vides, nous tombons sur le marché municipal. Belle surprise, depuis le Nicaragua c’est une des premières fois que l’on rencontre des stands aussi colorés de fruits et d’artisanat. On nous avait prévenus que la gastronomie équatorienne était savoureuse et chargée d’épices, nous constatons effectivement que les assiettes servies dans les comedores (petit restaurant familial) ont laissé tomber les frites et patacones (galettes de plantains) pour des haricots et carottes vapeur. Ce changement gastronomique n’est pas sans nous déplaire.

Nous avons un second rendez-vous, à Quito cette fois-ci. Impossible pour nous de le manquer, toute la suite de notre plan en dépendant. Santiago, un ancien camarade de classe de notre amie Carole venue nous rendre visite au Yucatan, a gentiment accepté de nous décharger d’une partie de nos sacs chez lui, de manière à vagabonder plus librement dans son pays. Un hamburger, une bière et quelques bavardages plus loin, nous grimpons dans notre cinquième bus de la journée, pour une nouvelle nuit à la verticale. Dans dix jours nous revenons à Quito, nous aurons ainsi plus de temps pour faire connaissance avec Santiago et sa famille.

Cuenca, Azuay, Equateur

Lama dans la ville de Cuenca, Azuay, Equateur

Porte de la cathédrale de Cuenca, Azuay, Equateur

Nous ouvrons les yeux à Cuenca, il est cinq heures du matin. Il fait nuit, il pleut et nous ne savons pas encore où nous allons dormir. Nous avons connu des arrivées plus heureuses, mais qu’importe, nous enfilons nos impers et partons à la recherche du parfait hébergement. Une fois chose faite, on se permet une petite sieste pour la première fois depuis notre nuit à Ipiales en Colombie, trente-six heures auparavant.

Cathédrale de Cuenca, Azuay, Equateur

Le soleil commence à pointer le bout de son nez. On ne nous a pas menti, malgré le ciel parsemé de nuages la ville est somptueuse, tout en églises gigantesques, en édifices coloniaux, le tout bordé d’un petit cours d’eau. Deux jours ne seront pas de trop pour en saisir l’essence. Nous marchons dans ses rues pavées où chaque nouveau croisement nous amène son lot d’églises. On ne se lasse pas de rentrer au hasard dans ses bâtiments et musées. Cuenca est, par ailleurs, un haut lieu de la fabrication du Panama, le mondialement reconnu chapeau. En visitant l’un de ses ateliers, nous pouvons constater les différences de qualité très nettes. Tout d’un coup nous faisons un peu clown avec nos pâles copies colombiennes à trois francs six sous.

Musée du sombrero, Cuenca, Azuay, Equateur

Entre deux visites nous nous renseignons sur le parc national d’El Cajas, niché à une trentaine de kilomètres de là. Son refuge est ouvert et, dans quelques jours, nous y serons. Il ne nous reste plus qu’à nous équiper pour l’occasion. Nous continuons l’exploration urbaine avec un site archéologique et un musée d'anthropologie. Une nouvelle fois la beauté des échoppes du marché et la propreté de ce dernier nous impressionnent. Une dégustation des mets s’impose. Nous tentons notre chance avec une encebollada, une soupe de poisson, faites à partir d’albacora (thon), tomates, yucca et recouverte d’oignons crus et de choclo (maïs grillé). Un vrai délice ! Nous gouttons une nouvelle fois au porc grillé de tous les stands et finissons par un délicieux jus de coco. Nous avons à peine fini de manger qu’il nous tarde d’avoir faim de nouveau pour y retourner ! Entre les stands de fruits, de cacao pur, de café et de beurre de cacahuète, nos sens sont en ébullition. Autre caractéristique du pays, son artisanat andin aux mille couleurs. Nous en prenons plein les yeux et Hélène se voit déjà s’emmitoufler dans cette couverture en alpaga si douce et si chaude, parfaite pour un hiver au coin du feu. Chargés comme des mules, nous faisons l’impasse, pour le moment…

Nous arrivons au parc d’El Cajas aux aurores et déposons nos sacs dans le refuge. L’endroit est tout équipé, de la cuisine au gaz en passant par la théiere électrique et la douche. Par contre, pour l’eau chaude il faudra repasser, idem pour le chauffage malgré la présence d’une cheminée hors d’usage. Nous nous contenterons donc de la chaleur humaine et des couvertures gracieusement prêtées par notre auberge de Cuenca. Les parcs nationaux Équatoriens ont la particularité d’être tous gratuits depuis quelques années maintenant. Malgré cela, leur état est irréprochable, pas loin des standards américains ! Nous empruntons des sentiers nous amenant à travers montagnes et forets pendant plus de cinq heures. Nous finirons par une rencontre avec des lamas (ou alpaga, nous ne sommes pas encore sûr de savoir faire la différence) avec en toile de fond la cordillère, le cliché andain qui trottait dans nos têtes lorsque nous rêvions de ce paysage. Une fois le soleil couché et le spectacle fini, nous filons essayer de nous réchauffer. À plus de 4000 mètres d’altitude sans feu, ni chauffage, nous misons tout sur la soupe, le bouillon, l’infusion brulante et bien sûr, notre fiole à Ti Punch que nous partagerons avec les autres randonneurs, eux aussi frigorifiés.

Le jour suivant ce sont huit heures de randonnée qui nous attendent pour rejoindre le sud du parc et regagner Cuenca. Hormis un autre randonneur et quelques lamas nous ne croiserons pas âme qui vive. Tout en silence, de grands espaces à perte de vue nous éblouissent. Nous retrouvons enfin ce plaisir perdu de marcher dans l’immensité des montagnes, comme ce put être le cas aux États-Unis et au Canada. Ô joie, Ô bonheur. Les jambes flageolantes nous regagnons la route principale. Par chance une voiture se propose de nous prendre, nous nous réjouissons de ne pas à avoir à attendre le bus.

Parc national d'El Cajas, Azuay, Equateur

À peine de temps de récupérer le reste de nos affaires à l’auberge que nous filons directement à la gare, noirs de terre, de la poussière plein les yeux et les cheveux. Direction Riobamba notre nouvelle ville étape. Heureusement le trajet en bus est court, les deux jours de randonnées se ressentent dans les deux sens du terme. Romain à même tendance à faire fuir les gens. Il faut dire que sa barbe de deux mois et ses habits troués lui donnent un certain genre, ou un genre certain... C’est la délivrance lorsque nous atteignons la ville. Toujours nichés dans les montagnes andines, nous retrouvons Bryan chez lui, pour une douche chaude des plus exquises.

Volcan Chimborazo vue de Riobamba, Chimborazo, Equateur

Le lendemain nous commençons en douceur par une visite de la ville et son impressionnant marché. Les prix défient toute concurrence et ses comedores nous mettent l’eau à la bouche. Nous nous lançons dans une dégustation d’un plat alors inconnu, le «caldo del 31 », un bouillon servi avec une saucisse et du riz. La saucisse est un peu sucré, le bouillon délicieux, mais quelle surprise lorsque l’on se rend compte qu’il est exclusivement composé d’abats de toutes sortes. Nous qui en avons horreur sommes servis. Petit à petit des bouts de foie, intestin, cœur et que sais-je encore refont surface. Quinze mois de voyages et nous nous faisons encore avoir, il faut croire que nous avons conservé notre innocence des débuts. Nous irons nous réconforter avec des churros, un incontournable pour les âmes en peine. Comme tout marché andain, il est aussi surchargé en artisanat local. Celui-ci continue de nous émerveiller.

De retour chez Bryan nous faisons face à ce pourquoi nous sommes venu, l’imposant Chimborazo se dresse au loin. La montagne, la plus haute d’Équateur, mais aussi le point le plus éloigné du centre de la Terre. Ce volcan, maintenant éteint, culmine à 6 268 mètres, ce qui en fait le sommet le plus proche du soleil, plus proche que l’Everest, cela dût à sa position proche de l’équateur et du fait que la terre soit légèrement aplatie au niveau des pôles. Demain c'est décidé nous nous y attaquons. Un bus nous dépose à l’entrée du parc puis du pouce nous pousse jusqu’au premier refuge. De là il ne nous reste plus qu’à grimper au second refuge, plus proche du sommet. Après deux heures de montée, nous déclarons forfait. Nous sommes à plus de 5 300 mètres et toute trace de sentier a disparu depuis bien longtemps maintenant. Nous sentons que l’oxygène se fait rare et sommes vaguement étourdis par le fameux mal d’altitude.

Petit à petit nous remontons vers Quito, et plus particulièrement vers son aéroport. Nous faisons une nouvelle halte en chemin à Banos, connu pour ses montagnes verdoyantes, ses sources d’eau chaude et ses sports extrêmes. Nous nous retrouvons cette fois-ci chez un couchsurfer un peu moins exclusif. José a dédié une pièce de sa maison pour recevoir des voyageurs du monde entier. Nous avons à disposition des lits superposés, une cuisine et une pièce de vie avec canapé et vue sur les montagnes. Notre hôte ne passera qu’une soirée avec nous avant de s’éclipser pour les trois jours suivants. Nous sommes donc définitivement dans une auberge gratuite. Ne perdant pas le nord il nous loue tout de même des vélos pour faire la Ruta de las Cascadas, une route qui longe la rivière tout au long de laquelle s’enchainent cascades, tyroliennes et sentiers de randonnée. Les différents points de vue sont impressionnants. Plus on avance, plus l’on se rapproche de l’Amazonie. La végétation luxuriante se fait de plus en plus intense, tout comme la chaleur et l’humidité qui augmentent sans cesse.

L’attraction de la ville réside également en ses balançoires perchées au-dessus du vide. Lors d’une promenade vers l’un des miradors de Banos, nous tombons sur LA balançoire, enfin d’après les dires de son heureux propriétaire. Nous embarquons, bouclons une presque-ceinture et nous envolons dans les airs, le vide sous nos pieds. Ce n’est pas une tyrolienne au-dessus d’un ravin mais les sensations sont au rendez-vous. Nous n’apprendrons que plus tard qu’il existe en réalité une multitude de ces balançoires et que, la plus connue, était en fait bien plus haut dans la montagne. Cela sera l’occasion d’une autre balade. D’ailleurs, le hasard fait que nous sommes presque voisins avec notre couple d’amis franco-suisses, Alex et Julie, toujours en vadrouille avec leur voiture. Nous nous donnons rendez-vous à la Casa del Arbol, là où se situe la FAMEUSE balançoire.

Nous passons une belle journée avec nos amis, nous remémorant nos aventures panaméennes. Nous faisons le point sur les péripéties de chacun durant ces trois derniers mois. Nous leur parlons mariage, ils nous répondent Ayahuasca et chamane, un point partout, balle au centre. S’en suivront une pause-café et un bon restaurant de grillades au coin du feu avant de nouvelles séparations.

Après avoir hésité sur la manière d'aborder la laguna de Quilotoa, un immanquable du pays, nous prenons l’option sportive pour découvrir cette lagune nichée dans le cratère d’un volcan. Ce sera donc trois jours de randonnée à travers champs, villages et montagnes, en dormant dans de petits gites d’étape. Départ de Banos à cinq heures du matin, nous déposons un sac dans un hôtel à Latacunga, une ville proche du départ, puis partons pour le marché de Saquisili. Celui-ci est connu à travers tout le pays, tout particulièrement pour ses ventes d’animaux. Une fois passés les stands de volailles, de bovins, de moutons, nous arrivons aux lapins puis au fameux « cuy », les cochons d’Inde des Andes. Ils sont tout entassés dans des cages ou des sacs, les locaux se les arrachant tel le journal matinal. C’en est trop pour Hélène qui s’échappe. Plus loin, ce sont les cochons hurlant à la mort que nous retrouvons, parfois enfermés à plusieurs dans un sac à patates avant d’être achetés et jetés dans le cul du pickup. L’endroit serait à déconseiller à B.B. et ses comparses.

Saquisili ne fut que la première étape de notre boucle. Nous arrivons à Isinliví où nous passerons notre première nuit. Nous trouvons une superbe auberge familiale nichée au cœur de la montagne, l’hostal Taita Cristobal. La gérante nous accueille, nous montre nos chambres et nous présente à Palmiro, son lama de compagnie. L’endroit est un véritable havre de paix. Nous profitons de la fin d’après-midi et de l’éclaircie pour nous balader sur les flancs de la montagne jusqu’à son sommet pour y visiter une fromagerie d’altitude. Le soir venu, c’est à table avec Céline, une autre française, que nous dévorons le dîner si savoureux de la chef de maison. Soupe de quinoa, porc aux fruits de la passion, galette de pomme de terre et gelée d’ananas, pour s’hydrater rien de mieux qu’une tisane aux herbes du jardin. Ici tout est frais et produit localement. Une nuit de repos dans les montagnes et un petit déjeuner rassasiant plus tard, nous quittons ce coin de paradis au cœur des Andes, sans aucun doute le meilleur hôtel où nous avons séjourné depuis quinze mois. Pour la modique somme de 15$ nous avons dormi et mangé comme des rois. Une halte impérative pour tous ceux qui s’aventurent sur les sentiers de la Quilotoa Loop.

Palmiro le lama de l'hostal Taita Cristobal, Isinliví  Cotopaxi, Equateur

Toujours en compagnie de Céline nous randonnons toute la journée pour atteindre Chucchilán. Les cinq heures de randonnée sont d’une pure beauté. Nous longeons la rivière qui suit le canyon de Toachi, nous traversons des villages pittoresques bordés de prairies peuplées de lamas. Nous y croisons quelques locaux en tenues traditionnelles andines. Un réel dépaysement. Lorsque nous arrivons à notre deuxième étape, nous posons nos valises à l’hôtel Cloud Forest. La vue y est moins dégagée et l’ambiance moins conviviale que la veille. Mais rien ne nous gâche notre plaisir. Nous sortons notre fiole de rhum et Céline la bière, il faut bien éliminer les courbatures. Au menu du soir ce sera burritos et crème de pommes de terre le tout partagé avec une tablée 100% Française. Nous voilà cinq Français au milieu d’anglophones des quatre coins du monde, à échanger, rires sur les expériences de chacun. Un vrai bon moment comme on aime en partager.

Canyon de Toachi, Quilotoa loop, Cotopaxi, Equateur

La dernière ligne droite avant d’atteindre la lagune. Notre groupe de randonneur s’agrandit, Séverine une Toulousaine, se joint à notre trio. Cette nouvelle journée est plus intense, il faut atteindre le sommet en passant par des zones de montagnes plus rocailleuse et plus aride. Mais le jeu en vaut la chandelle. Nous traversons de nouveaux des villages typiques, de nombreux enfants viennent à notre rencontre, curieux de nous parler, de nous regarder. Après cette longue journée, nous atteignons la laguna de Quilotoa, immense, splendide. Il nous faut encore la contourner afin d’atteindre l’ultime village d’où nous pourrons reprendre le bus pour Latacunga. Alors que Séverine repart pour une nouvelle nuit dans la cordillère, avec Céline nous regagnons Latacunga pour une courte nuit de repos à l’hôtel. Demain un nouveau défi nous attend, Cotopaxi.

Céline, Séverine et Hélène, Laguna de Quilotoa, Cotopaxi, Equateur

Dernière étape avant de retrouver Santiago à Quito, le volcan de Cotopaxi culmine à 5 897 mètres. À la différence du Chimborazo, celui-ci est actif, ce qui en fait le plus haut volcan éveillé du pays. Notre mission première est d’atteindre l’entrée du parc national, non desservi pas les transports. Mais grâce à nos sourires et nos gueules d’anges, nous atteignons sans trop d’attente l’entrée puis le lac de Limpiopungo au pied du volcan. Le parc national de Cotopaxi est le plus visité du pays de par sa proximité avec la capitale Quito. Avec ses 33 393 hectares d’étendue, le parc est impossible à visiter à pied mais nous réussirons à atteindre tous les points de notre itinéraire grâce à la bonté des nombreux touristes véhiculés présents ce dimanche. En plus de découvrir un paysage époustouflant, nous rencontrons beaucoup de locaux en famille ou entre amis et même des voyageurs québécois. Une journée bien riche qui se terminera par un retour en bus jusqu’à Quito. C’est ici que nous laissons Céline poursuivre ses aventures jusqu’au Mexique. Une belle rencontre et de beaux moments partagés avec cette aventurière bretonne.

Volcan Cotopaxi, Cotopaxi, Equateur

Notre immersion dans la cordillère des Andes s’achève pour nous sur cette énième montagne. Entre lamas et mal d’altitude, nous qui voulions randonner nous avons été servis. Une tout autre page s’ouvre à nous. C’en est fini des sommets enneigés et du froid nocturne, nous prenons doucement mais surement le chemin des Galapagos, ses tortues géantes et sa nature exubérante.
Qu’il nous tarde de commencer cette nouvelle expérience !